Violences habituelles sur sa fille de 13 ans, une mère condamnée à un an de prison

Le prévenu a obtenu ce qu'il voulait : retourner en prison... (Photo archives LDT)
Le prévenu a obtenu ce qu'il voulait : retourner en prison... (Photo archives LDT)
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Une femme de 37 ans était jugée en comparution immédiate, le 5 juin 2023, pour des violences répétées sur sa fille de 13 ans, plus de deux ans après le premier signalement à la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE) pour des soupçons de maltraitance. Après une intense audience, la mère a été condamnée à un an de prison avec sursis et interdiction de contact avec sa fille, jusqu’à la future décision du juge des enfants.

C’est libre, placée sous contrôle judiciaire, qu’une femme robuste s’approche de la barre. Elle comparaît pour “violences habituelles sur un mineur de 15 ans, suivies d’incapacité supérieure à huit jours”. Les dates retenues par la prévention font froid dans le dos, du 1er juillet 2012 au 3 mai 2023, soit onze ans de mauvais traitements pour une adolescente d’aujourd’hui treize ans, présente dans la salle, collée à sa grand-mère derrière le banc de son avocat.

La Présidente du tribunal décrit le contexte familial et la séparation des parents pendant la grossesse. La père vit depuis en Nouvelle-Calédonie. La fillette passe l’essentiel de sa jeunesse chez les grands-parents à Paea, mais lorsqu’il faut aller au collège à Papeete, elle doit retourner vivre chez sa mère.

Si toute la famille sait que la fillette souffre, le premier signalement officiel est fait par le personnel médical, chargé en 2021 de faire un vaccin à la petite fille. Comme à l’ordinaire à cet âge, elle a peur des aiguilles. C’est alors de manière brutale que la mère force l’enfant, qui se débat et finit par prendre des claques devant des infirmières médusées.

La mère ne répond pas aux premières convocations pour s’expliquer de son comportement, le dossier semble ensuite se perdre dans le labyrinthe des services sociaux. L’année suivante, c’est la grand-mère qui signale le comportement violent de sa fille sur sa mootua, puis le parquet relance l’enquête en 2023.

Très vite, on comprend qu’il y a des crises à chaque fois que l’enfant doit retourner chez sa mère. Elle refuse, crie, pleure. Parfois, elle s’accroche à la voiture qui vient de la déposer ou s’enfuit sur la route. Quand elle est chez sa mère, elle va souvent chez les voisins se plaindre qu’on la laisse seule ou qu’elle n’a pas mangé. Elle veut surtout qu’on appelle sa grand-mère pour qu’on vienne la chercher. De temps en temps, elle ajoute qu’on la frappe.

“Elle bat sa fille comme une adulte”

Pendant l’enquête, des proches, des voisins, même des mamans de l’école confirment qu’ils ont assisté à des scènes de violence. Des coups sur l’épaule ou derrière la tête, des tirages de cheveux, des gifles, des coups de poing.

Parmi les témoignages, un voisin est pesamment descriptif : “Ce ne sont pas de petites tapes. Elle bat sa fille comme une adulte”. Une tante résume : “elle est en danger avec sa mère”. En mars 2022, il faudra même l’intervention de deux personnes pour relever la mère couchée sur sa fille, le coude posé sur sa gorge, “comme si elle voulait l’étrangler”, décrit un témoin de la scène. La pauvre petite souffre alors d’une entorse cervicale, quinze jours d’ITT.

La mère raconte ensuite en quelques mots, entre deux sanglots, sa jeunesse sous les coups d’un père violent, ce à quoi la Présidente du tribunal coupe court : “Vous croyez qu’ils font comment les parents qui ne tapent pas leurs enfants ? Vous croyez qu’ils sont moins bien éduqués ?”. Pas de réponse, à part des larmes.

L’avocat des représentants de la jeune fille pointe à nouveau du doigt la lenteur de la procédure, avec un procès en 2023 quand le premier signalement est réalisé deux ans plus tôt. Pour lui, la mère a de la chance que seuls deux faits soient retenus contre elle. Il demande 500 000 F de dommages et intérêts.

Pour le procureur, la fréquence des violences est prouvée, et les claques et les fessées comment bien à l’âge de deux ans. Il requiert une peine de 12 mois de prison avec sursis et une interdiction de contact avec l’enfant. L’avocate de la mère, après avoir brillamment présenté les traumatismes des enfants battus, et surtout “l’effet miroir” qui les pousse trop souvent à reproduire la violence au sein de leur propre foyer, demande avant tout pour la mère un suivi psychologique qui, selon elle, a déjà débuté et fonctionne.

Elle conclut : “Sa violence peut s’expliquer, pas se comprendre, mais s’expliquer”.
Le tribunal la condamne à un an de prison avec sursis, une obligation de soin et 300 000F à verser à la victime. Elle a interdiction de contact avec sa fille et interdiction de se rendre au domicile de la grand-mère.

Le juge des enfants a été saisi par le procureur. Il devra trancher sur le maintien, ou non, de l’autorité parentale à la mère et d’éventuels droits de visite médiatisés.

Compte-rendu d’audience Y.P