SURF – Interview : Tikanui Smith revient sur sa journée à l’Eddie Aikau 2023

Tikanui Smith, focus avant sa série, se prépare pour affronter ces montagnes d'eau. (Photo : Tikanui Smith)

Dimanche 22 janvier, s’est déroulée sur le spot de Waimea Bay la prestigieuse Eddie Aikau Invitational Contest 2023. Remporté par le Hawaiien Luke Shepardson, l’évènement est qualifié par beaucoup d’historique, en raison de la houle exceptionnelle qui a touché l’archipel de Hawaii ces derniers jours. Une compétition de haut vol qui réunissait les meilleurs surfeurs de grosses vagues au monde. Parmi eux, le jeune Polynésien Tikanui Smith, qui revient pour La Dépêche sur cette journée d’anthologie.

Tika, tout d’abord félicitations pour ta performance ! Quelle est ta première réaction à l’issue de cette journée ?

Merci ! Ben, que dire si ce n’est que c’était la journée la plus dingue de toute ma vie ! C’était un privilège d’être invité à cette compétition qui réunit les meilleurs surfeurs de grosses vagues au monde. Dans ma série il y avait des gars comme Billy Kemper, multiple champion à Jaws, ou encore Grant Twiggy Baker qui a déjà été champion du monde. Pouvoir me mesurer à ces gars-là c’était vraiment incroyable. Et les vagues… un truc de malade ! 

Parle-nous de cette journée. Le matin en arrivant, les vagues sont là…qu’est ce qu’on ressent ? 

Alors déjà, il faut savoir que je suis arrivé le matin même à Hawaii. À 6h, j’étais encore à l’aéroport. Il a fallu expliquer aux personnels de l’immigration qu’il fallait que je sorte au plus vite car je participais à la compétition. Heureusement, là-bas, tout le monde en parlait et quand ils ont vu mon nom, ils m’ont fait passer en priorité. Ensuite, j’ai dû prendre la route par la cote Est, même si le trajet est plus long, pour éviter les embouteillages. 

Sacré périple ! Tu n’as pas eu le temps de penser à la compétition avec tout ça à gérer…

Et ben, figure toi que c’était tout l’inverse. Sur la route, en arrivant sur le North Shore, tout avait été ravagé par la houle durant la nuit. Il y avait du sable et des cailloux partout. Dix ans que je viens sur le North Shore et c’est la première fois que je voyais ça ! Du coup, je n’étais même pas encore arrivé que la pression était déjà là. Je savais que les vagues seraient plus grosses que prévu.

Et donc en arrivant, verdict ?

À mon arrivée, les vagues étaient immenses, bien plus grosses que ce qui était annoncé. Et le pire, c’est que la houle n’a pas cessé de monter jusqu’au soir. Les vagues étaient plus grosses encore après la dernière série de la journée. De ce que j’ai entendu dire, c’était l’édition avec la houle la plus grosse de toute l’histoire de la compétition ! Ce qui me rend encore plus fier d’avoir pu y participer. 

Lors de ta première série, tu ne semblais pas en confiance, peux-tu nous en dire plus ? 

Oui, en fait l’histoire c’est que j’avais deux planches : une moyenne et une très grande que je comptais utiliser en fonction des conditions. Mais quand je suis arrivé, les gens m’ont tout de suite conseillé de prendre la grande planche, au vu de la taille des vagues. Le souci, c’est que je ne l’avais jamais utilisée auparavant, et donc niveau matériel je n’étais pas en confiance. Et puis c’était la première fois pour moi que j’allais à ce spot avec cette taille de vague. C’était difficile de prendre mes repères. J’ai pris quelques vagues, pour essayer de trouver le rythme, mais la série est très vite passée et en sortant de là j’étais frustré. Je savais que je n’avais pas tout donné. 

Pourtant, lors de ta deuxième série, tu as montré un tout autre visage. Que s’est-il passé entre temps ? 

Mon frère était là, sur la plage, et c’est lui qui m’a dit d’arrêter de stresser. Et puis je savais que les gens me regardaient, que le public polynésien aussi me regardait… Je ne voulais pas décevoir. Comme on dit en surf « GO BIG OR GO HOME ! », il était hors de question de rentrer avec ce genre de prestation. Du coup, lorsque je suis retourné à l’eau, j’avais enfin retrouvé mes esprits. Et puis, il aura fallu aussi que je tombe sur certaines vagues pour m’enlever cette appréhension de la chute. Une fois que c’était fait, la confiance était de retour et j’étais prêt à en découdre. Cette fois, je me suis positionné plus à l’intérieur avec le reste de mes opposants et je partais sur tout ! Je tapais dans les mains, je criais ! J’étais trop heureux d’être là et de faire partie de tout ça. Hélas, je n’ai pas eu les scores pour accéder à la finale. Mais rien que d’avoir participé, c’était juste incroyable ! C’était sans aucun doute une des journées les plus folles de ma vie !

Propos recueillis par Wendy Cowan