La “saison” du moustique tigre bientôt ouverte dans l’Hexagone

Depuis 2010, le nombre de départements métropolitains colonisés par le moustique tigre a été multiplié par dix.
Depuis 2010, le nombre de départements métropolitains colonisés par le moustique tigre a été multiplié par dix. (Photo DR)
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Le moustique tigre, bien connu en Polynésie française, sera dès la semaine prochaine sous surveillance renforcée dans l’Hexagone, alors qu’au fil des années la présence de cet insecte, vecteur de nuisances et de maladies, s’étend inexorablement sur le territoire.

Du 1er mai au 30 novembre, qui correspond à sa principale période d’activité, les autorités sanitaires vont scruter la présence de l’Aedes albopictus – son nom scientifique-, multiplier les messages de sensibilisation et déclencher d’éventuelles opérations de démoustication.

Car l’été dernier, le moustique tigre, reconnaissable grâce à ses rayures noires et blanches, a laissé un mauvais souvenir. Au 1er janvier 2023, il avait colonisé 71 départements, un nombre en constante augmentation depuis son installation dans l’Hexagone en 2004.

Et l’insecte, qui pique plutôt le matin et le soir, a été à l’origine de 65 “cas autochtones” de dengue, concentrés dans le sud de la France: le terme désigne des patients qui n’ont pas voyagé dans des zones où le virus circule largement comme les Antilles, mais ont été piqués par un moustique s’étant lui-même infecté au contact d’un voyageur contaminé.

“65 cas, ça peut paraître peu, mais cela témoigne d’une dynamique, c’est un signal pour l’avenir”, prévient Marie-Claire Paty, coordinatrice de la surveillance des maladies vectorielles à Santé publique France.

De fait, depuis 2010, le nombre de départements métropolitains colonisés par le moustique tigre a été multiplié par dix.

“On est persuadé que c’est un risque qui va aller en s’intensifiant”, insiste Mme Paty.

“Extension inéluctable”

Il faut s’attendre, dans les années à venir, à une hausse des cas de dengue, Zika et chikungunya, maladies transmises par des moustiques “vecteurs” désormais largement implantés sur le territoire national, a averti le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars), l’ex-conseil scientifique. Des maladies virales qui “pourraient devenir des problèmes de santé publique”.

Si, en métropole, il n’a pas été observé à ce jour de forme grave, des complications sont toujours possibles, pouvant entraîner des réanimations voire des décès, rappelle Marie-Claire Paty.

En Ile-de-France, il est désormais définitivement implanté dans une centaine de communes.

“Son extension est inéluctable”, déclare l’entomologiste Didier Fontenille. “C’est un insecte urbain, qui se déplace dans les voitures et pond ses œufs dans les collections d’eau” laissées par les gens – des gîtes larvaires – comme des pots, des soucoupes, des récupérateurs d’eau. “Il aime le sang humain, ce qui en ville, ne manque pas”, poursuit-il.

Pour ne rien arranger, le réchauffement climatique a des effets indirects sur son accroissement: plus il fait chaud, plus le cycle de développement du moustique se raccourcit.

La vitesse de multiplication du virus à l’intérieur de l’insecte est aussi augmentée sous l’effet de la température. “Donc plus il fait chaud, plus vite il peut transmettre une infection”, explique Anna-Bella Failloux, spécialiste des maladies liées aux moustiques à l’Institut Pasteur.

“Vivre avec”

Son expansion reste toutefois essentiellement favorisée par les voyages et les comportements humains. Les autorités sanitaires redoutent ainsi l’organisation prochaine de grands évènements sportifs internationaux en métropole notamment les JO 2024.

Pour limiter les risques, “la première chose à faire est de lui rendre la vie difficile”, conseille Didier Fontenille, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à Montpellier.

“En Outre-Mer, le moustique fait déjà partie du quotidien. En Hexagone il va maintenant falloir apprendre à vivre avec”, résume Anna-Bella Failloux.

Éliminer tous les endroits où l’eau peut stagner, vider les récipients, couvrir les réservoirs et les piscines lorsqu’elles ne sont pas utilisées… voici autant de gestes à adopter, à la fois par les particuliers et les agents territoriaux.

Certains produits répulsifs peuvent s’avérer utiles, mais tous ne sont pas d’une efficacité optimale contre le moustique tigre.

La surveillance de la présence de l’insecte repose aussi “sur le signalement citoyen”, a prôné le ministère de la Santé jeudi dans un communiqué, appelant les particuliers à signaler son implantation dans leur commune sur le site “signalement-moustique.anses.fr”.

Pour éviter la mise en place d’un cycle de transmission autochtone de maladies liées au moustique tigre, “une enquête est réalisée autour de chaque cas humain recensé dans un département” où il est installé, rappelle-t-il.

AFP