Justice – À 18 ans, il casse tout et bouscule son père : deux mois de prison

L'homme de 36 ans a été condamné par le tribunal de Papeete, lundi 25 mars, à 18 mois de prison ferme. (Photo archives d'illustration YP/LDT)
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Un tout jeune majeur a été condamné le 11 septembre 2023 pour une série d’actes de violence et de menaces au domicile de ses parents à Tubuai entre le 4 et le 9 septembre dernier. À l’issue d’une audience ou deux visions du jeune homme se sont farouchement opposées, il a écopé d’une peine de 10 mois de prison, dont huit mois avec sursis.


Raimana (prénom d’emprunt) a eu 18 ans début août. Il est jugé aujourd’hui pour avoir brûlé des paréos et menacé ses parents de s’en prendre à eux alors qu’il était ivre. Quelques jours plus tard, en pleine crise de colère, il avait frappé et troué le mur de sa chambre à coups de chaussures de sécurité. Il a aussi volontairement crevé un pneu du vélo électrique de sa mère, et poussé son père qui s’était légèrement cogné le dos contre un mur. Des faits minimes comparés à ce que le tribunal juge habituellement en comparution immédiate. Sur ces faits, le jeune homme n’a qu’une seule explication, oui, il s’énerve, car dit-il, “Je n’ai pas le soutien de mes parents“.

“Il se comporte comme un roi”

S’opposent alors deux visions d’un même parcours. Celle de la procureure, qui dépeint les actes d’un jeune rebelle déjà condamné deux fois par le tribunal pour enfants notamment pour dégradations et outrages. Placé en foyer alors qu’il a 15 ans, il casse déjà du mobilier et insulte les éducateurs quand il s’énerve. Arrivé ensuite dans une famille d’accueil, tout se passe bien jusqu’à ce qu’il se fasse voler par un autre adolescent placé dans la même famille, il sera condamné pour violences pour avoir voulu régler le problème à coups de poings. Un parcours de délinquance qui “va crescendo” dit la procureure, qui explique qu’elle suit le dossier du jeune homme depuis longtemps et que, selon elle, le jeune homme impulsif ne sait pas refréner sa colère alors qu’il vit dans un environnement où l’on fait tout pour lui. “Il se comporte comme un roi et vit comme un coq en pâte” dit la procureure, insistant sur le fait que toutes les tentatives de l’aider ont échoué, car le tout jeune prévenu n’a jamais voulu respecter le moindre cadre ni la moindre autorité. Il est intolérant à la moindre frustration et affiche une incapacité à se gérer.

Le jeune homme quitte la barre en larmes

Pour le ministère public, le jeune homme a eu des problèmes en foyer, en famille d’accueil, et maintenant chez ses parents. Elle suit l’avis du service de probation et demande la révocation de neuf mois de prison avec sursis de ses précédentes peines et ajoute dix mois fermes pour les derniers actes commis chez ses parents. Une famille qui, selon elle, n’a jamais cessé de demander de l’aide, mais est à bout. Tellement à bout que les parents demandent non seulement plus d’un million de dommages et intérêts, mais surtout une interdiction de contact avec leur fils. La procureure requiert même une interdiction de se rendre à Tubuai pendant cinq ans. Avant même la fin de sévères réquisitions, le jeune homme quitte la barre en larmes et s’écroule sur le banc derrière lui.

“Pour une fois que quelqu’un l’aime”

L’avocat du jeune homme est abasourdi. Il se dit “atterré” par la description diabolique que la procureure a faite de son client, alors qu’il ne s’agit pour lui que de minimes actes de colère d’un jeune homme désespéré. Il revient sur la phrase qu’il a répétée à plusieurs reprises “Il ne veut que le soutien de ses parents“. Lui aussi revient sur le parcours du jeune homme, avec un autre prisme. Interne à 13 ans, placé en foyer à 15, puis en famille d’accueil, il s’attarde sur cette fois où le père a amené son fils pour des soins psychiatriques à Tahiti, puis l’a laissé au bon soin des médecins avant de rentrer seul aux Australes. Il décrit la vie quotidienne sur place, dans une maison où, selon lui, la maman n’a visiblement pas envie de s’occuper de son fils, puisqu’elle se cache quand il lui demande quelque chose. “L’image de la petite maison dans la prairie, au secours !” Lance-t-il, agacé tout au long de sa plaidoirie par la volonté du ministère public d’incarcérer un jeune “désespéré” et “abandonné par ses parents“. Il revient aussi sur leur demande de recevoir 500 000F chacun pour les dégâts dans la chambre. 

Une demande “indécente” selon lui, alors qu’il s’est précisément renseigné sur le prix des plaques de placo nécessaires à la réparation. “Et maintenant on veut s’en débarrasser en l’envoyant à Nuutania” dit-il, exaspéré. Il met en avant, tout comme son client, que le jeune homme ne veut plus retourner chez ses parents, alors que sa compagne de 23 ans se dit prête à l’héberger à Tahiti. “Pour une fois que quelqu’un l’aime“, conclut-il.
À l’annonce du délibéré, le jeune homme s’écroule et doit être relevé par les deux gendarmes qui l’accompagnent. Le tribunal ne révoque que trois mois de sursis sur les neuf possibles, et le condamne à dix mois de prison dont huit avec sursis pour la bousculade, les menaces et le pneu crevé. Le tribunal prononce un mandat de dépôt pour le tout jeune adulte qui part pour cinq mois en cellule.

Compte-rendu d’audience Y.P