“Dialogue de sourds” entre Occidentaux et Arabes sur la question palestinienne

Un peu partout dans le monde, des manifestations sont organisées en soutien au peuple palestinien. (Photo AFP)
Un peu partout dans le monde, des manifestations sont organisées en soutien au peuple palestinien. (Photo AFP)
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Cela devait être un pas vers une solution au conflit sanglant entre Israël et le Hamas palestinien. Mais le “Sommet pour la paix” de samedi au Caire a surtout mis en évidence les “lignes de faille” entre Arabes et Occidentaux sur la question palestinienne.

Comme il est de rigueur dans ce genre de sommets où chaque mot est pesé au trébuchet, un communiqué final aurait dû être publié après la rencontre organisée sous l’égide de l’Egypte et de son président Abdel Fattah al-Sissi.

Las, hormis les appels partagés pour l’entrée de l’aide aux Palestiniens de la bande de Gaza, assiégés par Israël, les représentants occidentaux et arabes n’ont pas réussi à s’entendre sur un texte commun.

“Le désaccord porte sur la condamnation d’Israël, que les pays occidentaux refusent, tout en insistant sur la condamnation du Hamas”, dont l’attaque le 7 octobre sur le territoire israélien a déclenché une guerre ayant fait 1.400 morts en Israël, a confié à l’AFP un responsable d’un pays arabe.

A Gaza, plus de 4.600 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans les bombardements incessants menés en représailles par l’armée israélienne, selon le ministère de la Santé du Hamas.

“Les pays arabes rejettent (les condamnations occidentales), parce que cela les met dans une position délicate vis-à-vis de leurs peuples”, dit encore le responsable arabe sous couvert d’anonymat.

Scène internationale “incapable”

Car si de nouveaux pays arabes ont reconnu Israël en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham négociés par les Etats-Unis, les peuples, eux, y ont récemment réitéré leur opposition.

“Non à la normalisation”, ont scandé des dizaines de milliers de manifestants au Maroc –qui a signé les accords d’Abraham, tout comme Bahreïn et les Emirats arabes unis-– et “Mort à Israël!”, a lancé la foule à Bahreïn lors du “Vendredi de la colère”.

Le lendemain, au sommet du Caire, raconte un diplomate européen à l’AFP, “les divergences importantes entre les participants n’ont pas permis d’adopter une déclaration finale”.

Car les Occidentaux réclamaient aussi, selon des diplomates arabes, “un appel à la libération des otages”, quelque 200 personnes enlevées par le Hamas.

Or, des pays arabes, Qatar en tête, sont en pleine négociation avec le mouvement islamiste palestinien pour obtenir qu’ils soient relâchés et le condamner par écrit aux côtés de pays ayant plaidé “le droit d’Israël à se défendre” les mettrait dans l’embarras, assurent des observateurs.

Les pays arabes ont donc refusé d’inscrire ces points et le sommet s’est soldé par un communiqué de la présidence égyptienne –approuvé par les délégations arabes au Caire, selon des diplomates. Il dénonce notamment “une scène internationale qui a révélé ces dernières décennies son incapacité à trouver une solution juste et durable à la question palestinienne”.

Car, c’est bien le fond du problème. Ce sommet est une “parfaite illustration de l’approfondissement des lignes de faille entre l’Occident et le monde arabe et, au-delà, du Sud global, qui donne l’impression parfois de tourner au dialogue de sourds”, estime Karim Bitar, expert du Moyen-Orient, qui évoque une “persistance de la question palestinienne”.

Une “question” qui façonne le discours de nombre de dirigeants arabes dans des pays où la défense de la cause palestinienne fait généralement consensus au sein de la population et de la classe politique.

Fini le “circulez, rien à voir”

Depuis le début de la guerre, le Premier ministre irakien, Mohamed Chia al-Soudani, dont le gouvernement est soutenu par des partis pro-iraniens, s’insurge ainsi contre le “génocide” du peuple palestinien par l’“occupant sioniste”.

“Beaucoup ont voulu éluder cette centralité depuis une vingtaine d’années en nous disant +circulez, il n’y a rien à voir, c’est devenu un conflit mineur, de basse intensité, et on va pouvoir noyer cette question israélo-palestinienne dans un méga-deal économique entre le Golfe et Israël+”, explique à l’AFP M. Bitar. “Cela s’est avéré être une chimère”.

L’Egypte, hôte du “Sommet pour la paix”, a été le premier pays arabe à signer la paix avec Israël en 1979. Mais récemment, son président a prévenu: la paix pourrait “fondre entre nos mains”.

Le roi Abdallah II de Jordanie, dont le père Hussein signait la paix avec Israël en 1994 et qui compte plus de deux millions de réfugiés palestiniens sur son sol, a lui aussi haussé le ton.

“Le monde arabe l’entend clairement: les vies palestiniennes valent moins que les vies israéliennes”, a-t-il martelé au Caire.

Avec ce sommet, la question palestinienne est remontée dans l’agenda diplomatique mondial.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, l’a ainsi affirmé, il faut maintenant “travailler à remettre la question palestinienne au centre des préoccupations”.

Et se donner “rendez-vous dans six mois” pour un nouveau “Sommet pour la paix”.

AFP