Ressources marines : Oscar Temaru n’a « jamais signé d’accord avec la Chine »

Oscar Temaru n’est pas content et le fait savoir. Il dénonce la « calomnie » du ministre de la Culture et de l’Environnement, Heremoana Maamaatuaiahutapu, qui a affirmé le mardi 13 décembre au journal télévisé de TNTV que le leader indépendantiste avait « vendu » en 2012 à la Chine, les ressources marines de la Polynésie française.

Ce vendredi matin à la permanence du Tavini, le tavana de Faa’a rappelle qu’il a bien signé en 2012, en sa qualité de président du Pays, un « gentlemen agreement » pour formaliser l’intention d’ouvrir le dialogue bilatéral avec un partenaire étranger, en l’espèce Wang Chen pour son projet de ferme aquacole Tahiti Nui Ocean Foods (TNOF) à Hao, d’ailleurs toujours pas concrétisé dix ans plus tard.

« Il n’était absolument pas question d’accord de pêche ou d’exploitation de nos fonds marins mais d’ouvrir un centre aquacole à Hao. (…) L’économie générale du projet prévoyait à terme un investissement de 150 milliards de francs avec à la clé la création de 1000 emplois par an pendant 10 ans. » 

Le leader indépendantiste estime que ce projet a commencé à être dévoyé dès 2013 par le gouvernement Flosse, « pour être ensuite fourvoyé et affaibli » sous les deux mandatures Fritch, « et définitivement enterré lors du récent passage du président Macron en Polynésie qui, assurément, s’inquiétait alors plus du rayonnement géostratégique de la France dans le Pacifique que du sort de notre économie ».

Concernant le moratoire relatif à l’exploitation minière des fonds marins, Oscar Temaru explique que le groupe Tavini à l’assemblée aurait souhaité soutenir cette résolution « pour peu que dans le corpus rédactionnel de la déclaration solennelle, le gouvernement polynésien ait accepté d’y faire figurer la résolution adoptée par l’assemblée générale des Nations-Unies le 6 décembre 2016″.

L’ONU y exhorte en effet « la puissante administrante à garantir la souveraineté permanente du peuple de la Polynésie française sur ses ressources naturelles, y compris les ressources marines et les minéraux sous-marins ».

Le chef du Tavini tacle le « ministre du folklore et de l’environnement » qui dit avoir regretté de ne pas obtenir l’unanimité à Tarahoi alors que Tahiti et ses îles « sont le premier pays du Pacifique à prendre cette décision ».

Le parti indépendantiste ne comprend pas comment le ministre Heremoana Maamaatuaiahutapu peut positionner la Polynésie à travers un moratoire de non-exploitation d’une de ses ressources à propos duquel il refuse de reconnaître le droit de propriété polynésien, comme l’y invite la communauté internationale.

Oscar Temaru, dans le cadre d’une Polynésie devenue souveraine, ne serait pas opposé à une phase « d’exploration et d’évaluation » des richesses sous-marines. Il dit entendre les mises en garde des associations écologiques, mais considère que l’on devrait en priorité « demander leur avis à ceux qui vivent dans la misère ».

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Oscar Temaru voit 2023 en bleu !

Le Tavini huiraatira est encore grisé par sa large victoire lors des élections législatives, avec trois candidats indépendantistes élus aux trois postes de député.

Oscar Temaru se déclare persuadé que le vent a tourné et que le camp bleu clair est parfaitement en mesure d’obtenir seul, donc sans nouer la moindre alliance, la majorité des suffrages lors des élections territoriales en avril 2023.

Le tavana de Faa’a estime même que le gouvernement de coalition Union pour la démocratie (UPLD) en 2004 a été largement pénalisé par cette logique de plateforme.

Même si les comportements des électeurs différent selon qu’il s’agisse des communales, des législatives ou des territoriales, Oscar Temaru assure que la victoire du camp bleu clair aux territoriales est à portée de main, et qu’elle aura selon lui valeur de référendum d’autodétermination. Autrement dit, plus besoin d’organiser un vrai référendum, qui suppose de passer par la définition complexe du corps électoral, c’est-à-dire qui est autorisé à se prononcer lors de la consultation.

En ce sens, il rejoint finalement la logique d’Edouard Fritch qui explique à l’ONU qu’un référendum d’autodétermination ne se justifie pas puisque les électeurs polynésiens donnent leur préférence à des formations autonomistes. Quand c’est le Tapura, c’est jugé irrecevable par le Tavini qui en appelle à un vrai référendum. Mais si les indépendantistes sont victorieux en 2023, ils sont manifestement prêts à s’affranchir du protocole onusien. « Ca n’est pas obligé » selon Oscar Temaru, « d’autres pays comme Vanuatu sont devenus souverains sans référendum ».