Marama Ariipeu-Tirador, meilleur danseur du Heiva i Tahiti 2023

Marama Ariipeu-Tirador est le meilleur danseur du Heiva i Tahiti 2023. À 21 ans, le jeune homme est amoureux de sa culture et souhaite la préserver. (photo : Lana CHAINE/LDT)
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Marama Ariipeu-Tirador ne serait peut-être jamais devenu le meilleur danseur du Heiva i Tahiti 2023 si Marguerite Lai ne l’avait pas durement sollicité pour relever le défi. À 21 ans, le jeune homme est amoureux de sa culture et souhaite la préserver. La Dépêche de Tahiti l’a rencontré à Punaauia, commune dont il est originaire.

Marama Ariipeu-Tirador a 18 ans lorsqu’il rejoint la troupe O Tahiti E auprès de Marguerite Lai. Trois ans plus tard, à 21 ans, celui qui “dansait comme un crabe au lycée“, a été récompensé meilleur danseur du Heiva i Tahiti, le 12 juillet dernier. Une belle revanche mais surtout un grand honneur“, avoue-t-il. Si sur scène, Marama a ébloui l’assistance de To’ata, en coulisse, l’enjeu était de gérer le stress : “le vrai challenge pour moi était déjà de monter sur scène“, plaisante-t-il. “Ce qui m’a aidé, c’était les messages de mes amis proches qui m’ont soutenu“, nous confie-t-il.

(Photo : Heiva i Tahiti)

Aux côtés de Poemoana Teriinohorai, Marama apprend et prépare sa prestation pour le concours. Le duo, qui partage un lien artistique solide, a souhaité véhiculer un message : “un meilleur danseur n’est pas forcément la virilité pure, la bête de scène. C’est aussi la sensibilité, reconnaître ses émotions et être soi-même. Cela induit d’exécuter un pas de danse au plus proche de la perfection, une chorégraphie qui mélange la force masculine et la légèreté”, nous explique Marama. 

Bien que le Heiva représente “une émotion particulière“, c’est bien souvent du travail et des sacrifices. À ce sujet, Marama déplore le manque de compréhension du public. “Les gens ne se rendent pas comptent du travail fourni à l’arrière. Ils préfèrent critiquer que reconnaître les efforts apportés, c’était difficile de passer outre les jugements“, nous avoue-t-il. Néanmoins, pour cet amoureux de la culture, la passion prime sur l’incivisme. La plus belle récompense, c’est le sourire de ses amis, d’être entouré des personnes qui partagent les mêmes valeurs.

Marama Ariipeu-Tirador lors de la remise des prix du Heiva i Tahiti 2023. Son trophée lui a été remi par Ravahere Silloux, Miss Tahiti 2023. (Photo : Heiva i Tahiti)

Initiation au ‘ori tahiti

Marama débute le ‘ori tahiti en 2017. Au sein du conservatoire, il parfait son paoti sous l’oeil attentif de Toanui Mahinui, son professeur. “Il est derrière nous à chaque instant et il n’hésite pas à rectifier si nous faisons des erreurs. Toutefois, je suis content parce que j’assimile vite ce qui est manuel et artistique“, nous indique-t-il. De nature réservée, la danse l’a aidé à coopérer avec sa timidité. Outre l’aspect créatif, c’est “la profondeur des chorégraphies et la beauté des chants” que Marama apprécie dans la pratique du ‘ori Tahiti. Au delà de la gestuelle, il y a une volonté de protéger le patrimoine culturel mā’ohi, bien trop “occidentalisé“, selon Marama.

En plus de la danse, Marama assiste à l’encadrement des cours de ‘ori Tahiti du conservatoire. Une expérience “formatrice” puisqu’il porte les mêmes responsabilités qu’un professeur.  Cet enseignement entre d’ailleurs en corrélation avec celui dispensé par John Mairai : culture et civilisation polynésienne. Inspiré par les paroles du professeur, Marama comprend l’importance de connaître son identité culturelle et entame des études en langues polynésiennes à l’université. “C’était beaucoup plus enrichissant pour moi d’approfondir mes connaissances personnelles sur notre culture. Je suis fier d’être polynésien et c’était justement l’occasion de remettre le sujet au goût du jour“, exprime-t-il.

Pour l’instant, Marama vit “carpe diem“. L’an prochain, il passera son examen de médaille d’or au conservatoire, auquel il a dû renoncer pour se consacrer au Heiva. Il entamera également sa troisième année de licence en langues polynésiennes à l’Université de la Polynésie française, en août prochain.

Les confidences de Marama

Marama Ariipeu-Tirador est le meilleur danseur du Heiva i Tahiti 2023. À 21 ans, le jeune homme est amoureux de sa culture et souhaite la préserver. (photo : Lana CHAINE/LDT)

Une personnalité polynésienne préférée ? 

Henri Hiro pour son engagement et pour toutes ses productions écrites et cinématographiques. J’aime énormément lire ses écrits car je retrouve la mentalité polynésienne de l’époque et c’est très inspirant. Pour moi, Henri est un exemple.

Ta musique du moment ? 

Actuellement, c’est la chanson de l’aparima final de Ori i Tahiti. Elle est dans ma tête, elle ne part plus ! Cette chanson m’a beaucoup touché lors de ce Heiva. 

Ton plat préféré ? 

J’en ai deux : le ma’a Tahiti et les pâtes à la carbonara.

Ta fleur préférée ? 

La tiare taina ! Quand j’étais petit, j’avais deux grands arbustes à la maison et à chaque Noël, son odeur enivrait la maison. Ses pétales ressemblent à celles d’une rose, c’est une très belle fleur.

Une cause qui te tient à coeur ? 

Je souhaiterais protéger notre culture. Elle est très occidentalisée, lorsque tu aperçois ce qui est fait à l’étranger, tu ne peux même plus appeler cela du ‘ori Tahiti. Ils ne prônent que ce qu’ils veulent retenir de notre culture. Je m’intéresse beaucoup à cela surtout avec Marguerite Lai qui est très conservatrice à ce sujet. Et c’est une bonne chose, car si elle n’oeuvrait pas comme elle le fait si bien, qui le ferait ?” 

Propos recueillis par Lana CHAINE