A minuit ce jeudi soir, le personnel de l’hôpital est en grève 

L’intersyndicale du CHPF a été reçue deux fois ce mercredi 18 janvier à la présidence sans que les discussions n’aboutissent à un accord. (Photo : Jennifer Rofes)

L’intersyndicale du Centre hospitalier de la Polynésie française est en grève à compter de ce jeudi 19 janvier à zéro heure. Bien que deux réunions de négociations aient eu lieu ce mercredi avec la direction de l’hôpital et les ministres de la Santé et des Finances, les syndicats n’ont reçu aucune certitude, ni garantie concernant leur premier point de revendication à savoir « obtenir un budget pérenne adapté à la réalité des activités et des besoins du CHPF »

Et pour cela l’intersyndicale indique qu’il faut recruter 137 personnels dont le coût représente aujourd’hui 1 milliard de francs de plus sur le budget voté jeudi 12 janvier. 

Lors d’une conférence de presse hier midi au Taaone, les médecins et autres personnels hospitaliers ont tenu à rétablir la vérité. « Contrairement à ce que disent les autorités du pays, à l’hôpital nous avons des outils qui nous donnent des indicateurs très exhaustifs sur l’activité des services, car il ne faut pas oublier que l’hôpital est un monde où tout est tracé. Et ce qu’on observe depuis 3 ans, notamment aux urgences, c’est une augmentation de l’ordre de 25% des pathologies dites gravissimes qui nécessitent une prise en charge immédiate et une augmentation de +50% des pathologies très sévères qui doivent être prises en charge dans la demi-heure sinon on perd les patients » explique Marc Levy du syndicat des praticiens hospitaliers. 

Les personnels de l’hôpital demandent au gouvernement de mettre les moyens nécessaires pour assurer la qualité et la sécurité des soins. En cas contraire, l’intersyndicale demande au gouvernement de choisir les services à arrêter et de l’assumer auprès de la population.

Rattaché à l’ensemble des services, comme l’oncologie, dont le taux de remplissage en hospitalisation de jour est actuellement de 180%, « ce qui signifie qu’un patient sur deux est hospitalisé dans un autre service que le nôtre » précise le docteur Gustin « 

Au service de la chirurgie gynécologique, qui manque de personnels, ou à d’autres unités, où seule infirmière de garde pour 18 patients est présente, ce sont toutes les corporations de l’hôpital qui sont touchées par ce manque de moyen que les syndicats dénoncent aujourd’hui.

« Aujourd’hui, nous avons besoin d’1 milliard pour pouvoir recruter et que ce milliard soit reconduit parce qu’on ne va pas répondre aux besoins des services sur un an et revenir à un sous-effectif l’année d’après. Et on nous répond que nous aurons 400 millions de francs qu’il nous faudra répartir, mais nous disons non. Si le gouvernement ne veut pas financer le seul hôpital de premier et dernier recours alors qu’il assume et dise quels sont les services que l’on arrête parce qu’on ne peut plus dire aux soignants de travailler sans moyens » a réagit Mireille Duval. 
Pour Flavio, brancardier, il est temps que le gouvernement regarde la réalité en face « Durant le covid on nous a donné les moyens mais on nous a tout retiré après. Moi et mes collègues nous sommes à 59 heures en moyenne par semaine. J’ai 90 jours de congés à prendre que je ne peux pas prendre parce que je mets mes collègues dans la mouise. On parle d’humain, de personnes, de malades qui souffrent. On ne s’occupe pas de boites de conserves mais d’humains. Tous les jours nous sommes confrontés à la colère des patients qui attendent, qui ont des douleurs, qui ont besoin qu’on soit là, qu’on les soigne, qu’on fasse preuve d’empathie et le gouvernement nous reproche un budget ? Mais demain c’est le ministre des Finances qui va décider de qui doit vivre et de qui doit mourir ? Un peu d’humanité… »

Ia ora te nuna’a dénonce « le manque d’anticipation du gouvernement »

Dans un communiqué envoyé aux rédactions ce 18 janvier, le parti Ia ora te nuna’a s’arrête sur la situation précaire du système de santé du fenua alors qu’un vaste mouvement de grève devrait toucher l’hôpital de Taaone et celui de Raiatea.

« Il est regrettable que le gouvernement réagisse aussi tardivement à quelques semaines d’échéances électorales majeures pour le Pays », commente le parti de Teva Rohfritsch.

«  L’hôpital est au bord de la rupture avec un personnel en souffrance qui ne se sent pas entendu par les autorités. »

« Ia Ora Te Nūna’a dénonce le manque d’anticipation du gouvernement en sachant que la situation dans les îles laisse apparaître également de nombreux dysfonctionnements dus à une gestion calamiteuse de la ressource humaine. Les revendications relatives au préavis de grève déposé également auprès de l’hôpital d’Uturoa en sont une illustration », poursuit le communiqué qui conclut : « La santé de notre population dans tous les archipels est une exigence absolue ! »