Poisson-pierre : comment réagir en cas de piqûre ?

Le nohu est considéré comme l'un des poissons les plus venimeux du monde (Photos : ACL/LDT).
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Aïe ! Une violente douleur, un œdème et la peau qui rougit, le plus souvent au niveau du pied ou de la main : vous avez probablement croisé le chemin d’un poisson-pierre. Comme son nom l’indique, ce poisson de la famille des rascasses est un expert en camouflage. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les jolies plages de sable blanc ne sont pas épargnées par le nohu, considéré comme l’un des poissons les plus venimeux au monde.

Victor Maitui, pêcheur : “Dès que j’en vois un, je le tue”

À la plage de Maui, du côté de Toahotu, Victor Maitui, 58 ans, est un pêcheur de pieuvres réputé. Il sillonne régulièrement la zone avec son harpon et ses chaussures de sécurité, à juste titre. Dans son seau, ce jour-là : un poisson-pierre de belle taille aux treize épines dorsales affutées. “J’en vois surtout autour de la nouvelle lune. Ils viennent pondre au bord, dans le sable. Il faut se méfier : ils ne sont pas que sur les rochers ! Je vais toujours pêcher avec des chaussures de sécurité, car je me suis déjà fait piquer. Dès que j’en vois un, je le tue, parce que je ne veux pas que des enfants ou des touristes se fassent mal”, confie-t-il.

Pour autant, le poisson n’est pas perdu. “Je vais le mettre dans l’eau chaude pour le nettoyer, puis je vais le vider et le cuire. C’est une bonne chair, plutôt grasse, comme le mérou. Il faut savoir le préparer, c’est tout”, assure le connaisseur.

Erwan Oehler, médecin : “De l’eau chaude et consulter”

Difficile de savoir combien de personnes sont piquées chaque année au Fenua, mais une chose est sûre : les témoignages ne manquent pas. Les cas les plus graves concerneraient jusqu’à 5 hospitalisations par an en Polynésie. “La douleur peut remonter le long du membre, qui peut gonfler de façon assez impressionnante. Rapidement, ça devient rouge et ça peut nécroser : la peau peut devenir noire et former des plaies. Le cœur peut s’accélérer, on peut avoir des difficultés pour respirer ou faire un malaise, avec un risque de noyade si la personne est dans l’eau”, explique le docteur Erwan Oehler, qui exerce au service de médecine interne du Centre hospitalier de Taaone (CHPF). Il précise toutefois que l’amputation ou le décès restent rares. 

Mais alors, comment réagir en cas de piqûre ? “Le venin du poisson-pierre est thermolabile, c’est-à-dire qu’il va être inhibé par la chaleur. Donc, la première recommandation, c’est de plonger la zone piquée dans de l’eau chaude à 42°C pendant 20 minutes, en veillant à ne pas se brûler. L’alternative, parce qu’on n’a pas toujours de l’eau chaude sous la main, ce serait de poser le pied ou la main sur le sable chaud”, conseille le médecin, qui recommande de consulter un professionnel de santé, par précaution. “Car on ne sait pas comment ça peut évoluer. Le médecin va pouvoir prescrire des antalgiques contre la douleur, en sachant que la piqûre d’un poisson-pierre fait très mal. Ça peut permettre de remettre le vaccin contre le tétanos à jour et de prescrire des antibiotiques, si besoin. Et aussi de s’assurer qu’il ne reste pas des morceaux d’épine dans la plaie”.

Même si ce n’est pas très agréable, le principal conseil de bon sens pour éviter la piqûre reste le port de chaussures, dont l’efficacité varie selon la résistance de la semelle. Mieux vaut éviter de se baigner dans les zones et lors des périodes à risque, mais encore faut-il les connaître, car les affichages à ce sujet sont rares, voire inexistants.

René Avaepii, piqué à Vairao :

“Je suis resté plus de trois mois à l’hôpital”

“J’avais 8 ans. C’est arrivé alors que je me baignais avec mes cousins à la mer. On était tous pieds nus. Quand je me suis fait piqué, j’ai senti le poisson sous mon pied. La douleur était vraiment intense : ça te marque à vie. Sur une échelle de 1 à 10, on n’est pas loin de 8 ou 10. Rien à voir avec la piqure d’un cent-pieds : c’est pire que ça ! J’ai crié et pleuré, et mon père est tout de suite venu me chercher.

Impossible de retrouver le poisson-pierre pour essayer de se soigner à la façon des Polynésiens, avec son foie écrasé qu’on applique sur la plaie comme antidote au venin. J’ai aussi connu un pasteur qui avait soigné plusieurs personnes avec la fumée chaude des feuilles de ‘aito.

Je suis resté à l’hôpital de Taravao pendant plus de trois mois. Un cousin m’a rejoint quelques jours après : il s’était fait piquer à la main. J’avais été opéré et on avait dû me retirer une épine qui était restée dans mon pied. Pendant six mois après ma sortie de l’hôpital, je retournais pratiquement tous les jours faire une piqûre, peut-être parce qu’à l’époque les médicaments n’étaient pas aussi efficaces que maintenant ?

Aujourd’hui, j’ai toujours le trou, en plein milieu du pied gauche. Mais j’ai totalement récupéré l’usage de mon pied. Après cette expérience, mes enfants sont toujours allés à la mer avec des chaussures en plastique. La savate, il me semble que ça ne suffit pas. Et quand je vais ramer, je fais très attention… Mais il faut avoir l’œil !”.

Vanina Amaru, piquée à Pueu :

“Depuis, je ne vais plus à la mer”

“C’était chez moi, quand j’étais adolescente. On était parti surfer à l’embouchure. On savait qu’il fallait éviter une partie du récif, connue pour abriter des poissons-pierre. Ce jour-là, sans faire attention, j’ai dérivé. En remontant pour retourner vers la vague, j’ai marché sur un poisson-pierre, qui m’a piquée au pied. À l’époque, on allait toujours à la mer pieds nus.

Sur le coup, je n’ai pas vite compris que c’était un poisson-pierre. Je n’arrivais plus à poser mon pied et j’avais la tête qui tournait. Je sentais que j’allais tomber dans les pommes, car la douleur était intense. J’ai vite compris que c’était grave, car mon pied était comme paralysé et la douleur commençait à monter. J’avais deux trous à l’arrière du talon, dont un qui saignait, avec une tâche rouge qui montait. Je me suis évanouie dans la voiture.

À l’hôpital de Taravao, j’ai été prise en charge immédiatement. On m’a injecté des produits dans la plaie, mais je ne me souviens plus quoi. La guérison a pris du temps : j’ai mis six mois pour m’en remettre complètement. Mon pied était noir-bleu : j’ai eu peur de mourir ou d’être amputée de ma jambe.

Par chance, aujourd’hui, je n’ai aucune séquelle. Depuis, je ne vais plus à la mer : je reste dans la rivière. Ça m’a traumatisée !”.