Littérature – Leila Lissant Ercoli : “J’étais destinée à écrire”

Leila Lissant Ercoli a publié son recueil de poèmes "Mes heures bleues" en octobre dernier. Avec plus de 360 exemplaires vendus, l'auteure réalise enfin son rêve, celui d'être écrivaine. (Photo : LC/LDT)
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Mes heures bleues, ce sont 81 poèmes écrits par Leila Lissant Ercoli, “dont cinq en langue tahitienne“, précise-t-elle. Un recueil de poèmes qui parcourt les thèmes de la nature, de l’amour, de l’amitié mais aussi de la mort. Ce rêve littéraire, celui de Leila, s’est concrétisé grâce au soutien de l’association Littéramā’ohi et aux aptitudes graphiques de ses amis et de ses anciens élèves qui ont illustré certains écrits. 

L’ouvrage, imprimé à 300 exemplaires et dévoilé pour la première fois au Salon du livre d’octobre dernier, s’est vendu en 15 jours à l’issue de l’évènement. Fort de son succès, 200 autres ouvrages viennent d’être réimprimés. Ils sont disponibles dans les librairies Klima et Odyssée à Papeete. Le public peut également les avoir auprès de l’auteure (sur Facebook) qui glissera, à l’occasion, une dédicace personnalisée. Entretien.

“J’ai voulu transformer cette passion en un projet abouti”

Comment cette histoire entre vous et l’écriture a-t-elle débuté ? 

En classe de primaire, j’adorais les travaux de rédaction, écrire des histoires et des contes de fées. Lorsque je lisais des livres, si la fin de l’histoire ne me plaisait pas, je la réécrivais. Parfois, je m’attachais aux personnages et j’imaginais une suite à leur vie. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’aimais écrire. L’écriture n’est seulement comme un exutoire. Écrire c’est raconter une histoire, présenter une intrigue et travailler un personnage.

Les poèmes qui composent votre ouvrage ont été écrits au cours de votre vie. Vous les avez rassemblés pour en faire un recueil. Quel a été le déclic pour enfin le publier ?

En 2022, j’ai ressenti un besoin. j’avais cette envie de créer quelque chose qui vienne de moi, qui soit de moi et qui soit en moi. Je voulais réaliser quelque chose qui m’appartenait. Ce qui m’a réellement motivé à le faire, c’est le départ de mes enfants à l’étranger pour leur études et la nécessité de faire quelque chose avec ce désir d’écriture. J’ai voulu transformer cette passion en un projet abouti. Et je remercie vraiment Littéramā’ohi pour son soutien.

Vos poèmes suivent-ils une forme particulière ? 

“Il n’y a pas de structure bien établie car mes poèmes sont généralement écrits en vers libres. La poésie, pour moi, est un genre instinctif qui coule de source. Je n’ai pas souhaité me focaliser sur l’aspect technique car mon but était de laisser parler l’inspiration et la fantaisie au gré des émotions.Toutefois, Certains poèmes sont écrits en quatrains avec des rimes croisées ou parfois, des rimes suivies. Cela me faisait plaisir à ce moment-là, de jouer avec les sonorités.”

Pourquoi le titre “Mes heures bleues” ?

C’est une référence à la nature cosmique. Je cherchais un titre qui tire un fil conducteur entre les 81 poèmes de l’ouvrage. Je me suis rappelée de l’expression “l’heure bleue”, que j’aime beaucoup. C’est une partie de l’aube. Un moment qui appartient à la nuit en finition et au jour qui arrive. C’est une heure entre-deux. Et actuellement, j’ai l’impression que mon destin de femme est réellement en train d’émerger par rapport à l’écriture. Avant j’étais la fille de, la femme de, la maman de, mais à présent, je suis Leila dans son entièreté.

(Photos : Leila Lissant Ercoli)

“La plume dit la vérité, elle est magique”

Que représente l’écriture à vos yeux ?

C’est un besoin, une nécessité. J’aime dire “j’écris comme je respire” car l’écriture fait partie de mes besoins primaires. Partout où je vais, j’ai besoin d’écrire. J’ai avec moi un carnet pour écrire mes projets, un petit calepin pour noter mes idées et enfin mon agenda. Ils me suivent partout ! Le stylo et le papier sont mes essentiels. C’est aussi une manière pour moi d’avoir un lien physique avec l’écriture.” 

Dans votre recueil, vous parlez de la nature mais aussi de vos sentiments et de votre vécu. Finalement, Mes heures bleues, est-ce votre autobiographie ?

Pas entièrement. Certains poèmes parlent de moi, ce qui peut faire penser à une autobiographie. Mais en réalité, je parle aussi des autres : de toi, de mon entourage, des histoires qui m’ont été inspirées par un paysage. Je pense que la plume dit la vérité mais elle peut être utilisée pour inventer des histoires ou pour délivrer un message. La plume est magique car tu peux tout faire, tout raconter : ce qui est vrai et ce qui est faux, déguiser le vrai en imaginaire. C’est cela qui m’attire dans l’écriture. Je peux raconter des moments vraiment vécus mais aussi en imaginer d’autres. L’écriture te permet d’être tout ce que tu veux. Le “je” que j’utilise dans mes écrits n’est pas toujours moi, il est universel. De cette manière, chaque lecteur peut se reconnaitre dans mes poèmes.

Comment définissez-vous votre plume ? 

Je dis toujours que ma plume reflète les valeurs de l’émerveillement. C’est une notion en laquelle je crois. Pour certains, cela peut paraître naïf ou fleur bleue. Mais je pense réellement que nous avons besoin de positif dans notre vie. Nous avons besoin de poser un regard ébloui sur les vallées de notre pays qui sont abondantes en fruits et en végétaux. Nous avons besoin d’avoir un regard reconnaissant devant le soleil qui se lève car c’est un gage de promesse et d’avenir. J’observe les personnes, le paysage et la vie en général avec la volonté de transcender le tout en lumière.” 

Quels sont vos projets d’avenir ? 

“Je travaille actuellement sur un deuxième projet littéraire : des nouvelles, je pense. J’ai pris mes dispositions pour les six premiers mois de l’an prochain. Je prévoit d’assister à des Masterclass, à des formations sur le travail d’écriture et c’est un défi car c’est une autre manière de travailler.”