Retour aux sources pour Vaininamu Ti-Paon, pêcheuse de Tautira engagée dans l’armée

À 29 ans, la jeune femme profite d'une permission d'un mois pour passer les fêtes en famille et retrouver l'océan, qui lui manque tant (Photos : Facebook Agua Azul/Vaininamu Ti-Paon).
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Partie rejoindre le 515ème régiment du train d’Angoulême de l’armée de Terre en novembre 2022, Vaininamu Ti-Paon est de retour au Fenua dans le cadre d’une permission d’un mois. Ses vacances de Noël ont débuté le 18 décembre dernier, date à laquelle elle a retrouvé sa famille et son foyer à la marina de Tautira, au sud de Tahiti.

“La mer me manque, et notre mode de vie aussi”

L’océan est aussi au cœur des retrouvailles pour cette pêcheuse professionnelle de 29 ans, dont le prénom tahitien signifie “eau bleue”. Ses débuts dans la pêche côtière remontent à l’adolescence. “J’ai grandi dans la pêche avec mon père et ma grande sœur, Tetuaura. Plus jeune, j’avais le mal de mer, donc c’est vraiment à partir de 16 ans que j’ai pu vraiment découvrir la pêche et commencer à pratiquer, avant d’en faire mon métier”, confie la benjamine d’une fratrie de six frères et sœurs, qui ont tous hérité de cette passion. Sur son poti marara en bois, le Vaininamu II, actuellement en réparation, elle avait l’habitude de pêcher du mardi au samedi, le lundi étant consacré à la préparation et à l’entretien.

Son retour au village est donc aussi synonyme de retour sur l’eau. “La mer me manque, et notre mode de vie aussi. Je me sens mieux en mer que sur terre !”, confie Vaininamu Ti-Paon, qui n’a pas perdu ses réflexes. “Il n’y a pas de secret : il faut travailler. On cherche et on met en pratique tout ce que notre père nous a appris pour attraper un maximum de poissons”. Sa réussite, elle la doit à sa capacité d’adaptation aux saisons et à la météo, ainsi qu’à la maîtrise de différentes techniques : espadons à la traine, thons à la bouée, mahi mahi au harpon, etc.

Sur sa page Facebook bien connue du grand public, la famille Ti-Paon partage des retours de pêche plus mémorables les uns que les autres. “Je me souviens d’une sortie en mer avec mon père sur un bateau et ma sœur et mon beau-frère sur un autre : on a fait une pêche miraculeuse sur un DCP dérivant avec une quinzaine de big eyes (thons obèses, ndlr), dont quatre qui pesaient plus de 100 kg”, se rappelle Vaininamu Ti-Paon.

L’armée pour prendre le large et mieux revenir

C’est suite au décès de sa grand-mère que la jeune polynésienne a décidé de s’engager dans la filière de transport logistique de l’armée, en tant que conductrice de camions. “Sa disparition m’a beaucoup affectée. Rester à Tautira me faisait trop penser à elle. Comme auparavant j’avais fait le RSMA, je me suis dit : pourquoi pas l’armée ? Pour me changer les idées et voir autre chose”, se souvient-elle. Ses dix années d’expérience dans la pêche l’ont forgée et l’acclimatation militaire n’a pas été trop rude, car elle avait déjà acquis le sens de la discipline et une certaine maturité. D’ici quatre ans, elle aura le choix de poursuivre sa carrière dans l’armée ou de revenir à la pêche.

Au Fenua jusqu’au 18 janvier, Vaininamu Ti-Paon profite de son passage pour adresser un message en cette période de fêtes et de renouveau : “Je souhaite aux jeunes qui ne travaillent pas d’oser se lancer. Il y a la mer, il y a la terre, la nature est là et c’est à nous de valoriser ce qu’elle peut nous offrir. C’est pareil pour ceux qui veulent s’engager dans l’armée : il faut se lancer”.