Sur la côte d’Azur, à Sophia Antipolis, on dessine des Toyota européennes

Ils sont 40, de huit nationalités, installés depuis 2000 sur 6.000 m2 de locaux de ED2 (Europe Design Development), dans la verdure de la technopole de Sophia-Antipolis proche de Nice. (Photo : Toyota)
Ils sont 40, de huit nationalités, installés depuis 2000 sur 6.000 m2 de locaux de ED2 (Europe Design Development), dans la verdure de la technopole de Sophia-Antipolis proche de Nice. (Photo : Toyota)
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A l’aide de clients fictifs et de réalité virtuelle, une poignée de designers dessinent sur la côte d’Azur les Toyota et Lexus des prochaines années, avec une attention particulière pour les goûts et les contraintes du marché européen.

Ils sont 40, de huit nationalités, installés depuis 2000 sur 6.000 m2 de locaux de ED2 (Europe Design Development), dans la verdure de la technopole de Sophia-Antipolis proche de Nice.

Centre névralgique du bâtiment, un grand plateau rassemble une trentaine de postes de travail high-tech, dans une ambiance cosy truffée de maquettes en tous genres. A l’étage en-dessous, les voitures sont façonnées en taille réelle dans de grands ateliers, d’abord en argile puis en prototype avec des matériaux réels.

Ici, les designers travaillent en “compétition et collaboration” entre eux et avec les autres centres de design du groupe Toyota au Japon, en Californie et en Chine, explique Lance Scott, co-directeur d’ED2.

Parallèlement, un autre studio installé à Bruxelles se charge de “traduire” les modèles pour le stade de la production.

ED2 travaille parfois sur des modèles destinés à des marchés lointains, comme l’e-palette, une navette autonome utilisée pendant les JO-2020 à Tokyo ou l’IMV 0, un pick-up ultra-modulable pour les pays émergents.

Mais les designers d’ED2 visent surtout l’Europe, tentant de sonder les tendances à venir dans un marché chamboulé par la disparition programmée des moteurs thermiques et l’irruption de puissants concurrents chinois.

Ils peuvent être attentifs aux remontées des concessionnaires sur les avis des clients, mais cela ne donne que l’indication du moment, alors que les voitures dessinées aujourd’hui seront commercialisées dans quatre ou cinq ans.

Ainsi leurs travaux sur le nouveau CH-R, fabriqué en Turquie et commercialisé dans les prochaines semaines, remontent à 2020. Ce petit SUV au design tranchant et sportif, avec sa face avant de requin-marteau et ses petites vitres arrière, est un modèle important pour Toyota.

Valentino et Andrea

Le constructeur japonais en a écoulé 840.000 exemplaires depuis 2017 et s’attend à ce que la nouvelle version, qui ne sortira qu’en Europe, accélère ses ventes en 2024. Avec 6,9% de parts de marché sur les dix premiers mois de l’année 2023 (Lexus compris), Toyota est déjà proche de son record d’avant-Covid.

Pour travailler, les designers de l’ED2 disposent depuis quelques années de lunettes de réalité virtuelle qui leur permettent de visualiser des projections de leurs maquettes dans les rues de Paris, de Milan ou de Tokyo, sur des routes de campagne, avec différentes lumières…

“Avec cet outil, on aurait pu voir que le design futuriste de la première Prius, qui passait très bien dans les grandes métropoles japonaises, tranchait trop en Europe”, explique M. Scott.

Les équipes créent aussi un personnage fictif, conducteur idéal de la voiture, le définissant avec minutie, jusqu’à sa garde-robe et sa marque de téléphone, afin de déterminer les lignes, les couleurs, les matériaux qui pourraient lui plaire.

Pour la première génération du CH-R, c’était Valentino, un célibataire Milanais, exubérant, très actif, qui aime être remarqué. Pour le dernier modèle, c’était Andrea, toujours Milanais, toujours m’as-tu-vu, mais plus moderne, peut-être même en couple, explique Ken Dulles, responsable du design extérieur du CH-R.

Le type d’homme qui, aux Etats-Unis, choisirait un énorme pick-up ou un gros 4×4 pour aller faire des tours dans le désert. Tandis qu’au Japon il chercherait un véhicule moins long mais plus haut.

Et les différences se nichent dans les moindres  détails, relève Julie Schwieder, responsable couleurs, estimant que “les Européens ont des goûts plus conservateurs, plus sophistiqués”: “Pour l’intérieur, ils veulent du noir, du sobre. Ils veulent plus d’harmonie entre les pièces, quand les Japonais insistent sur chaque pièce individuellement. Ils réclament une authenticité des matériaux, ils ne veulent pas de plastique qui brille“, explique-t-elle.

Et en Europe, les marques doivent faire des efforts plus importants dans l’utilisation des matériaux recyclés et recyclables. “C’est une obligation liée aux directives européennes, mais aussi une demande des clients”, précise Mme Schwieder.

AFP