Pénurie mondiale de médicaments : la Polynésie épargnée grâce à sa gestion des stocks

Alors que la pénurie de paracétamol et d’amoxicilline affecte l’Europe et la France, la Polynésie est épargnée grâce à son anticipation. (Photo : Jennifer Rofes)

La pénurie mondiale d’amoxicilline et de paracétamol, deux médicaments très courants, affecte la métropole depuis plusieurs mois maintenant. Bien que des mesures aient été prises dès janvier 2020 pour restreindre la délivrance de paracétamol sans prescription médicale, à deux boîtes par personne, les difficultés d’approvisionnement persistent.

En octobre dernier puis à nouveau en ce début décembre, l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en France recommandait aux officines de modérer l’utilisation de ces produits et de privilégier prioritairement les dispensations sur ordonnance. En Polynésie, l’Arass, l’agence de régulation de l’action sanitaire et sociale, a informé les pharmacies et les médecins de ces tensions pour que soit également modulées les prescriptions mais plus par « prudence » que par manque de stock. 

« Nous dépendons de l’ANSM, donc nous sommes informés de la même manière que la métropole des pénuries en cours » précise la directrice de l’Arass, Hani Teriipaia. « Cependant, depuis le Covid nous avons, de concert avec l’hôpital et les trois grossistes du territoire, décidé de faire des stocks bien plus conséquents qu’avant la crise, ce qui fait qu’aujourd’hui nous n’avons pas de problème de stock sur ces médicaments. Toutefois, par prudence, nous avons fait passer des consignes auprès des professionnels de santé pour que soit prescrit aux patients les quantités de médicaments réelles à leur besoin. »  

Interrogé sur l’état des stocks de ces médicaments, le responsable de Médipac, Jean Michel Le Guen, l’un des trois principaux distributeurs pharmaceutiques du territoire, confirme que cette pénurie n’affecte pas la Polynésie. « Cela fait plusieurs années, avant même la pandémie, que les laboratoires pharmaceutiques français ont des ruptures ou des pénuries de médicaments. Il n’y a pas que le paracétamol ou l’amoxicilline qui sont à flux tendus mais les patients polynésiens ne s’en aperçoivent pas parce que nos stocks, du fait de notre éloignement géographique, sont bien plus importants que partout ailleurs. Donc oui nous savons que des produits manquent dans les laboratoires français mais c’est ordinaire. Aujourd’hui nous avons suffisamment de stock pour répondre aux besoins du pays. »

Quant à l’amoxicilline pédiatrique, un antibiotique largement utilisé en Polynésie et régulièrement prescrit, notamment à cause des risques de RAA (rhumatisme articulaire aïgu), maladie inflammatoire multi-systémique qui affecte les Polynésiens, les pharmaciens de Taaone sont en mesure de le fabriquer eux-mêmes, en cas de rupture. 

En effet, selon le président du conseil de l’ordre des pharmaciens, Philippe Dupire, également président de la commission médicale d’établissement du CHPF, « en cas de besoin en amoxicilline, la pharmacie de l’hôpital sera en mesure de fabriquer les préparations magistrales pour la Polynésie. »

Donc pour l’heure la Polynésie n’est pas affectée par ces ruptures mais si ces tensions devaient persister au-delà de 6 mois, la directrice de l’Arass n’exclue pas que d’autres mesures soient prises.