Justice – Prison ferme pour un couple vendeur d’ice récidiviste

Les proches des prévenus étaient nombreux à attendre les derniers délibérés de la journée. (Photo Y.P)
Les proches des prévenus étaient nombreux à attendre les derniers délibérés de la journée. (Photo Y.P)
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Le couple, déjà condamné en 2018 dans l’affaire dite “kiki love” comparaissait à nouveau pour un trafic d’ice et de cannabis entre mars 2022 et avril 2023. Après quelques mois d’enquête, une perquisition avait permis de découvrir 2 grammes d’ice, près de 800 grammes de cannabis et environ deux millions de francs en liquide. Le mari a été condamné à cinq ans de prison ferme et maintien en détention. La femme a été condamnée à deux ans ferme avec mandat de dépôt différé, elle devra se présenter mercredi prochain à Nuutania, le temps pour elle de gérer la garde de ses quatre enfants.

Le président du tribunal débute par la présentation des faits, et une enquête qui débute “suite à un renseignement” dit-il, en clair, on les a dénoncés. Une surveillance et des écoutes téléphoniques sont mis en place, jusqu’à une perquisition à leur domicile où sont saisis environ 800 grammes de cannabis, des sachets vides avec des résidus d’ice et 2 sachets contenant un peu moins de deux grammes de méthamphétamines. Les forces de l’ordre trouvent aussi 2 balances électroniques et de l’argent liquide à plusieurs endroits de la maison, pour près de deux millions de francs.

Les faits ne sont pas contestés par le mari. Alors qu’il a déjà connu la prison, condamné à trois ans ferme pour avoir été la nourrice d’un célèbre trafiquant, le président du tribunal lui demande pourquoi il a recommencé, il répond : “la vie est dure”. On lui rappelle alors que sa femme dit gagner 300 000 F par mois. “Vous n’étiez pas tenaillé par la faim”, rajoute le Président.

Le trafic a repris doucement. Il achète un gramme qu’il coupe en dix et fait 80 000 F de bénéfice. Alors il en achète quatre autres, puis cinq, il investit environ un million par mois et fait entre 400 000 et 500 000 F de bénéfice mensuel. Il précise même aux gendarmes avoir multiplié son activité par 14 depuis qu’il a recommencé à vendre de la drogue.

Une femme complice

Elle comparaît libre, simplement placée sous contrôle judiciaire, sans doute pour pouvoir continuer de s’occuper des quatre enfants de leur foyer. Elle a beau dire qu’elle n’était pas heureuse que son mari ait recommencé “ses bêtises”, elle l’a finalement aidé elle voulait qu’il se lance en prenant une patente pour faire de la mécanique, un plan parfait pour celle qui a lancé un business de location de voiture. “Je l’ai aidé pour ses démarches”, dit-elle, ce à quoi le président rétorque du tac au tac “finalement vous l’avez aidé dans le trafic”.

En effet, c’est elle qui fait les comptes. Elle fait également quelques ventes lorsque son mari n’est pas là et que les clients se pressent au portail de la maison. Les écoutes téléphoniques prouvent aussi son rôle d’intermédiaire. Interrogée sur leur train de vie, elle admet avoir profité de l’argent de la drogue : “On a payé notre mariage”, explique-t-elle. Là encore le président réagit rapidement en regardant le dossier d’instruction : “On a les belles photos du mariage”.

Le procureur s’attaque alors à la mère de famille, et sous-entend clairement que le business de location de voitures qu’elle dirige est une couverture parfaite pour blanchir l’argent du trafic. Le cas s’est déjà présenté dans d’autres affaires de drogue et “des enquêtes sont en cours” dit-il.

Il faut dire qu’une première voiture est achetée cash, “avec mes économies” dit la prévenue qui sent le vent tourner. La seconde voiture est payée “par un ami” avec qui elle doit s’associer, puis elle acquiert un troisième véhicule qu’elle paye également comptant. Le procureur rapporte alors de nombreux dépôts d’espèces sur son compte personnel et feint de s’étonner que plus de 80 % des clients de sa société payent en liquide.

Des accusations à peine voilées qui énervent l’avocat de la mère de famille qui réagit avec véhémence : “Rien n’a été démontré” dit-il, à propos de ce qu’il estime être des suppositions. Alors que le procureur requiert un mandat de dépôt, il souhaite que le tribunal “ramène le dossier à sa juste mesure”.

Oui, elle a bien aidé son mari, “pour la paix des ménages” ajoute-t-il. L’avocat du mari lui, ne cache pas manquer d’argument pour défendre un homme qui a déjà été condamné, et qui dans son quotidien baigne dans l’univers de l’ice, même s’il n’en consomme pas lui-même. Il souhaite avant tout que les enfants du couple ne soient pas placés.

Le tribunal condamne le mari à cinq ans de prison ferme, deux ans pour sa femme. Un mandat de dépôt différé est prononcé pour cette mère de 40 ans qui va avoir quelques jours pour organiser la garde de ses enfants et empêcher que les services sociaux décident d’un placement en foyer ou en famille d’accueil. Elle est attendue mercredi prochain à huit heures à Nuutania.

Compte-rendu d’audience : Y.P