Conflit chez TRE transports à Motu Uta : le patron contourne la grève

Pour la CSTP/FO, le constat est clair : TRE Transports est tout simplement en train de remplacer ses employés par d’autres…
Pour la CSTP/FO, le constat est clair : TRE Transports est tout simplement en train de remplacer ses employés par d’autres… (Photo : Damien Grivois)

Les 18 employés de la société TRE transports, qui travaillent exclusivement à acheminer à l’usine de l’Huilerie de Tahiti le coprah venu des îles, sont toujours en grève depuis le 22 décembre dernier. Au cœur du conflit : les conditions de reprise des salariés puisque le nouveau patron de TRE transport, Enrico Tamarino, refuse de prendre en compte leur ancienneté.

Il considère que c’est légal et que sa société, qui a succédé à l’entreprise A. Tehihira et fils dont elle a racheté une partie du matériel, est dégagée d’obligations.

Les grévistes tiennent un piquet de grève à l’une des entrées de l’Huilerie de Tahiti, à Motu Uta. Ce mercredi 28 décembre au matin, ils observent que des camions continuent malgré tout à alimenter l’usine en sacs de coprah déchargés des bateaux venus des îles.

Sollicitée par la CSTP/FO, l’inspection du travail s’est rendue à Motu Uta mardi pour un contrôle qui a permis de confirmer que l’entreprise de transports TRE remplace en effet ses employés grévistes par d’autres chauffeurs.

« Pas de transfert » selon le repreneur

« Le patron de TRE prétend qu’il n’a racheté que le pas de porte et le bail commercial, et pas le fond de commerce » dénonce Moeava Helme, permanent syndical de la CSTP/FO. « Pourtant il a bien récupéré l’ensemble des équipements de travail ainsi que de la prestation, avec un client unique. Et des salariés transférés avec un retour à zéro. »

Selon le syndicat, TRE s’est aligné sur les salaires « planchers » de la convention collective relative à la manutention portuaire. La nouvelle direction de TRE a été rencontrée « bien avant le mouvement de grève », selon Moeava Helme qui prétend que la société a d’emblée refusé de considérer qu’il s’agit d’un transfert de salariés.

Pour contourner le refus de travailler des chauffeurs grévistes, TRE fait appel à des employés d’une autre société de transport d’Enrico Tamarino, à des nouveaux embauchés et à des agents de l’Huilerie de Tahiti. Pour la CSTP/FO, qui évoque même le chiffre de 12 nouvelles embauches, le constat est clair : TRE Transports est tout simplement en train de remplacer ses employés par d’autres…

Le syndicat accuse également le transporteur d’exercice illicite de la prestation, puisque 100% de son personnel ayant décidé de stopper toute activité, il devrait être dans l’incapacité de répondre aux demandes de l’Huilerie.

« Bien sûr, on comprend que TRE est sous la pression de l’Huilerie, puisqu’il y a 300 tonnes de coprah sur les quais en provenance des navires Maareva Nui, Aranui, Tahiti Nui, Taporo VIII et IX, St Xavier Maris Stella… «  déclare Moeava Helme. « Pourquoi ce transport n’est-il pas assurée par l’Huilerie elle-même ? Le Pays a décidé d’externaliser cette prestation-là. C’est la revendication de la CSTP/FO : que les chauffeurs de TRE intègrent l’Huilerie de Tahiti ! »

D.G.

Patrick Galenon, secrétaire général de la CSTP/FO

« Des infractions graves au code du travail »

« Le nouveau transporteur a repris les commandes de TRE, et il transporte le coprah depuis les navires jusqu’à l’usine de l’Huilerie de Tahiti. Et il y a aussi quatre « verseurs », c’est-à-dire ceux qui versent la pulpe de coco dans la vis sans fin.

Le nouveau patron a baissé les salaires de tout le monde, sans reprendre l’ancienneté, alors qu’il les avait déjà fait travailler, et s’est même permis de menacer d’en exclure certains. Rien que le fait qu’il les ai fait travailler, les salariés devraient tous êtres considérés comme bénéficiant d’un contrat à durée indéterminée.

Je ne sais pas si la convention que TRE a passé avec l’Huilerie de Tahiti est correcte ou pas. Il ne faut pas oublier que l’Huilerie est un outil du Pays.

Le patron de TRE s’est rendu coupable d’infractions graves au code du travail, il fait fi de toutes les règles et il ne veut pas rentrer en négociations. Maintenant, il considère que les grévistes ne sont plus ses salariés puisqu’il en a de nouveaux. Nous avons déposé un recours en référé. Pour l’instant, les camions passent et alimentent l’Huilerie de Tahiti en coprah. Mais nous allons hausser le ton.

Dans un premier temps, nous respectons la loi et nous attendons le résultat du référé. Le fait que l’Huilerie de Tahiti traite avec des gens qui font fi du code du travail, c’est inquiétant de la part d’un établissement public. »

Propos recueillis par Damien Grivois

La totalité des employés de TRE est en grève, et pourtant des camions alimentent toujours en coprah l’usine de l’Huilerie de Tahiti. (Photo : Damien Grivois)
La CSTP/FO dénonce des infractions au code du travail. (Photo : Damien Grivois)
Patrick Galenon de la CSTP/FO : « Le patron de TRE s’est rendu coupable d’infractions graves au code du travail, il fait fi de toutes les règles et il ne veut pas rentrer en négociations. » (Photo : Damien Grivois)