Assises – Dix ans de prison pour avoir tenté de tuer son père

La question de l'irresponsabilité de ce schizophrène a été de tous les instants, particulièrement lors de la deuxième journée de procès durant laquelle les experts psychologues et psychiatres se sont succédé à la barre, pas toujours d'accord. (Photo archives LDT)
(Photo archives LDT)
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L’homme de 34 ans qui comparaissait pour une tentative de meurtre sur son père armé d’un couteau a été reconnu coupable et condamné le 20 juin 2023 à 10 années de prison. Durant ces deux jours d’audience, la question de l’irresponsabilité de ce schizophrène a été de tous les instants, particulièrement lors de la deuxième journée de procès durant laquelle les experts psychologues et psychiatres se sont succédé à la barre, pas toujours d’accord. La cour a finalement retenu une altération du discernement de l’accusé au moment des faits. 

Les débats de cette seconde journée s’ouvrent avec le témoignage d’un expert qui a été le premier à voir l’accusé après les faits : un coup-de-poing sans motif apparent sur un adolescent de 14 ans, puis l’attaque au couteau sur son père, qui échappe à la mort pour une histoire de quelques centimètres.

Il est de ceux qui estiment que l’homme, incontestablement malade, est tout de même apte à être normalement jugé. S’il admet que la maladie l’a sans doute empêché de se contrôler, il soutient que celui qu’il a rencontré il y a deux ans est tout à fait accessible à une sanction pénale. Il balaye tous les arguments qui pourraient tendre vers l’inverse.

La consommation de paka de l’accusé, une courte rupture de son traitement ou encore le fait qu’il semblait hors de lui, ne peuvent pas lui enlever la responsabilité de ses actes. “Rien ne prouve qu’il était dans un état de démence” déclare le spécialiste actuellement en métropole, qui est resté disponible jusqu’à plus de 22 heures pour cette visioconférence avec Tahiti dans une salle du tribunal de Bordeaux.

C’est ensuite la psychiatre chargée par la justice de conduire l’expertise de l’accusé qui est appelée à la barre. Habituée du palais, sa vision est toute autre. Elle rencontre un homme renfermé, “dissocié“, avec qui les échanges sont impossibles. Il ne la regarde jamais, parle tout seul en regardant le sol ou le plafond, lance des insultes enfantines à tendance scatologique et ne tient pas en place.

Elle critique certains traitements reçus par l’accusé tout au long de sa prise en charge et contredit ouvertement l’analyse de son confrère précédent. Elle est catégorique, face à l’importance de la maladie de l’accusé et la sévérité de ses symptômes, son discernement est, de fait, aboli. Si elle admet qu’il n’est pas délirant du matin au soir, elle insiste, sa perte de jugement est permanente, “il est déconnecté”.

Une attitude gênante

Une suspension est décidée par la Présidente de la cour. En plus de passer comme la veille la journée plié en deux la tête presque au sol, l’accusé aurait eu des regards déplacés, insistants, en tout cas très malaisants pour la jeune jurée la plus proche de lui. Au point qu’elle demande à être remplacée. L’accusé est déplacé et installé juste derrière son avocate. Il est de nouveau rapidement interrogé.

Alors qu’hier, une de ses seules réponses de plus de trois mots avait été pour dire qu’il fumait du cannabis “pour se rapprocher de Dieu”, il indique aujourd’hui qu’il aime bien la prison, car il y a des sucreries, il cite alors une longue liste de sodas. Le reste est confus pour ne pas dire insensé, on comprend tout de même qu’il ne veut plus retourner chez son père, mais ne sait toujours pas expliquer son geste.

Pour l’avocate du jeune garçon frappé, l’accusé interpelle d’abord l’adolescent, le provoque, le menace puis se déplace et le frappe. Le cheminement d’une agression classique qui n’est pas, selon elle, le reflet d’un homme en crise. Si elle veut bien envisager un discernement altéré de l’accusé au moment des faits, il n’est, selon elle, en aucun cas aboli.

L’avocate du père, la principale victime, passera un long moment sur la vie de cet homme souvent qualifié de maltraitant pendant l’audience, avant tout impuissant, et qui ne peut admettre que son fils ait voulu le tuer. Il a surtout l’espoir que l’on trouve enfin le bon traitement pour un enfant qu’il veut voir stabilisé. L’avocate indique qu’il s’est porté partie civile non pas pour aggraver le cas de son fils, mais simplement pour tenter de lui faire comprendre qu’il a fait quelque chose de mal. 

“Il ne doit pas être traité comme un imbécile”

L’avocat général est formel : l’accusé en voulait à son père et avait l’intention de le tuer. Il revient d’ailleurs sur le témoignage d’une personne qui bien entendu ces mots “je vais t’ôter la vie“, répétés à deux reprises par l’accusé. Il rappelle que la tentative de meurtre est punie de la même manière qu’un meurtre, car justement, on juge avant tout l’intention.

Il comprend la réalité du mal dont souffre l’accusé, mais l’estime apte à comprendre ce qu’il a commis et à accepter une sanction. Il requiert une peine de 10 ans de prison. Une peine assez longue, dit-il, pour espérer transférer l’homme une fois détenu dans un des rares établissements pénitentiaires de métropole équipé d’un véritable centre psychiatrique. La Polynésie n’en est pas dotée.

Une proposition qui ne convient absolument pas à l’avocate de la défense, qui rappelle que la mère de son client vient le voir deux fois par semaine, et que ça lui fait du bien. Elle plaide notamment le fait qu’aucun des témoignages ne peut prouver qu’il n’est pas en crise au moment des coups de couteau, même s’il est décrit calme au commissariat par la suite.

Elle ne demande toutefois pas la relaxe pour une abolition totale du discernement, mais elle maintient qu’il n’a jamais eu l’intention de tuer son père, et invite la cour à prononcer une peine qui correspondrait plus à des coups et blessures, mais pas à une tentative de meurtre.

Après un long délibéré, la cour a choisi la voie de l’altération du discernement, ce qui atténue la peine de l’accusé qui risquait la perpétuité. Il est condamné à 10 années de réclusion et 10 ans de suivi socio-judiciaire.

Compte-rendu d’audience Y.P.