JO 2024 : le “processus révisé” des travaux d’implantation de la tour présenté aux associations 

Pas d'unanimité, mais plusieurs appels à l'unité au terme de quatre heures et demies d'échanges. Un balisage, suivi d'un nouveau test avec des barges plus petites, est annoncé pour cette semaine, à compter du lundi 11 décembre. Les associations sont invitées à suivre le déroulement des opérations (Photos : ACL/LDT).
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Suite au fiasco de la barge du vendredi 1er décembre 2023, qui n’était pas parvenue à se rendre sur le site d’implantation des fondations de la tour des juges en aluminium sans casser du corail, une réunion s’est tenue à la mairie de Vairao, dimanche 10 décembre 2023. 

Une quarantaine de personnes étaient réunies, dont plusieurs associations représentées par des riverains de Teahupo’o et de Taiarapu-Ouest. Le président du Pays, Moetai Brotherson, et la ministre des Sports, Nahema Temarii, étaient présents, ainsi que des représentants de l’État et de Paris 2024, plusieurs techniciens et des élus municipaux.

“Une nouvelle et dernière solution technique”

Objectif annoncé : partager toutes les informations entourant le dossier aussi complexe que polémique de la tour des juges, en présence des différentes parties prenantes. 

À son arrivée, la présidente de Vai Ara O Teahupo’o, Cindy Otcenasek, a indiqué qu’elle était en attente d’un “vrai dialogue”, et non d’une “décision déjà prise”, tandis que la pétition a dépassé les 200.000 signatures et que les soutiens s’accumulent à l’international, à travers des surfeurs, dont Kelly Slater, et plus récemment la fondation Surfrider.

Un point sur les fondations existantes et sur les documents demandés par les associations a été fait, puis sur le projet de la tour et du process technique révisé, pour finir par le calendrier des opérations. La présentation a été ponctuée par de nombreuses questions et réponses, mais aussi par des remarques avec des avis divergents.

Néanmoins, pas de négociations, mais le partage du programme des travaux dans le lagon en six phases, qui sera lancé dès la semaine prochaine, à compter du lundi 11 décembre. Le balisage de la zone a été confié à Moana David et Pascal Luciani, impliqués dans l’organisation de l’étape de la WSL à Teahupo’o depuis de nombreuses années. Suivront les tests de barges de plus petit format, associées à un radeau flottant, en présence des associations qui le souhaitent. “Ce qui s’est passé le 1er décembre n’aurait jamais dû arriver. Une enquête est en cours pour comprendre ce qui s’est passé”, a indiqué Moetai Brotherson.

Concernant la phase de forage, une “nouvelle et dernière solution technique” a été élaborée avec la société Tiai Moana via une foreuse hydraulique manuportée pour réaliser “des forages plus nombreux, mais moins profonds”, avant de confier les fondations à l’entreprise Boyer. Selon ce programme, devraient suivre le montage de la tour en mer et la pose de la gaine pour le câble.

S’unir malgré les désaccords ? 

En s’appuyant sur une étude du service Phares et Balises, Cindy Otcenasek a demandé une nouvelle fois de reconsidérer l’option de la tour en bois. Réponse de Moetai Brotherson : “Si on repart dans cette discussion, il n’y aura plus de JO et plus de WSL, car on ne tiendra pas les délais. Si c’était possible avec des drones ou des ballons dirigeables, on le ferait, et on l’a même envisagé”. L’impossibilité d’assurer la tour historique, “pas aux normes”, a été confirmée.

“Il faut qu’on s’unisse, peuple polynésien. Il faut travailler soigneusement. On a besoin de tout le monde pour aller de l’avant. Il faut faire ces Jeux, taho’e !”, a encouragé Annick Paofai, présidente de l’association de défense du Fenua ‘Aihere et propriétaire d’une pension de famille. Même élan pour Milton Parker, représentant d’une association familiale et hébergeur. “Vous avez fait des efforts. Maintenant, à nous, population de Teahupo’o, de faire des efforts”, a-t-il enchéri.

La rencontre s’est achevée au terme de quatre heures et demie d’échanges par un chant main dans la main, avec un ultime message à cœur ouvert de la maire déléguée de Teahupo’o, Roniu Tupana-Poareu, qui a appelé au “respect”.

Lorenzo Avvenenti, surfeur :

“Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se passe”

“Je ne suis pas soulagé. Avant de venir, je savais déjà qu’on allait nous proposer des options plus petites, mais toujours de nouvelles fondations et une tour en aluminium. J’ai l’impression qu’ils oublient que sans les surfeurs, il n’y a pas de compétition. La plupart ont signé la pétition et sont contre. Je comprends tous les enjeux, mais je pense qu’il n’est pas trop tard pour prendre les bonnes décisions. Ils ont décidé de continuer sans la tour en bois, et je ne vois pas comment ça peut apporter une bonne image et une bonne ambiance aux Jeux Olympiques 2024 à Paris et chez nous. (…) Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se passe. Je vais réfléchir ce soir à tout ce que je peux apporter légalement pour continuer le combat, car je ne suis pas tout seul. Attendez d’entendre notre retour après ce meeting”.

Aimatarii Levy, vice-présidente de Vai Ara O Teahupo’o :

“C’est le choix et la responsabilité du gouvernement”

“On a bien compris que la tour va se monter, comme le gouvernement l’a décidé. C’est son choix et sa responsabilité. On va se concerter, mais l’association n’ira jamais au-delà des moyens légaux. Une perche est tendue pour nous permettre de suivre les travaux. Nous verrons, en sachant que la municipalité et d’autres associations sont partantes pour cette entente”.

Tetuanui Hamblin, maire de Taiarapu-Ouest :

“Je demande à l’association qui s’oppose qu’on puisse travailler ensemble”

“Je pense que cette réunion est très positive, car elle a permis à tout le monde de voir la position du Pays et les allégements en termes d’impact sur le platier. Il y a eu beaucoup de questions, mais je pense que beaucoup de personnes sont pour la construction de cette tour. Je demande à l’association qui s’oppose qu’on puisse travailler ensemble pour que les travaux puissent être réalisés dans une bonne entente”.

Moetai Brotherson, président de la Polynésie française :

Si on ne démarre pas les travaux dès demain, nous serons hors délai

“Il n’y a pas que la tour qui a été révisée, c’est tout le processus des travaux qui a été repensé. C’est absolument essentiel de lever les doutes. Il y a eu sur ce dossier beaucoup de désinformation ou d’informations approximatives. (…) La nouvelle tour révisée grâce aux exigences des associations fait la même surface, le même volume, la même hauteur et le même poids que l’ancienne. (…) On a voulu avoir ce dialogue avec les associations et on a laissé passer du temps par rapport aux plannings, et aujourd’hui, si on ne démarre pas les travaux dès demain, nous serons hors délai pour fournir le 13 mai la nouvelle tour à la WSL pour le test event”.

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