Agriculture : sale temps pour les maraîchers

"Cette année a été catastrophique", confie Tavaearii Veselsky, jeune agriculteur de Tautira dont les parcelles ont été inondées à plusieurs reprises (Photos : ACL/LDT).
Temps de lecture : 3 min.

Cette année, la météo n’a pas épargné les maraîchers du sud de Tahiti. Les intempéries de ces dernières semaines ont causé des dégâts dans les exploitations. Certaines sont même sinistrées et peinent à relancer la production avec la pluie qui persiste.

“J’ai perdu tous mes légumes”

À Mataiea, Michel Joussin, dont la production de choux s’étend sur 20 hectares, constate les dégâts avec fatalisme et résilience. “Ça fait trois mois qu’on a des pluies importantes, donc on n’a pas pu assurer la production pour le mois de décembre. Trop de pluie empêche la préparation des champs et le sol se tasse, ce qui n’est pas bon pour le développement des racines. Le manque d’ensoleillement empêche aussi la bonne croissance des plants. Ce sont les aléas climatiques : on fait avec, on n’a pas vraiment le choix !”, remarque l’agriculteur, qui estime une baisse de rendement de l’ordre de 80%.

Même constat chez Sylvia Mou Loi, agricultrice de Papeari dont le fa’a’apu de 13 hectares a été inondé. “C’est incroyable ! J’ai perdu tous mes légumes : oignons verts, concombres, choux, navets et aubergines, qui étaient prêts à être récoltés. On a replanté, mais ça a du mal à pousser. On a prévenu nos clients : les magasins, les restaurants et les roulottes, mais ça tombe mal à l’approche des fêtes. On ne peut pas faire autrement quand on plante en plein champs”.

Quelles solutions durables ?

Sur le plateau de Afaahiti, Nelson Van Kam, qui compte parmi les plus gros producteurs de Tahiti, enregistre lui aussi des pertes. Sur ses parcelles, les tomates à maturité sont à terre, les navets se fendent, les aubergines et les choux pourrissent sur place ou peinent à se développer.

Mais hors de question pour l’exploitant à la tête de 45 hectares de s’apitoyer, ni de se résigner. “Constater, c’est bien : et après ? Chaque année, on a des pertes. Maintenant, il faut trouver des solutions. On parle d’autonomie alimentaire : si c’est vraiment l’objectif du gouvernement, est-ce qu’il ne pourrait pas nous accompagner pour investir dans des serres pour protéger nos cultures ? On pourrait aussi réfléchir à un système de stockage des productions quand la saison est bonne, comme on le fait pour la carotte de Tubuai”, suggère-t-il. Pour l’heure, l’un de ses seuls remparts contre le mauvais temps est de pousser la croissance en pépinière au maximum et d’attendre le retour du soleil pour planter.

À Tautira, Tavaearii Veselsky fait lui aussi partie des sinistrés. La parcelle de 1,5 hectare du jeune agriculteur a été complètement inondée : papayers à terre, haricots longs stoppés net dans leur croissance, salades qui n’ont jamais pu voir le jour, les cultures portent encore les stigmates de la montée des eaux.

“Malgré mon système de tranchées et mes tôles de protection, j’avais de l’eau jusqu’aux genoux dans mon fa’a’apu : tout était noyé ! Même pour les taro, il y a trop d’eau. J’ai dû perdre 90% de ma production. Je ne vais pas pouvoir satisfaire mes clients. Et depuis un mois, je ne peux plus travailler avec le tracteur tellement la terre est gorgée d’eau. Cette année a été catastrophique”, déplore-t-il, lui aussi en quête d’alternatives.

“Une indemnisation financière, ça ne m’intéresse pas tellement : je cherche une solution plus durable. Si je pouvais avoir de la terre pour remblayer le terrain et rehausser mes champs, je serais moins inondé”, confie-t-il comme un appel à l’aide, n’étant pas en mesure d’assumer seul un tel investissement.

Marc Fabresse, secrétaire général de la Chambre de l’Agriculture et de la Pêche Lagonaire (CAPL) :

“Avec la pluie de ces trois dernières semaines, les prévisions de récoltes ont fortement chuté”

“En agriculture, on est souvent confronté au mauvais temps. Les intempéries du début du mois ont déclenché une situation d’urgence pour les exploitants. C’est rare que ce soit au mois de décembre, habituellement, c’est plutôt en janvier ou février.

Il y a un impact significatif sur la production générale. On fait des suivis de quotas tous les mois, et on observe qu’on n’est pas dans une production extraordinaire cette année, en lien avec la météo changeante. Avec la pluie de ces trois dernières semaines, on a des prévisions de récoltes qui ont fortement chuté, à hauteur de 40 %, voire de moitié.

Plusieurs maraîchers ont eu leurs cultures noyées sous 60 centimètres d’eau : dans ces cas-là, ils perdent tout. Il y a eu des débordements à Tautira, Mahaena, Papeari et Taravao, à la Presqu’île principalement. Les agents ont fait le tour des exploitations pour faire un point sur la situation.

On a fait un retour au ministère, qui est le seul à pouvoir prendre la décision de déclarer une situation de catastrophe naturelle pour que des indemnités soient mises en place. Mais même ça, ce n’est pas suffisant pour beaucoup d’agriculteurs, qui préfèrent relancer leurs productions. Plusieurs produits vont être proposés à l’importation pour compenser les pertes”.