Certificat sanitaire : les galères des importateurs

Des importateurs de denrées alimentaires se plaignent des exigences sanitaires qui les conduisent à détruire une partie de leur stock.
Des importateurs de denrées alimentaires se plaignent des exigences sanitaires qui les conduisent à détruire une partie de leur stock. (Photo J.Rofes)

En Polynésie française, les importateurs de denrées alimentaires d’origine animale ou de produits laitiers se retrouvent, depuis plusieurs mois maintenant, à devoir détruire des centaines de kilos de marchandises, saines et fraîches à leurs yeux. 
Une « hérésie » selon plusieurs d’entre eux qui font déjà face à la pénurie mondiale de certains produits ainsi qu’à la hausse des coûts des matières premières. Ils se déclarent impuissants face à la destruction massive de marchandises.
Selon plusieurs importateurs, la problématique vient de la nouvelle certification sanitaire mise en place par la direction de la biosécurité (DBS) en septembre dernier. 

« Au départ, la DBS a souhaité aplanir les difficultés en instaurant un certificat sanitaire simplifié. Auparavant, pour un seul produit, on pouvait avoir besoin de présenter trois certificats. Or, maintenant, un seul est suffisant » explique une responsable d’achat qui souhaite préserver son anonymat. 

Le souci, ajoute-t-elle, c’est que « ce qui devait simplifier la procédure l’a en réalité rendu très complexe ». Selon elle, le diable se loge dans les petits détails, car la biosécurité formule des exigences règlementaires techniques certifiant la provenance de la marchandise animale. Or, les fournisseurs métropolitains et les vétérinaires ont des difficultés à répondre aux critères de cette nouvelle procédure.

En conséquence, à l’arrivée des produits, il suffit que le document ait été mal rempli pour que les denrées soient rejetées, et donc détruites.

Que la case ait été mal remplie, oubliée ou qu’une précision n’ait pas été cochée et c’est terminé. « On vient me demander de détruire 50m3 de marchandises » s’indigne l’importatrice. « On devient fous ! » 

Les denrées alimentaires sont incinérées

Tous les importateurs seraient impactés. « Quand on détruit de la marchandise valide, c’est une perte sèche » déplore un autre professionnel. « Nos fournisseurs ne vont pas nous rembourser une marchandise qui a été livrée et pour laquelle ils ont fourni les mêmes documents qu’auparavant. »

La destruction des produits est à leur charge. « En décembre 2022, pour une valeur marchande importée de 90 000 F, la facture d’incinération s’élevait à 700 000F » s’indigne une autre responsable d’achat. L’un de ses homologues indique que les quantités de marchandises à détruire sont telles que l’entreprise de destruction située à Papara n’arriverait plus à suivre. Ainsi, les procès-verbaux de renonciation de marchandises des importateurs augmenteraient tellement que la société d’incinération croulerait sous les demandes.
Face à la colère des centrales d’achats, la responsable de la cellule phytosanitaire à la DBS précise que la règlementation n’a pourtant pas changé. Cela ne devrait être, selon elle, qu’une question de temps et d’adaptation pour que chaque opérateur puisse intégrer les exigences du nouveau document. 

« Je comprends la détresse des importateurs mais les exigences sanitaires pour importer des marchandises n’ont pas changé. Nous avons en effet, de concert avec nos homologues métropolitains, mis en place un document unique pour la certification sanitaire des marchandises qui regroupe toutes les informations techniques et règlementaires à remplir pour justifier de la provenance et du type de matière animale importée » explique cette responsable de la biosécurité. « Nos exigences sont bien entendu supérieures à celles de la métropole, donc les informations à fournir sont aussi différentes pour commercialiser un même produit. »

Le service assure que cette procédure ne vise qu’à protéger le territoire. La Polynésie française serait historiquement préservée de maladies animales.

« Si jamais la grippe porcine était détectée ici, c’est toute la filière qui serait impactée » prévient notre contact à la DBS. « Nous devons nous protéger et le seul moyen, c’est le respect de cette procédure».
Certes contraignante pour les importateurs, mais bénéfique en terme de sécurité alimentaire. Toutefois, des professionnels du secteur dénoncent, dans le contexte économique actuel, une destruction de denrées alimentaires qui constitue selon eux « une dérive illogique et inqualifiable ».
D’autres opérateurs de la même filière jugent cette même procédure salutaire et responsable.

La biosécurité vise à protéger la Polynésie française des maladies animales et végétales.