Vairao : un projet de rahui qui peine toujours à convaincre les pêcheurs

Ce nouveau projet concerne la zone de Teavamotu pour une superficie de 54 hectares, soit 6 % du lagon de Vairao (Photos : ACL/LDT).
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À Taiarapu-Ouest, la commune associée de Vairao a convié la population à une réunion d’information concernant un nouveau projet de rahui, mardi 19 décembre 2023, en soirée. Le sujet n’a pas attiré les foules, mais quelques pêcheurs ont tout de même fait le déplacement pour assister à la présentation et donner leur avis en présence de plusieurs élus, dont le maire délégué de Vairao, Jonathan Tarihaa, et le premier adjoint au maire de Taiarapu-Ouest, Arthur Mati.

Fermer 54 hectares pour trois ans

Le projet proposé par le conseiller Thierry Tamata concerne la zone de Teavamotu pour une superficie de 54 hectares, soit 6 % du lagon de Vairao, dont 29 hectares de surface corallienne. Pour permettre une régénération de la ressource, une fermeture minimum de trois ans est proposée, tandis que le comité de gestion (qui fixe les règles) pourrait être présidé par un pêcheur, et non un élu. Contrairement au rahui de Teahupo’o encadré par le Code de l’Environnement, c’est un partenariat avec la Direction des Ressources Marines (DRM) qui est envisagé sur le modèle des Zones de Pêche Réglementées (ZPR).

Le conseiller municipal a rappelé que la mise en œuvre d’un rahui figure sur la profession de foi de l’équipe en place et que des “discussions informelles” feraient état de “80 % de personnes favorables” à ce projet de “garde à manger communautaire”. “On est garants du bien-être de la population et de nos enfants. Nos ancêtres ont su vivre en harmonie avec la nature. Nous l’avons un peu oublié… Soyons responsables : laissons un peu de répit à la nature”, a encouragé Thierry Tamata, qui table sur une concrétisation prévisionnelle du projet d’ici mi-juillet 2024.

Des craintes chez les professionnels de la mer

Ce n’est pas la première fois que la commune de Vairao tente d’instaurer un rahui. En 2018, le projet avait été avorté face à l’opposition d’une majorité de pêcheurs. Cinq ans plus tard, force est de constater que les craintes persistent du côté des professionnels, parmi ceux présents ce soir-là.

Tous, ou presque, ont pris la parole. Certaines appréhensions ont refait surface sur des points précis, comme la zone choisie et ses contours, les modalités de gestion ou encore la durée de fermeture. Face à toutes ces questions et à la faible mobilisation du jour, la commune prévoit de mener d’autres rencontres avec la population pour tenter d’aller au bout du projet. La représentante de la coopérative des pêcheurs a également suggéré d’ouvrir un cahier de doléances pour recueillir un maximum d’avis.

Réactions

Gobi Teriitemaurirei, 65 ans, pêcheur : “Je pêche depuis que j’ai 9 ans, de Teahupo’o jusqu’à Mataiea, dans le lagon et au large, en bateau, en pirogue et aussi en pêche sous-marine. Je ne suis pas d’accord. Ici, à Vairao, il y a plus de 100 pêcheurs ! Si on nous retire une zone de pêche, où on va aller chercher notre poisson ? En 2018, j’ai fait partie de ceux qui s’étaient déjà opposés au projet : on avait même voté à 90 voix contre 3. Pour moi, ce n’est pas une priorité”.

Varink Tama, trésorière de la coopérative des pêcheurs Rava’ai de Vairao et élue à la Chambre d’Agriculture et de la Pêche Lagonaire (CAPL) : “Je ne suis pas contre la commune. C’est bien de faire un rahui pour mettre un lieu en repos par rapport à l’autonomie alimentaire. Le problème, c’est la zone proposée qui est prisée des pêcheurs, sur le récif et aussi dans la passe. Ce n’est peut-être que 6 % du lagon, mais il faut encore ajuster, car derrière, il y a des familles qui cherchent à se nourrir. Il y a des alternatives : pourquoi pas miser sur des opérations de réensemencement ou valoriser les parcs à poissons ?”.

Marc Teriitemaurirei, 28 ans, pêcheur : “D’un côté, mettre en place un rahui chez nous, je trouve que c’est une bonne idée, mais pour les pêcheurs, ce serait une difficulté supplémentaire, car nous sommes nombreux à Vairao. Je travaille, mais je pêche pour avoir une deuxième source de revenus. S’il y a d’autres réunions, je viendrais, car tout le monde pêche dans ma famille. C’est un sujet important”.

Alicia Teikivaeoho, 40 ans, femme de pêcheur : “On voulait savoir quelle serait la zone concernée et avec quel avenir pour les pêcheurs. Je pense à ceux qui se déplacent à la rame, par exemple. En sachant que la zone choisie, c’est justement là où on a l’habitude de pêcher et où il y a le plus de poissons. J’ai sept enfants et trois petits-enfants à nourrir, donc c’est difficile à envisager… Et je me demande : où sont les 80 % de personnes favorables à ce projet ?”.

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