Banques : les taux d’intérêt grimpent… pour contrer l’inflation !

"Il ne faut pas que l’inflation s’installe durablement" explique Fabrice Dufresne, directeur de l'Institut d'émission d'outre-mer (IEOM). "Car elle a un impact négatif sur le pouvoir d’achat des ménages."
"Il ne faut pas que l’inflation s’installe durablement" explique Fabrice Dufresne, directeur de l'Institut d'émission d'outre-mer (IEOM). "Car elle a un impact négatif sur le pouvoir d’achat des ménages." (Photo : Damien Grivois)

Le directeur de l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM), la banque centrale des territoires français du Pacifique, explique pourquoi les taux d’intérêts remontent après avoir longtemps été bas, voire négatifs. Selon Fabrice Dufresne, la politique monétaire été très accommodante durant la crise Covid, la phase actuelle est une phase de normalisation.

Quand l’inflation est forte, l’Institut relève les taux d’intérêt « pour augmenter le coût du crédit, de sorte que les ménages consomment un peu moins et que les entreprises investissent un peu moins. » Même s’il n’écarte pas un possible durcissement de la politique monétaire, Fabrice Dufresne juge plus probable un palier dans la hausse des taux. Entretien.

Les taux d’intérêt ont été historiquement bas, voire même négatifs. Pour quelles raisons ?

La période de la crise Covid a nécessité des mesures extraordinaires, tant sur le plan budgétaire que sur le plan monétaire.

Il fallait maintenir le financement de l’économie, à des conditions extrêmement favorables. La politique monétaire a été très accommodante, en baissant les taux jusqu’à des taux négatifs.

Il fallait inciter les banques à ne pas déposer des fonds auprès des banques centrales, mais plutôt les utiliser pour prêter de l’argent aux particuliers et aux entreprises.

Et l’IEOM a injecté encore plus de liquidités, avec des lignes de refinancement qui ont totalisé au plus haut, et c’est totalement inédit, jusqu’à 175 milliards de francs pour l’ensemble des trois collectivités françaises du Pacifique.

On assiste à une remontée des taux d’intérêts, est-ce que cela signifie que l’IEOM révise à la baisse son soutien à l’économie ?

Une fois que la Covid est passée, il y a eu des phénomènes de rebonds économiques qui ont créé des tensions sur les approvisionnements, sur les routes maritimes, et puis la Chine était toujours sous bulle sanitaire…

Il y a eu une demande très forte, dès juillet 2022 pour la Polynésie française, qui a exercé une poussée inflationniste. Elle s’est amplifiée avec la guerre en Ukraine, qui a fortement pesé sur les prix de l’énergie et des produits alimentaires.

On est partis d’une politique monétaire très accomodante qu’il fallait normaliser. Mais on n’est pas encore dans un durcissement.

Cette normalisation est-elle réalisée de manière progressive ? La hausse des taux d’intérêts n’est-elle pas elle-même inflationniste ?

Oui, elle est progressive et graduée. Car il fallait combattre l’inflation, qui est de +10% en Europe et de +8,1% en Polynésie française à fin novembre 2022.

Il y a eu quatre relèvements des taux directeurs des principales banques centrales, à l’exception de la banque du Japon, entre juillet et décembre.

Il ne faut pas que l’inflation s’installe durablement, car elle a un impact négatif sur le pouvoir d’achat des ménages, les salaires ne pouvant pas suivre l’inflation.

Quand l’inflation est forte, on relève les taux d’intérêt pour augmenter le coût du crédit, de sorte que les ménages consomment un peu moins et que les entreprises investissent un peu moins.

C’est un ajustement très fin de manière à ne pas casser le rebond économique.

Les taux d’intérêt vont-ils continuer à grimper ?

L’IEOM a une politique monétaire autonome, de plein exercice, qui est détachée de celle de la banque centrale européenne (BCE).

Elle est liée aux décisions de la BCE, puisqu’il y a une convertibilité euro/franc Pacifique, mais l’IEOM a décidé de faire un différentiel sur le taux de refinancement, c’est-à-dire le taux auquel les banques se refinancent auprès de la banque centrale.

La BCE prête à 2,50%, contre 2,20% pour l’IEOM. Les banques tahitiennes et calédoniennes peuvent donc obtenir un meilleur coût de refinancement.

C’est l’intérêt technique de ne pas passer à l’euro car il faudrait dans ce cas-là appliquer les taux de la BCE.

Pour les taux d’intérêt, on a atteint une sorte de palier, que l’on appelle le « taux neutre » dans le jargon. Il est de 2%, et il n’a pas d’effet d’accélération ou de freinage de l’inflation. En fonction de l’évolution des prix, il y aura peut-être un durcissement de la politique monétaire.

Une fois un contrat de crédit immobilier signé, peu importe l’évolution des taux ?

Dans le système français, c’est vrai puisque plus de 90% des crédits sont à taux fixe. Donc lorsqu’un prêt est contractualisé, les conditions restent identiques.

Dans d’autres pays comme l’Angleterre ou l’Allemagne, il y a beaucoup plus d’emprunts à taux variable. Dans ce cas, l’emprunteur est impacté par la hausse des taux d’intérêt.

Le coût du crédit immobilier est à 1,84% à fin septembre 2022 contre 1,82% à fin juin, donc l’impact de la hausse des taux n’est pas encore bien perceptible. Les taux accélèrent beaucoup plus vite en métropole.

En Polynésie française, l’inflation est totalement importée. La fixation des taux y a un effet plus limité que dans une économie interdépendante avec d’autres pays, comme celle de la France.

Propos recueillis par Damien Grivois