Retraite à 64 ans: forte mobilisation contre une réforme « injuste »

Le cortège des fonctionnaires d'Etat s'est rendu devant le haut-commissariat pour y manifester son opposition au projet de retraite à 64 ans (Photo : Damien Grivois)

« La retraite à 64 ans ? Si on ne meurt pas avant ! », « La mort au travail, la retraite à l’hôpital, c’est non ! », « 62 ans, ça suffit, faut pas déconner », « Travailler plus pour gagner plus pour travailler encore plus ! », « 64, aita ia ! »…

Les fonctionnaires d’Etat en Polynésie française, réunis en intersyndicale, ont organisé ce matin du jeudi 19 janvier à Papeete une marche suivie d’un sit-in devant le haut-commissariat.

Objectif : exprimer la totale opposition des quelque 10 500 agents au projet du gouvernement Borne de reporter l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans (à compter de 2030) et d’augmenter la durée de cotisations.

L’intersyndicale CFDT-CFE-CGC, CGT, CFTC, FO, FSU Solidaires et Unsa a a appelé à la grève générale les agents de l’éducation, de la police, de l’aviation civile, des douanes ou encore des finances publiques.

Un cortège de plus de 500 personnes a quitté le stade Bambridge peu après 9h, pour rejoindre l’avenue Pouvanaa a Oopa en passant non pas par le front de mer comme il avait été initialement prévu, mais par l’avenue du général De Gaulle, à le demande du haut-commissariat.

Sit-in devant le haut-commissariat

Tandis que le personnel hospitalier manifestait devant la présidence du Pays, les fonctionnaires d’Etat ont organisé un sit-in à quelques mètres de là, devant le bâtiment du haut-commissariat de la République.

Le président Edouard Fritch, en compagnie de ses ministres des Finances Yvonnick Raffin et du Travail Virginie Bruant, a reçu, à leur demande, les représentants du syndicat CSTP-FO conduits par Patrick Galenon, dans le cadre de ce mouvement national de grève contre la réforme de la retraite.

Ils ont rappelé l’opposition ferme des fonctionnaires d’Etat polynésiens à la réforme, tout en soulignant que les grévistes avaient souhaité que leur mouvement ne soit pas pénalisant pour l’ensemble de la population.

« Conscients que le gouvernement polynésien ne peut guère intervenir dans ce dossier, les syndicalistes ont cherché l’appui des autorités locales dans le dossier de l’Indemnité temporaire de retraite (ITR) dont la réforme en cours est pénalisante sur le montant des retraites servies » souligne l’exécutif, qui assure rester attentif au mouvement en cours.

Sur la problématique de l’ITR, le Président se déclare favorable à la solution présentée par la CSTP-FO qui consiste à faire cotiser les fonctionnaires sur l’ensemble de leur salaire, y compris la partie indexée. Il s’est engagé à soutenir cette proposition auprès du Haut-commissaire.

Selon la direction des enseignements, les taux de grévistes ce jeudi matin confirmaient la bonne mobilisation dans le secteur de l’éducation, notamment dans les îles : 47,17% pour l’ensemble du personnel éducation, 57,33% dans le premier degré et 38,74% dans le second degré.

« Tous les chefs d’établissement du primaire comme du secondaire étaient aussi parmi les grévistes », se félicite un enseignant avant de rejoindre l’avenue Pouvanaa a Oopa, condamnée pour la manifestation.

Il y a 10 500 fonctionnaires d’Etat en Polynésie française, dans l’éducation, la police, les douanes, l’aviation civile, la météo…

Daniel Léocadie, directeur de l’école Fareroi élémentaire à Mahina (Syndicat Unsa/Stip/AEP Enseignants)
« Tous les syndicats nationaux et locaux unis »

« On s’oppose très fortement à la retraite à 64 ans, d’autant plus qu’on a la chance cette fois-ci de voir tous les syndicats nationaux et locaux unis. Le gouvernement central doit retirer son projet de réforme de la retraite à 64 ans. Il y a plusieurs autres solutions qui sont proposées pour le financement du système de retraites français.

