La protection judiciaire de la jeunesse a accompagné 526 jeunes en 2023

Liliane Vallois, directrice territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), a accueilli les visiteurs au sein de ses bureaux pour une présentation du service qu'elle coordonne (Photo : LC/LDT).
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La Direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), implantée depuis 2006 en Polynésie, a ouvert les portes de ses bureaux dans l’immeuble Papineau, à Papeete. L’opportunité pour le service de faire connaître ses différentes actions, en particulier éducatives, et le panel de réponses judiciaires dont elle dispose pour sanctionner les actes de délinquance commis par un mineur.

“Les étapes d’un procès pénal”, “l’incarcération d’un mineur”, “les réponses pénales du tribunal pour enfants”, voici ce que l’on pouvait lire en gras sur les affiches accrochées au mur. Cet évènement a regroupé quelques agents du gouvernement et des services sociaux et éducatifs du Pays, présents afin “d’apprendre davantage sur cette institution méconnue au fenua”, déplore Liliane Vallois, directrice territoriale de la PJJ. Tous ont pu écouter la présentation du service judiciaire faite par Nadir Boudehri, conseiller technique adjoint, avant de pouvoir discuter avec les éducateurs de la PJJ.

Une mission éducative

La mission de la PJJ est de prendre en charge les mineurs délinquants âgés de 10 à 21 ans, confiés par un magistrat dans le cadre de mesures éducatives. Grâce aux nombreux partenariats qu’elle a coordonné, notamment avec le service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO Papeete) et l’unité éducative de milieu ouvert (UEMO Papeete), la PJJ a déjà accompagné près de 526 jeunes depuis ce début d’année, contre 533 en 2022 et 463 en 2021. Pour ses interventions éducatives, le service propose des activités créatives ou encore sportives. Par exemple, le 26 octobre dernier, onze jeunes ont pu être initiés au break dance et au slam, dans le cadre du mouvement sportif “Fabreak ton slam”.

De plus, la PJJ a recours a des mesures éducatives judiciaires qui consistent à “mettre à l’épreuve le juvénile et montrer qu’il a compris la nature des faits reprochés”, précise Nadir Boudehri. Pour cela, le jeune en question peut accomplir des tâches de nettoyage, apporter son aide à des associations ou tout simplement “réparer ce qu’il a commis”. Néanmoins, le mineur, ou la victime, a le droit de refuser les mesures éducatives judiciaires qui lui sont proposées. C’est pourquoi les éducateurs de la PJJ essayent de trouver des tâches qui puissent susciter l’adhésion.

Mission archipels

Dans l’optique de toucher un plus large public, des éducateurs de la PJJ partent également à la rencontre des résidents des îles pour les informer sur leurs droits juridiques et présenter l’ensemble des activités programmées par la PJJ. Ainsi, tous les mois, la PJJ se rend aux îles Sous-le-Vent durant 20 jours, aux Tuamotu-Gambier et aux Marquises durant 10 jours, et dans le reste des archipels pendant 10 jours tous les deux mois. “Ce n’est pas parce qu’ils sont éloignés qu’ils ne méritent pas une attention particulière. Nous voulons rapprocher ce service de justice des justiciables”, indique Liliane Vallois.

Interview

Pascaline Teriipaia, éducatrice pour la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) en charge des missions de milieu ouvert :

Comment se déroule la prise en charge du jeune au sein de la PJJ ?

“Nous avons à disposition des moyens éducatifs que nous mettons en pratique avec les jeunes. Pour schématiser, nous les recevons dans le cadre d’un premier entretien pour faire connaissance et prendre la température. De cet entretien en découle d’autres où nous allons profiler des objectifs éducatifs, toujours en vue de faire travailler le jeune et de réfléchir avec lui et sa famille de moyens plus laborieux et adaptés à son profil. Selon les ordonnances judiciaires prononcées envers le jeune, nous pouvons être amenés à le suivre de six à neuf mois, voire un an”.

Quelle est ta méthode de travail ?

“Personnellement, j’utilise l’humour, car souvent lorsque nos jeunes arrivent, ils sont stressés. La justice leur fait peur, ils nous prennent pour les gendarmes ou bien pour un juge pour enfants, alors que nous ne sommes rien de cela. De ce fait, j’essaye de détendre l’atmosphère, puis je vois si cette approche fonctionne. Si elle n’est pas fructueuse, c’est qu’il y a quelque chose qui bloque. Souvent, c’est parce qu’il s’est disputé avec ses parents juste avant. Ainsi, cela nous donne également un sujet à aborder lors de l’entretien”.

Le cercle familial influence drastiquement le comportement du jeune mais quelle est sa part de responsabilité dans cette situation ?

“Souvent, je reçois des parents qui culpabilisent énormément par rapport à la situation de leur enfant. En effet, il y a une partie de responsabilité des parents, peut-être à cause de soucis familiaux qui ont expliqué cette incohérence de la prise en charge de leur enfant. Dans le cadre judiciaire, les parents représentent la partie civile. Par exemple, c’est eux qui payent les dommages et intérêts.

En revanche, la responsabilité pénale n’engage que le jeune. Bien évidemment, certains parents font du mieux qui peuvent, mais l’enfant se retrouve quand même chez nous. Là est la responsabilité du jeune, dans le sens où il a fait un choix et il doit dorénavant l’assumer”.

Qu’est-ce qui t’anime dans ce rôle ?

“L’objectif de mes études a toujours été de travailler avec les jeunes. C’est une réelle passion. C’est un métier qui doit t’animer avant tout, car il est compliqué. Nous sommes au centre des histoires familiales quotidiennement. Parfois, les histoires sont difficiles, elles peuvent même faire écho, et si tu n’es pas un minimum passionné, tu lâches l’affaire. Certains jeunes te font savoir qu’ils ne veulent pas être ici, donc il faut courir après eux. Et pour ce faire, c’est tout un métier ! En plus, nous n’avons pas le résultat positif tout de suite, c’est sur le temps, et des fois on ne le voit même pas. Car une fois que l’on ne suit plus le jeune, nous n’avons plus de nouvelles. C’est par hasard que je croise d’anciens jeunes au magasin ou dans la rue”.