Jason Man poursuit son militantisme écologiste en Europe

Jason Man, militant écologiste, porte la cause poynésienne au niveau national, à Paris. Son projet a démarré en septembre 2023 et le jeune homme appelle le public à le soutenir durant cette mission. (Photo : SG/LDT)
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Après cinq années à œuvrer pour la protection de l’environnement, Jason Man, militant écologiste du fenua, porte désormais la cause au niveau national. Le jeune homme s’est récemment installé à Paris afin de se consacrer à sa nouvelle mission : développer un plaidoyer pour les écosystèmes polynésiens. “C’est-à-dire, défendre les intérêts de nos écosystèmes sur l’espace public, à l’échelle nationale et internationale“, indique-t-il.

Jason est le seul Polynésien engagé dans ce projet, qu’il a démarré en septembre 2023. Avant son départ, il a sollicité le gouvernement Brotherson pour un soutien financier, mais sans succès. “Je continue d’essayer et j’espère avoir rapidement leur soutien. Une équipe entière est nécessaire pour être efficace“, déplore-t-il. La Dépêche de Tahiti l’a contacté par mail pour nous expliquer les grandes lignes de sa mission européenne. Entretien.

“Faire connaître la situation écologique critique de la Polynésie française”

En quoi consiste ton projet ? Comment comptes-tu le mettre en œuvre ? 

Jason Man : Les crises écologiques qui nous menacent pourront se résoudre uniquement si les grands pays et les grandes entreprises prennent une responsabilité à hauteur de leur contribution à l’état désastreux du monde vivant et du climat.

Concrètement, c’est un jeu stratégique pour comprendre qui sont les plus responsables et comment leur mettre la pression pour qu’ils prennent leurs responsabilités et réduisent au plus vite leur impact sur l’environnement, notre avenir et dans notre cas, sur l’habitabilité de nos îles. La France a une responsabilité historique sur la situation critique que nous connaissons. C’est donc une cible de choix. La crise écologique se conjugue avec notre histoire coloniale car c’est important de rappeler l’impact tragique que peuvent avoir 193 essais nucléaires sur nos écosystèmes et sur notre société polynésienne.

Le fournisseur TotalEnergies est un exemple d’entreprise qui est à mon sens autant un criminel climatique que colonial, avec tous leurs projets d’exploitation d’énergies fossiles aux dépends des peuples touchés par les chantiers et notre avenir commun. C’est une entreprise française dont le siège se trouve à Paris. Les Polynésiens sont français et ont donc un rôle à jouer sur ces acteurs français. Nous avons la légitimité et par conséquent, le devoir de leur mettre la pression pour qu’ils arrêtent de jouer avec ce que nous voulons protéger.

Tu es le seul Polynésien engagé dans cette mission européenne. As-tu rencontré d’autres associations écologiques nationales ? 

Jason Man :Oui. Je me suis rapproché de l’association Observatoire Terre Monde (OTM) présidée par Malcom Ferdinand. L’OTM regroupe surtout des militants ultramarins et a un pôle plaidoyer. Je prends aussi de l’expérience avec le collectif Stop Total qui élabore des stratégies pour arrêter les actions que nous jugeons criminelles de TotalEnergies.

Quel est l’état d’avancement actuel de ton projet ?

Actuellement, je suis à la première étape du projet. Je commence à monter la coalition avec les militants ultramarins de l’association Observatoire Terre Monde (OTM) et j’essaye de me pérenniser sur Paris. La contrainte financière est le principal facteur limitant de cette mission. Je demande encore le soutien du Pays ou du peuple pour m’aider dans cette mission.

Pour les prochaines étapes du projet, je prévois de faire connaître la situation écologique critique de la Polynésie française et des autres territoires ultramarins dans l’hexagone. Aussi, je planifie de continuer à mettre la pression sur le gouvernement polynésien pour s’approprier la question.

Quels objectifs t’es-tu fixé pour ton projet ? Quelles sont tes attentes ?

Mon objectif est que les grands responsables arrêtent de jouer avec notre Terre. C’est-à-dire, par exemple, que les émissions de gaz à effet de serre de la France et des entreprises françaises soient drastiquement réduites. Que l’Europe et les entreprises européennes ne commencent jamais à exploiter les fonds marins pour du minerai.

De cette expérience, j’attends des victoires concrètes qui vont nourrir l’espoir que nos écosystèmes vont survivre à la folie du capitalisme, de l’extractivisme, du consumérisme ou du colonialisme.

“Nos cibles se trouvent hors de nos eaux”

Pourquoi as-tu choisi de porter la cause au-delà du Pacifique ?

Nos cibles se trouvent hors de nos eaux. Si nous voulons établir un contact, des négociations ou un rapport de force, nous devons nous rapprocher d’eux. C’est là-bas que les instances décisionnelles sont établies.

J’aime profondément les habitants de nos écosystèmes, humains et non humains. C’est une atroce injustice que nous vivons de subir ces crises sans que nous en soyons responsables. Je ne supporte pas cette injustice et je veux protéger ce que j’aime. La beauté du monde doit survivre à tout prix, ce sont les couleurs de nos récifs, les immenses populations marines ou encore de petites sociétés humaines en cohérence avec leur île encore hors de l’eau.

Dans ton communiqué, tu alertes que “si la température moyenne du système Terre dépasse les 1,5 degré de moyenne, nous perdrons la majorité des coraux“. Tu précises également que “nous sommes déjà à 1,2 degrés de réchauffement et que les efforts sont considérables pour espérer limiter la température moyenne à 1,5 degrés“. À l’échelle locale, que faudrait-il faire ?

À l’échelle locale, nous avons deux grands axes d’actions pour limiter le réchauffement global : réduire nos propres émissions de gaz à effet de serre et faire du plaidoyer. Rappelons que nous émettons environ 11 tonnes d’équivalent CO2 par habitant, ce qui est deux fois la moyenne mondiale et presque six fois plus que l’objectif que nous devons mondialement atteindre.

Le premier axe est indispensable pour le deuxième, car nous devons être un minimum exemplaires. Concernant l’autre axe, faire du plaidoyer est nécessaire car même si nous atteignons la neutralité carbone demain, nos îles finiront quand même sous l’eau puisque l’écrasante responsabilité est du côté des grands pays du Nord et leurs grandes entreprises.

Nous devons, comme nos frères et sœurs du Pacifique anglophone, faire entendre nos voix et nous mobiliser pour infléchir ces grands responsables vers la neutralité carbone et la protection des écosystèmes dans les prochaines années. Ces deux axes sont à mener en parallèle en mettant beaucoup plus d’énergie dans le plaidoyer car c’est vraiment cela le facteur limitant de notre avenir.

Concrètement, quel message souhaites-tu véhiculer à travers ce projet ? 

Nous sommes un petit peuple sur de petites îles mais nous ne sommes pas pour autant faibles. Nous pouvons avoir une puissance sur les scènes nationale et internationale afin de protéger notre territoire. Notre lutte doit gagner en ambition et nous devons être stratégiques sur nos objectifs à atteindre et les cibles de ce projet.

Jason Man mène cette lutte en bénévole “avec des moyens très réduits“. “Si je veux que mon combat puisse se réaliser efficacement et sur la durée, je vais avoir besoin de soutien“, indique-t-il dans un communiqué. Si vous souhaitez l’aider, le militant a créé une page Tipee où vous pourrez notamment réaliser un don et en apprendre plus sur son projet. Elle est accessible ici.

(Photo : FB/Jason Temaui Man)