Fort de ses bons chiffres, le secteur touristique est optimiste pour 2023

Les professionnels du secteur se félicitent des bons chiffres de la fréquentation touristique.
Les professionnels du secteur se félicitent des bons chiffres de la fréquentation touristique. (Photo : archives LDT)

Les indicateurs du tourisme en 2022 marquent une réelle reprise de l’activité, une excellente nouvelle lorsque l’on mesure l’importance de ce secteur-clé dans l’économie polynésienne. 

« Nous ne pouvons que nous réjouir d’une si belle année, qui, je le rappelle a tout de même été contrariée les premiers mois par le variant Omicron, la reprise tardive de la saison des croisières et une ouverture assez récente des marchés régionaux de la Nouvelle-Zélande et du Japon » commente le président Edouard Fritch, en charge du portefeuille du tourisme depuis le départ de Nicole Bouteau. « Je me veux rassurant pour l’année 2023, qui, si elle n’est pas perturbée par de nouvelles crises liées à inflation ou la guerre en Ukraine, s’annonce prometteuse puisque les réservations en haute saison se multiplient d’ores et déjà ».

Certains hôtels parlent d’un niveau de réservation équivalent à juillet 2022. « C’est une année très positive que nous devrions terminer avec un total de 215 000 touristes » indique Jean-Marc Mocellin, le directeur général de Tahiti Tourisme. « Cela représente une baisse de moins de 10% par rapport à 2019, c’est inespéré… »

Car Tahiti Tourisme rappelle que les trois premiers mois de 2022 ont été affectés par le variant Omicron. « On assiste à une reprise du tourisme mondial » se réjouit Jean-Marc Mocellin, qui assure que la Polynésie française se positionne comme une « destination idéale » après plus de deux ans de pandémie et de restrictions sanitaires.

Le patron de Tahiti Tourisme assure soutenir l’ouverture de la ligne Papeete-Seattle par ATN, et salue l’arrivée de l’Américain Delta après celle de United. La hausse du dollar US donne beaucoup de pouvoir d’achat aux touristes américains, et donc « des lueurs d’espoir » à Tahiti Tourisme qui rappelle que l’Amérique du Sud et l’Asie n’ont pas rétabli leurs lignes avec Tahiti.

Fort rebond des marchés historiques

Edouard Fritch se félicite du fort rebond des marchés historiques, comme les États-Unis et la France dont les chiffres en termes de fréquentation avoisinent, selon les mois, ceux de 2019, et parfois même les dépassent. L’activité de la croisière a également retrouvé près de 1 000 escales dans nos îles avec un taux de remplissage en augmentation progressive.

« En 2022, le nombre de croisiéristes devrait se rapprocher de celui atteint en 2017 soit près de 33 000 croisiéristes » annonce le Président-ministre du Tourisme. « Nous attendons les derniers chiffres de l’ISPF sur le dernier trimestre 2022 mais nous pourrons escompter une fréquentation proche de 200 000 touristes et un nombre global de visiteurs proche de celui de 2017. »

Au-delà des chiffres de fréquentation, ce sont les retombées économiques du secteur qui sont très attendues, puisqu’aujourd’hui le profil et le séjour des touristes ont évolué, en termes de durée de séjour, d’itinéraires et d’hébergement (mixte hôtels, pensions, meublés). Le chef de l’exécutif explique que la durée moyenne de séjour, qui était à moins de 15 jours en 2019, est passée à plus de 17 jours sur les trois premiers mois de l’année 2022. Le tourisme est et reste la première industrie du Pays : le secteur contribue à 85% de ses ressources propres.

« Il est aussi un très important pourvoyeur d’emplois » insiste le président, qui promet que l’accompagnement du Pays au développement de ce secteur « sera maintenu avec la vision d’un tourisme plus durable et qui profite avant tout à la population. »

Michel Monvoisin, PDG de Air Tahiti Nui : « le carburant a augmenté de 30% »

Le patron d’Air Tahiti Nui se félicite également des bons chiffres de 2022, même s’ils sont encore incomplets, et pense que le chiffre d’affaires réalisé par les acteurs du réceptif en 2022 sera supérieur à celui de 2019, notamment en raison de l’augmentation des tarifs.

Pour autant, Michel Monvoisin a une autre préoccupation : le prix du carburant avion qui a enregistré 30% d’augmentation. Ce poste budgétaire représente plus de 33% des charges de la compagnie aérienne…

« Le carburant avion est payé en dollars, c’est donc la double peine pour nous » explique Michel Monvoisin qui précise qu’aucune surcharge carburant n’a jamais été appliquée sur les vols entre Paris et Papeete. « En conséquence, c’est notre performance qui a absorbé ces différences… »

Cette route fonctionne très bien, Air Tahiti Nui a effectué en janvier 2023 un nombre de vols « inédit » entre la Polynésie et la France. La route américaine rencontre aussi du succès, avec une féroce concurrence entre ATN, AF, Delta et United.

