Les huit dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées, confirme l’ONU

Les huit dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, a confirmé jeudi l’Organisation météorologique mondiale, malgré la persistance du phénomène de La Nina qui a permis de modérer très temporairement les effets du réchauffement climatique.

Les six principaux jeux de données internationales compilés par l’OMM pointent tous les mêmes coupables: « les concentrations toujours plus élevées de gaz à effet de serre et la chaleur accumulée », souligne l’organisation onusienne, qui corrobore les conclusions du programme européen sur le changement climatique Copernicus, publiées mardi, et celles publiées simultanément jeudi par l’office météorologique des Etats-Unis (NOAA) et la Nasa.

« C’est un appel à l’action », a déclaré jeudi lors d’une conférence de presse le patron de la Nasa, Bill Nelson. « Les conditions météorologiques extrêmes menacent notre bien-être à travers la planète, et nous avons besoin d’actions courageuses. »

En 2022, la température mondiale moyenne était d’environ 1,15 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, c’est-à-dire avant que l’humanité n’introduise des quantités massives de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, relève l’OMM.

Et l’année dernière a été la huitième consécutive où les températures annuelles mondiales étaient supérieures d’au moins 1 degré aux niveaux observés entre 1850 et 1900.

L’Accord de Paris sur le climat, conclu en 2015, appelait à plafonner le réchauffement climatique à 1,5°C, ce qui, selon les scientifiques, permettrait de limiter les impacts du bouleversement climatique à des niveaux gérables.

Mais l’OMM a averti jeudi que « la probabilité de – temporairement – franchir la limite de 1,5°C augmente avec le temps ».

La première année dépassant cette barre sera « probablement au début des années 2030 », a estimé Gavin Schmidt, climatologue à la Nasa.

Mais « il n’est jamais trop tard pour prendre de meilleures décisions », a-t-il souligné. « A n’importe quel moment à l’avenir, nous pouvons décider de faire quelque chose pour réduire les émissions, et la température. »

– Effet temporaire –

Grâce à La Nina, un phénomène météorologique qui a tendance à faire baisser la température des océans et qui sévit depuis 2020, le réchauffement a été quelque peu atténué l’année dernière.

Le phénomène pourrait encore se prolonger jusqu’en mars, a souligné l’OMM, avant d’être suivi par une période neutre, marquée par l’absence de La Nina comme de son opposé El Nino.

Pour la planète dans son ensemble, l’OMM a souligné que l’impact de La Nina serait « de courte durée » et « n’inversera pas la tendance au réchauffement à long terme ».

L’année dernière n’a donc été « que » la cinquième ou la sixième la plus chaude jamais enregistrée, a déclaré l’OMM. C’est 2016 qui est sur la première marche du podium, suivie de 2019 et 2020.

Mais plusieurs régions ont enregistré des températures record en 2022: les régions polaires, tout comme de vastes étendues du Moyen-Orient, de la Chine, de l’Asie centrale et de l’Afrique du Nord.

Pour sa part, l’Europe a connu sa deuxième année la plus chaude jamais enregistrée en 2022, alors que la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Italie ont établi de nouveaux records de température moyenne, avait souligné Copernicus.

Vagues de chaleur et sécheresse ont facilité de spectaculaires incendies sur le Vieux Continent.

– Catastrophes –

En 2022, « nous avons été confrontés à plusieurs catastrophes météorologiques dramatiques qui ont fait beaucoup trop de victimes, détruit des moyens de subsistance et sapé l’accès et les infrastructures en matière de santé, d’alimentation, d’énergie et d’eau », a dénoncé le chef de l’OMM, Petteri Taalas, dans le communiqué.

Il a rappelé les inondations dévastatrices qui ont submergé un tiers du Pakistan et mis en garde contre la « catastrophe humanitaire » dans la Corne de l’Afrique, victime de la sécheresse depuis plusieurs saisons.

« La tendance au réchauffement à long terme se poursuit », note l’OMM.

« Depuis les années 1980, chaque décennie a été plus chaude que la précédente » et la température moyenne sur 10 ans pour la période 2013-2022 était de 1,14 degré au-dessus de la référence préindustrielle, contre 1,09 degré entre 2011 et 2020, estimée par le GIEC.

Face aux phénomènes météorologiques toujours plus extrêmes, M. Taalas insiste sur l’absolue nécessité de « renforcer la préparation ».

Un thème qu’il a porté à la COP 27, où le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a annoncé un plan de plus de 3 milliards de dollars pour que le monde entier soit couvert par des systèmes d’alerte précoce d’ici 2027.

Actuellement, seule la moitié des 193 pays membres disposent de ce type de systèmes, « ce qui aggrave les pertes économiques et humaines », a souligné le chef de l’OMM.

Les lacunes dans les données faute de moyens – en Afrique notamment – ont aussi un impact négatif majeur sur la qualité des prévisions météorologiques.

nl/la/led

© Agence France-Presse