Selon une étude, 20 000 requins capturés par accident chaque année au fenua

Pas moins de 20 000 requins seraient pêchés "accidentellement" par an, c'est-à-dire 0,5 requin tous les 1000 hameçons. (Photo Etude Criobe)
Pas moins de 20 000 requins seraient pêchés "accidentellement" par an, c'est-à-dire 0,5 requin tous les 1000 hameçons. (Photo Etude Criobe)
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Dans une étude intitulée “Déprédation et prises accessoires de baleines à dents et de requins dans la pêcherie palangrière de Polynésie française”, une équipe de chercheurs fournit la première évaluation des prises accessoires et de la déprédation par les requins et les odontocètes sur les palangres en Polynésie française entre 2000 et 2018, “en utilisant les données des rapports des observateurs, les journaux de bord des capitaines, les questionnaires et le suivi supplémentaire des auteurs au cours de trois sorties de pêche.”

La mégafaune marine se nourrissant des captures de la pêche (déprédation) ou capturée accidentellement avec des engins de pêche (“prises accessoires“) est devenue un problème important, selon ces scientifiques qui assurent que “leurs enjeux socio-économiques et de conservation sont de plus en plus étudiés dans les pêcheries mondiales“. Toutefois, ils restent peu étudiés dans l’océan Pacifique.

“Nous avons constaté que moins de 2 % des captures avaient été déprédées et que la déprédation par les requins était plus courante que la déprédation par les odontocètes” expliquent Juliette Aminian Biquet (Criobe, Centre d’études biologiques du CNRS), Paul Tixier (MARBEC, Université Montpellier, CNRS, Ifremer, IRD), Gaëtan Richard (Société d’Observation Multi-Modale de l’Environnement), Marie Soehnlen (direction des ressources marines-DRM), Thibaut Thellier (DRM) , Pamela Carzon (Criobe), Eric Clua (Criobe) et Christophe Guinet (Centre d’études biologiques du CNRS).

Selon leur étude, les prises accessoires de requins étaient “importantes, avec 20 000 requins par an, c’est-à-dire 0,5 requin tous les 1 000 hameçons. Ou encore un peu plus de 50 requins chaque jour de l’année. Les prises accessoires d’odontocètes semblaient faibles (13 occurrences en 18 ans), bien que les chercheurs aient “identifié des défauts évidents dans les rapports.”

L’étude souligne que la déprédation et les prises accessoires sont “fréquemment signalées dans le cadre de la pêche à la palangre”, technique de pêche utilisant des lignes dotées d’une série d’hameçons appâtés. Selon les auteurs, il s’agit principalement de requins et de baleines à dents : “la déprédation est souvent un facteur causal des prises accessoires, c’est-à-dire que les prédateurs deviennent accrochés ou emmêlés lorsqu’ils tentent de se nourrir de captures ou d’appâts, ce qui peut entraîner la mort ou des blessures des individus prédateurs”.

Les prises accessoires ont été identifiées “comme la principale menace pour la conservation des espèces de requins menacées et constituent actuellement “un facteur majeur d’extinction de plusieurs petites espèces d’odontocètes”.

Selon les chercheurs, la déprédation “peut entraîner des coûts socio-économiques pour les pêcheurs, principalement associés à des efforts supplémentaires pour récupérer les pertes de captures”.

Cela peut également “générer de l’incertitude dans les évaluations des stocks de poissons en raison de la difficulté d’estimer les pertes de capture et altérer les interactions trophiques, à travers des changements dans le comportement des prédateurs, leur régime alimentaire et la dynamique des populations”.

Requins: environ 7 % du total des captures des palangriers

(Photo Greenpeace)

Selon l’étude, les prises accessoires de requins représentent environ 7 % du total des captures des palangriers (27 000 individus capturés accidentellement en 2019, dont 81 % ont été relâchés vivants) et impliquent des espèces vulnérables telles que le requin océanique.

Dans les eaux tropicales de l’océan Pacifique central, des déprédations et des prises accessoires de requins et d’odontocètes ont été signalées dans le cadre de pêcheries palangrières pélagiques ciblant le germon (Thunnus alalunga), le thon obèse (T. obesus) et l’albacore (T. albacares). Ces interactions restent peu étudiées par rapport à d’autres régions, comme l’océan Atlantique.

C’est notamment le cas de la pêcherie thonière à la palangre opérant dans la zone économique exclusive (ZEE) de Polynésie française. Cette pêcherie a débuté dans les années 1990 et est devenue une activité économique majeure en Polynésie française.

Il y avait 72 palangriers en 2020, pour une production de 6 000 tonnes par an de thon et autres captures commerciales, soit l’équivalent de 25 millions de dollars. (…) Les activités de pêche sont surveillées par les capitaines depuis 2000 au moyen de journaux de bord, censés couvrir tous les traits de pêche. Un programme national d’observateurs a été lancé en 2002 (couvrant 2 à 6 % des jours passés en mer).

Si la pêche au thon à la palangre peut être pratiquée sur l’ensemble du territoire polynésien français, l’ensemble de la ZEE a d’abord été désigné comme sanctuaire pour les mammifères marins en Recherche halieutique en 2002 et pour les requins en 2006, ce qui interdit leur rétention et leur utilisation commerciale.

(Extraits de l’étude)