Patrimoine : le maro’ura est de retour !

Le fragment de maro’ura, la ceinture sacrée des ari’i, a été installé dans la nouvelle salle d’exposition du Musée de Tahiti et des îles. (Photo : ministère de la Culture)
Le fragment de maro’ura, la ceinture sacrée des ari’i, a été installé dans la nouvelle salle d’exposition du Musée de Tahiti et des îles. (Photo : ministère de la Culture)

Le président Edouard Fritch et une partie du gouvernement se sont rendus ce mardi 20 décembre au matin au Musée de Tahiti et des Îles-Te Fare Manaha (MTI) pour rencontrer Stéphanie Caffarel, responsable des collections océaniennes du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

En effet, Stéphanie Caffarel a convoyé quatre pièces qui seront dévoilées au public pour la réouverture du Musée, annoncée pour début mars 2023.

Parmi elles, le fragment de maro’ura, la ceinture sacrée des ari’i, qui a été installée dans la nouvelle salle d’exposition ce week-end par la conservatrice et l’équipe du musée.

Il s’agit d’un fragment d’un maro’ura découvert en 2016 au Musée de l’Homme par Guillaume Alevêque, alors chercheur post-doctorant au musée du Quai Branly, spécialiste de la Polynésie française. Cet exemplaire unique provient d’une ceinture de plumes rouges sacrée que portaient les grands ari’i des îles du Vent et des îles Sous-le-Vent. Le dernier titulaire étant vraisemblablement Pomare II.

Toutefois, la présence d’étoffe d’écorce de banian, de plumes blanches, jaunes et rouges et de drap de laine rouge teinté à la garance (procédé de teinture employé par l’armée anglaise au XVIIe siècle) suggère qu’il s’agirait d’un fragment de maro ura incorporant le fanion rouge du capitaine Samuel Wallis, lors de sa prise de possession de Tahiti en 1767. Des matériaux sacrés étaient parfois incorporés dans un maro’ura qui pouvait ainsi atteindre une longueur de quatre mètres.


Trois autres pièces sont prêtées au Musée de Tahiti et des îles pour sa réouverture, pour une durée de deux ans : il s’agit d’un penu (pilon) des îles de la Société, d’un taavaha (coiffe de plumes noires) et d’un exceptionnel too mata (aide-mémoire) de l’archipel des Marquises.

Cette visite a également permis au gouvernement de constater l’avancement de l’installation des collections du MTI, qui a commencé depuis la semaine dernière avec le concours de l’entreprise de soclage Aïnu.

Selon le ministère de la Culture, près de 600 pièces vont ainsi être installées durant les prochains mois, dont des prêts du British Museum et du musée d’anthropologie de Cambridge.

Les membres de l’exécutif ont ainsi pu découvrir les dispositifs de médiation qui seront proposés au public pour la réouverture de la salle, et notamment les audioguides qui seront déployés.

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Heremonana Maamaatuaiahutapu, ministre de la Culture

« Très peu de gens ont vu le maro’ura ! »

« Pour moi, le retour du maro’ura est hyper important. C’est l’objet le plus prestigieux, et très peu de gens l’ont vu depuis Pomare II.

A titre personnel, je me souviens aussi que c’était une immense question que se posait mon papa, Maco Tevane. Il nous en parlait souvent. Pendant mes études d’anthropologie, il m’expliquait à quel point le maro’ura était l’objet le plus important de la société polynésienne ancienne.

Ce fragment du maro’ura a été retrouvé, comme une sorte de couverture, avec un to’o. Certains chercheurs pensent que des chefs tahitiens ont cédé ce genre d’objets pour les protéger de la destruction : ce serait en réalité un vrai acte de préservation.

Il s’agit maintenant de faire très attention concernant la préservation du maro’ura : nous suivons les consignes des équipes du Quai Branly. Ce sera l’une des pièces majeures du musée. Nous travaillons avec le quai Branly via des conventions longue durée de 6 ans. »

Le président Edouard Fritch et une partie du gouvernement se sont rendus ce mardi 20 décembre au matin au Musée de Tahiti et des Îles pour découvrir quatre pièces qui seront dévoilées au public pour la réouverture du Musée. (Photo : présidence)