Maintenant, il faut que le président Macron et le gouvernement Borne écoutent les propositions des syndicats. Nous restons sur 62 ans, pas une année, pas un mois, pas un jour de plus… Si je suis là aujourd’hui, c’est surtout pour la jeune génération d’enseignants qui arrive. Imaginez des enfants devant un enseignant ou un enseignante de 63 ou 64 ans : je les plains tout comme je plains les enseignants. »

Maheanuu Routhier, secrétaire territorial du Snetaa-FO

« Il existe d’autres pistes de financement du système »

« Nous sommes contents de la mobilisation, même si certains ont peut-être redouté la pluie. Il y a beaucoup d’écoles fermées. Concernant les retraite, nous les ultra-marins nous sommes toujours la dernière roue du carrosse, rien n’est prévu pour nous.

On sait pourtant que l’espérance de vie dans les départements et les territoires d’outre-mer est beaucoup plus basse que dans l’Hexagone. Et nous les ultra-marins n’avons pas forcément accès aux mêmes soins. A la Guadeloupe, l’hôpital est dans un état lamentable.

Paris ne tient pas compte des spécificités de l’outre-mer. Les problèmes des employés du centre hospitalier de Taaone sont aussi des problèmes de moyens, notamment au niveau des ressources humaines. Eux sont là pour soigner la population, je ne crois que ce soit un caprice. C’est difficile, par exemple les brancardiers qui doivent pousser des charges énormes tous les jours.

Au niveau de Force ouvrière, nous demandons même à un retour à 60 ans comme âgé de départ à la retraite. Il existe d’autres pistes de financement du système, mais le gouvernement central se refuse à les explorer. Le mouvement a aussi très bien suivi en métropole. On attend de voir si le pouvoir persiste dans sa bêtise. »

Maite Gatien, fonctionnaire de police, 22 ans d’ancienneté, syndicat Alliance

« Inconcevable de travailler jusqu’à cet âge-là »

« La mobilisation est un succès, toute la fonction publique est rassemblée aujourd’hui. Dans la police, on n’a pas le droit de faire grève. En revanche, on peut poser des repos qui sont accordés par l’administration, c’est ce que j’ai fait pour aujourd’hui. Donc manifestante mais pas gréviste…

Je suis là pour m’opposer à la retraite à 64 ans. Dans nos métiers par exemple, ça parait inconcevable de travailler jusqu’à cet âge-là. Il faut profiter de la vie, aussi… Il faut recruter de la jeunesse, il y a plein de demandeurs d’emploi. Il faut assurer la relève.

Nous sommes soutenus par tous les collègues, notamment tous ceux qui assurent notre sécurité aujourd’hui. Pour la suite, tout va dépendre de ce va décider le gouvernement central le 23 janvier prochain. Nous déciderons alors de la marche à suivre avec l’intersyndicale. »

Atonia Teriinohorai, secrétaire général du syndicat O Oe To Oe Rima

« Il faut donner la chance aux jeunes »

« Il y a beaucoup de monde pour s’opposer à cette réforme. Il faut donner la chance aux jeunes. Déjà actuellement, il y a un problème par rapport à l’éducation, les enseignants n’arrivent plus à aller au bout de leur carrière. Avec cette réforme ils vont perdre beaucoup d’avantages, à peu près 30 ou 35% de la retraite qu’ils devaient toucher.

Pour moi il ne faut pas lâcher car il existe d’autres solutions, ça a été prouvé. Il y a possibilité de taxer davantage le capital plutôt que le travail, imposer les dividendes… Le gouvernement central veut foncer malgré tout. Ce matin en métropole, il y avait plus d’un million de personnes dans la rue, c’est très important.

Quand je vois dans le Pays, au niveau de l’assemblée, il y a des milliards de francs qui sont brassés. Nous, la population, quand on va dans un parking, on paie… Ceux du Pays non, ils ont la voiture fournie, le parking… et c’est nous qui payons tout cela. Notre objectif est d’alléger la population des charges qu’elle finance. (…) Pour l’hôpital de Taaone, moi je crois que tout cela est fait exprès puisque les déficits s’accumulent depuis des années.

Je pense qu’ils vont chercher une manière de réduire le personnel. Il est très important qu’on puisse équilibrer les comptes, je pense qu’il il a des économies à réaliser. Pour une astreinte de 2 jours, certains sont payés 70 000 F, c’est énorme. Il faut contrôler les comptes de l’hôpital. »

Le cortège est parti vers 9h en direction de l’avenue Pouvanaa a Oopa (Photo : Damien Grivois)