« France plus Etats-Unis, c’est 75% du trafic, en l’absence de l’Asie et de l’Amérique du Sud » expose le patron d’ATN, qui pose à nouveau le problème du réceptif : « il faudrait ouvrir de nouveaux hôtels, et donc peut-être cesser de s’opposer aux projets hôteliers… »

Propos recueillis par Damien Grivois

Mélinda Bodin de la petite hôtellerie : « Cela bénéficie à toute la population ! »

Mélinda Bodin explique que certaines pensions ont tellement de commandes qu’elles ne se déplacent plus au Salon du tourisme. (Photo : archives LDT)

L’Association du tourisme authentique de la Polynésie française (ATAPF) regroupe plus de 200 membres, propriétaires gérants d’établissements du secteur de la petite hôtellerie familiale.

Elle vise le développement d’un tourisme durable, équitable et solidaire dans tous les archipels.
« Sur la fréquentation touristique, je n’ai pas de chiffres mais ce qui est certain, c’est que c’est plein partout ! » se réjouit Mélinda Bodin, la présidente de l’association. « Les résultats sont bons depuis la réouverture des frontières, et en plus les Polynésiens en profitent de plus en plus pour aller dans les îles, notamment grâce au dispositif Titeti Ai’a. »

La fréquentation et les taux de remplissage atteignent de tels niveaux que « beaucoup de pensions » ont choisi de ne pas se déplacer au Salon du tourisme en septembre 2022, selon l’ATAPF. Ce sera à nouveau probablement le cas pour la prochaine édition programmée du 3 au 5 février 2023.

Concernant l’arrivée de la nouvelle compagnie Air Moana dans le secteur du transport aérien domestique, Mélinda Bodin estime d’abord que « la concurrence est toujours une bonne chose » mais tient à souligner que le nouveau transporteur « ne va opérer que des lignes bénéficiaires« .

Suite à la démission de Nicole Bouteau, c’est le président Edouard Fritch qui a repris le portefeuille du tourisme. Un choix que ne valide pas vraiment la présidente de l’association : « Le tourisme est d’une telle importance qu’il faut un vrai ministre à plein temps. Aucun autre activité que le tourisme ne bénéficie autant à toute la population : agriculteurs, pêcheurs, artisans… »

Propos recueillis par Damien Grivois

Christophe Guardia, du Conseil des professionnels de l’hôtellerie : « Le dollar avantage les Américains »

Co-président du Conseil des professionnels de l’hôtellerie, Christophe Guardia représente les 28 grands hôtels classés de Polynésie française.

« Nous confirmons cette bonne tendance » déclare-t-il. « Certains dépasseront même les chiffres de 2019, en valeur comme en prix moyen. » Le patron du Tahiti by Pearl Resorts souhaite rappeler que ce secteur a été le plus sinistré par la crise Covid, que l’effort d’investissement est permanent alors qu’il faut aussi rembourser les prêts garantis par l’Etat (PGE).

Christophe Guardia note l’importance de l’offre en sièges entre les Etats-Unis et Tahiti, et insiste sur le fait que la hausse du dollar US avantage les Américains en terme de pouvoir d’achat. Il estime que l’Europe (Italie, Angleterre, Allemagne…) redémarre beaucoup plus lentement. Mais à ses yeux, la prédominance des clientèles américaine et française n’est pas la configuration la plus rassurante, si une crise devait survenir dans l’un des ces marchés.

Enfin, Christophe Guardia salue l’arrivée de la concurrence avec Air Moana face à Air Tahiti. « Nous sommes toujours favorables à la concurrence, ça augmente l’offre et ça fait baisser les prix. On l’avait bien constaté avec French bee… »

Propos recueillis par Damien Grivois

En octobre 2022, l’hôtellerie internationale offrait 73 740 chambres à la location, soit 94 % de l’offre de 2019
et 8 % de plus qu’en 2021. (Archives LDT)
Hôteliers, transporteurs aériens, maritimes et terrestres, prestataires de service, agriculteurs, pêcheurs, maraîchers, artisans… la forte activité du secteur touristique « ruisselle » sur tous les acteurs de l’économie. (Archives LDT)

L’Institut de la statistique parle d’un « niveau record de fréquentation »

Au troisième trimestre 2022, la Polynésie française avait déjà accueilli 66 050 touristes, soit une progression de 116 % par rapport à 2021. « Même si la durée moyenne de séjour recule sur un an, elle reste encore près de 2 jours plus élevée ce trimestre qu’en 2019 »  soulignait l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) en octobre 2022. Le nombre de nuitées touristiques était alors plus élevé qu’en 2019 et le nombre de chambres louées dans les hôtels internationaux représentait 98 % de celles de 2019.

Le coefficient moyen de remplissage retrouvait alors le même niveau, avec un revenu moyen par chambre en hausse. Le chiffre d’affaires et l’emploi dans le tourisme, se redressaient rapidement. En octobre 2022, l’hôtellerie internationale offrait 73 740 chambres à la location, soit 94 % de l’offre de 2019 et 8 % de plus qu’en 2021.