Des cabines d’essayage à La Poste, l’expérimentation fâche les commerçants

Dans une des quatre agences pilotes en France, une grande cabine d'essayage jaune en forme de boîte aux lettres est installée au fond de la salle. (Photo AFP)
Dans une des quatre agences pilotes en France, une grande cabine d'essayage jaune en forme de boîte aux lettres est installée au fond de la salle. (Photo AFP)
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Essayer un vêtement acheté en ligne dans un bureau de poste pour éventuellement le renvoyer aussitôt: La Poste expérimente des cabines d’essayage dans quelques agences en France, crispant certains commerçants qui pointent des “risques sérieux” pour les “boutiques de proximité”.

A Paris, dans une des quatre agences pilotes en France, une grande cabine d’essayage jaune en forme de boîte aux lettres est installée au fond de la salle.

A l’intérieur, miroirs, siège, tablette pour disposer son sac à main et un objectif: permettre aux clients d’essayer directement les vêtements commandés sur internet et les renvoyer si l’achat ne leur convient pas.

“Cela évite aux gens des allers-retours inutiles, ça gagne du temps, c’est pratique”, concède Michèle Limouzy, cliente du bureau de poste, qui avoue toutefois préférer acheter ses vêtements en magasin.

“On s’est aperçu que les gens venaient chercher des colis et, une heure après, les ramenaient car ça n’allait pas”, confie Sandrine, une des responsables du bureau de poste, qui n’a pas voulu donner son nom de famille.

“C’est un gain de temps (…) puis c’est vraiment original”, indique-t-elle, en ouvrant la large porte de la cabine.

L’initiative est décriée par certaines organisations de commerçants comme la Confédération des commerçants de France, qui représente un million d’emplois et 450.000 entreprises, principalement implantées dans les centres-villes.

Cette initiative “suscite un profond mécontentement parmi les commerçants indépendants de proximité et présente des risques sérieux pour le tissu économique local si elle est déployée à l’échelle nationale”, déclare cette confédération dans un communiqué.

“L’objectif n’est pas du tout de s’opposer aux commerçants de centre-ville, mais au contraire de créer du trafic”, a répondu La Poste à l’AFP.

Selon la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance (Fevad), au 3e trimestre 2023, le chiffre d’affaires du e-commerce, produits et services confondus, atteignait 38,3 milliards d’euros, en hausse de 9,8% sur un an. Selon la Fevad, la part de l’e-commerce dans la vente de produits était estimée à 12,5% du commerce de détail en France.

“Simplifier la vie”

Testée dans deux bureaux de poste à Paris et deux autres à Lannion (Côtes-d’Armor) et La Rochelle (Charente-Maritime), l’expérimentation est vouée à s’étendre et de prochaines ouvertures sont prévues à Valenciennes, Saint-Etienne et Amiens, selon La Poste.

“C’est mis en place pour que les clients puissent à la fois déballer, tester, essayer leurs articles commandés en ligne, donc c’est plus global que seulement la cabine d’essayage”, a détaillé l’entreprise. “L’idée est de simplifier la vie de nos clients”, a-t-elle encore précisé.

“On pense qu’indirectement c’est une concurrence aux commerces physiques”, affirme Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France.

“Nous demandons tout simplement que ce type de pratiques ne se développe pas et que ce soit revu et corrigé”, a ajouté le président à l’AFP.

La Fédération nationale de l’habillement (FNH), syndicat patronal de commerçants indépendants, demande également à La Poste “de renoncer à ce projet et de continuer à soutenir les commerces de proximité”, a indiqué à l’AFP Pierre Talamon, son président.

“Cela me paraît assez aberrant de conduire cette opération”, dénonce-t-il, évoquant “une maladresse certaine pour les commerces de proximité et les détaillants de centre-ville”.

“On est en train de se battre pour que les centre-villes ne perdent pas de point de vente et de boutiques de proximité parce que c’est très important pour leur dynamisme (…) Là, ça ne va pas du tout dans ce sens-là”, ajoute-t-il.

Au-delà “d’inciter” les clients à commander en ligne “d’une façon plus importante”, le commerçant s’inquiète également de “problèmes de sécurité sanitaire et de respect de la vie privée”.

Interrogée sur l’état des cabines, La Poste assure que “les chargés de clientèle ont également été sensibilisés à veiller à la bonne tenue de la cabine”.

AFP