Nucléaire – “Laser mégajoule”, l’outil de tests qui a remplacé les essais à Moruroa

Le 23 octobre 2014, Le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls, a déclenché la première expérience de simulation d’un tir d’arme nucléaire au laser mégajoule (LMJ) du CESTA (Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine) situé à Barp, en Gironde. (Photo CEA)
Le 23 octobre 2014, Le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls, a déclenché la première expérience de simulation d’un tir d’arme nucléaire au laser mégajoule (LMJ) du CESTA (Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine) situé à Barp, en Gironde. (Photo CEA)
Temps de lecture : 3 min.

En 1995, le président de la République Jacques Chirac avait provoqué la stupeur au fenua en annonçant la reprise des tirs atomiques à Moruroa et Fangataufa, qui étaient depuis 1992 l’objet d’un moratoire. Selon lui, les scientifiques lui assuraient que cette ultime salve était “indispensable” à l’étalonnage d’un futur outil de simulation.

Près de 20 ans plus tard, ce laboratoire, essentiellement constitué d’un laser mégajoule (LMJ) a vu le jour en 2014, dans la région bordelaise, pour un coût total estimé à plus de 6,6 milliards d’euros, soit 787,57 milliards de francs.

Mené sous la houlette de la Direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), le programme Simulation repose sur trois piliers : les tests hydrodynamiques, les supercalculateurs, toujours de plus en plus puissants, et le laser mégajoule, qui permet d’étudier, à toute petite échelle, le comportement des matériaux dans des conditions extrêmes similaires à celles atteintes lors du fonctionnement nucléaire des armes.

Ce laser mégajoule est doté de 176 faisceaux laser puissants qui convergent sur une bille contenant des isotopes radioactifs d’hydrogène, installée dans une sphère en aluminium et de béton boré d’une dizaine de mètres de diamètre pour une masse de 140 tonnes.

Il “est dimensionné pour délivrer sur une cible de quelques millimètres, en quelques milliardièmes de seconde, une énergie lumineuse supérieure à un million de joules”, explique la DAM. L’ensemble est abrité dans un bâtiment de 300 mètres de long construit à Barp, en Gironde.

Si le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) se félicite de disposer de cet outil couplé à un supercalculateur, les associations et ONG qui se battent pour le désarmement estiment que ce Laser, qui permet de moderniser les armes, constitue une violation du traité de non-prolifération nucléaire.

Le 23 octobre 2014, Le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, a déclenché la première expérience de simulation d’un tir d’arme nucléaire au laser mégajoule (LMJ) du CESTA (Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine) situé à Barp (Gironde). Cet outil a pour vocation de permettre de simuler des essais nucléaires “afin de maintenir la force de dissuasion française en état opérationnel”, c’est-à-dire, en clair, de la développer. Depuis son couplage au laser de forte puissance PETAL, en 2017, le LMJ est “aussi mis à disposition de la communauté scientifique internationale, pour des expériences de recherche académique” selon le CEA.

Un outil de prolifération ?

“Le moment est venu pour la France d’arrêter une décision définitive dans le domaine de ses essais nucléaires. Naturellement, nous préférerions tous ne pas avoir à reprendre d’essais nucléaires. Malheureusement nous les avons arrêtés un peu trop tôt, en avril 1992, avant que la série, qui devait nous permettre d’achever, ne soit terminée” avait déclaré le président de la République, Jacques Chirac, le 13 juin 1995, évoquant une décision “irrévocable” qui a notamment provoqué de violentes scènes d’émeutes à Faa’a et Papeete. “J’ai donc consulté tous les experts civils et militaires, compétents et responsables, pour qu’ils me donnent leur sentiment sur les conséquences de cet arrêt, la possibilité de maintenir le moratoire ou, au contraire, la nécessité de terminer les essais interrompus. Je peux vous dire qu’ils ont été unanimes pour m’indiquer que, si nous voulions assurer la sûreté, la sécurité et la fiabilité de nos forces de dissuasion sur lesquelles reposent notre défense et notre indépendance, si nous voulions passer au stade de la simulation en laboratoire (…), nous étions obligés d’achever cette série d’essais nucléaires.”

Le chef de l’Etat assurait alors que ces essais n’avaient  “strictement aucune conséquence écologique”, et que leur principe était “nécessaire aux intérêts supérieurs de notre nation.”

Le laser mégajoule est doté de 176 faisceaux laser puissants qui convergent sur une bille contenant des isotopes radioactifs d’hydrogène, installée dans une sphère en aluminium et de béton boré.
(Photo CEA)

Les ONG opposées à l’armement nucléaire estiment notamment que le laser mégajoule viole les traités d’interdiction des essais et de non-prolifération en ce sens qu’il oriente les recherches militaires vers la conception d’armes nucléaires à fusion pure, et donc “relance la prolifération nucléaire“.

Elles font valoir que l’article VI du traité ratifié par la France le 1er juillet 1992, prévoit que les puissances nucléaires s’engagent à “négocier la fin de la course aux armes nucléaires”. Un avis largement partagé, lors du démarrage du laser en 2014, par Roland Oldham, alors président de Moruroa e tatou : “Je suis d’accord avec les ONG qui estiment que la France viole le traité de non-prolifération des armes atomiques avec ce laser qui permet de développer de nouvelles armes plus modernes”.

Première expérience de fusion nucléaire en 2019

En octobre 2019, 48 faisceaux laser ont été mis en œuvre simultanément pendant 3 milliardièmes de seconde sur une microcible pour réussir la première expérience de fusion nucléaire au Laser Mégajoule. Cette microcible était composée d’une cavité en or contenant une bille remplie de
deutérium. Cette expérience a été dimensionnée par un calcul de prévision en trois dimensions (3D).