ICAN France recense 3,7 kg de plutonium à Moruroa et 7800 colis radioactifs

Aux sites "historiques", l'ICAN précise que doivent être ajoutés en Polynésie française les puits de stockage (PS1 avec 628 m3 et PS3 avec 1 110 m3) réalisés au cœur de l’atoll (1 180 m de profondeur) de Moruroa, qui renferment des matériaux, dont 3,7 kg de plutonium. (Photo APF)
Aux sites "historiques", l'ICAN précise que doivent être ajoutés en Polynésie française les puits de stockage (PS1 avec 628 m3 et PS3 avec 1 110 m3) réalisés au cœur de l’atoll (1 180 m de profondeur) de Moruroa, qui renferment des matériaux, dont 3,7 kg de plutonium. (Photo APF)
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La France a produit et va continuer de produire des quantités importantes de déchets nucléaires militaires. Une étude co-rédigée par ICAN France (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires, prix Nobel de la paix 2017) et l’Observatoire des armements dénonce le manque de transparence sur l’état des stocks, l’absence de prise en compte de tous les déchets, comme ceux enfouis suite aux essais nucléaires, ainsi que “le manque de données sur les coûts du démantèlement des installations liées à la bombe et plus généralement leur invisibilité dans le débat démocratique”.

Dans ce très long document qui recense toutes les sources de rayonnements ionisants liées à l’activité militaire – dont la quasi totalité se trouve sur le territoire hexagonal -, La Dépêche s’est intéressée au détail que dresse Ican France sur les déchets nucléaires militaires présents en Polynésie française suite aux 193 tirs atomiques opérés au Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP).

Intitulée “Déchets nucléaires militaires, la face cachée de la bombe atomique française”, l’étude s’intéresse à l’inventaire des déchets militaires français, dont ceux du Centre d’expérimentation du Pacifique ne représentent, en volume, qu’une infime partie.

Pour des raisons historiques (l’absence d’obligations légales principalement), des sites d’enfouissement “ont été réalisés à proximité de bases militaires ou au sein du périmètre des Installations nucléaires de base secrètes (INBS)”, indique l’étude qui précise que ces lieux sont appelés des “stockages historiques”. Selon l’ICAN, “l’importance d’une bonne transmission des informations au cours des décennies pour assurer la sécurité des personnes est vitale. Or, cela ne semble pas si simple”. ICAN explique ainsi qu’en 1997, l’armée française a “retrouvé la mémoire” avec la découverte de “50 m3 de béton contenant des éléments d’avions contaminés” lors d’essais nucléaires atmosphériques au Sahara, “des éléments enterrés dans les années 1960 et oubliés”

“L’empreinte militaire restera pour toujours” en Polynésie

À ces sites historiques (voir encadré), l’ICAN précise que doivent être ajoutés en Polynésie française les puits de stockage (PS1 avec 628 m3 et PS3 avec 1 110 m3) réalisés au cœur de l’atoll (1 180 m de profondeur) de Moruroa, qui renferment des matériaux (dont 3,7 kg de plutonium) provenant d’opérations réalisées lors d’essais nucléaires atmosphériques. (NDLR : le commissariat à l’énergie atomique évoque plutôt la présence du plutonium 239 dans les sédiments des lagons, à la verticale des points zéro des premiers tirs atmosphériques)

Également 25 têtes de puits ont été créées pour enfouir des déchets TFA renfermant ainsi 7 800 colis et 3 000 m3 d’agrégats et ferrailles.

“Des missions de surveillance sont réalisées, mais comme leur nom l’indique, elles n’ont pour but que de surveiller la radioactivité, ces déchets étant non traitables“, souligne l’étude qui conclut que “l’empreinte militaire de la bombe française restera donc pour toujours en Polynésie française”.

Des actions d’immersion de déchets nucléaires issus de la défense ont également été réalisées à proximité de Moruroa (deux sites) et Hao (un site). Les sites “Novembre” et “Oscar” sont situés entre 4 et 10 kilomètres de Moruroa. Selon l’ICAN, 2 656 tonnes de déchets radioactifs, au total, ont été immergées de 1972 à 1982. Le site “Hôtel”, contenant 532 tonnes de déchets radioactifs, situé à une distance de 5 kilomètres de Hao, a été utilisé entre 1967 et 1975.

L’assemblée de la Polynésie française explique qu’après 1982, les déchets radioactifs ont en effet été précipités dans les parties supérieures de 25 puits de tirs souterrains de Moruroa. Deux autres puits spéciaux ont été creusés à Denise pour les déchets de haute activité (plutonium notamment).

“Plusieurs sommets des puits qui contiennent ces déchets sont actuellement immergés en raison des affaissements du sol de Moruroa et plusieurs autres sont situés dans des zones fragilisées, souligne l’APF. “Un rapport sur la gestion de ces déchets à Moruroa a été réalisé en 2006 à la demande du ministre de la santé de la Polynésie : l’auteur de ce rapport met en cause la gestion de ces déchets radioactifs par la DIRCEN, effectuée en totale contradiction avec toutes les normes en vigueur selon la législation française”.

Déjà 150 000 m3 de déchets radioactifs

La question des déchets nucléaires issus de la politique de dissuasion nucléaire est absente du débat tant législatif que sociétal, estime l’ICAN. Pourtant “officiellement”, déjà 150 000 m3 de déchets radioactifs ont été produits lors du développement, de la fabrication, des essais, du déploiement, du démantèlement d’armes nucléaires, comme des bâtiments à propulsion nucléaire et des installations afférentes à la construction de cet arsenal atomique.

Selon l’étude, “le stock de déchets nucléaires militaires représentera en 2100 un volume minimal de 259 762 m3.

La France, en adhérant en 1992 au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), s’est engagée à entrer dans un processus de désarmement nucléaire. “Or, elle poursuit activement sa politique de dissuasion nucléaire et la production de déchets nucléaires militaires, regrettent l’ICAN et l’Observatoire de l’armement.

Déchets nucléaires militaires : les principaux
sites historiques en 2021

  • le Polygone d’expérimentation de Moronvilliers qui dispose d’une centaine de puits contenant les résidus des expérimentations réalisées avec des armes à uranium appauvri et lors d’essais nucléaires sous-critiques jusqu’à fin 2013. Ces puits ont été comblés et obturés, mais le volume conditionné est inconnu ;
  • le stockage de l’aire 045 de Valduc qui représente un volume de 8 990 m3 ;
  • le bassin bétonné de l’ancien pilote de dégainage de Marcoule avec un volume de déchet de 1116 m3 ;
  • la zone d’entreposage de déchets inertes (à Cadarache), où furent enfouis 1 650 m3 de déchets contaminés entre 1963 et 1991 ;
  • les 4 tranchées de Marcoule exploitées de 1963 à 1993, contenant 50 000 m3 de déchets de faible et très faible activité.