La Polynésie vue par André Vohi, homme de culture et de terrain

Vendredi 19 janvier, le haut-commissaire remettra à André Vohi la médaille de l’Ordre National du Mérite (Photos : Vohi Production).
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Journaliste, présentateur, documentariste, réalisateur et commentateur sportif, notamment dans le va’a, André Vohi cumule les métiers avec passion et talent, et avec une sensibilité et une énergie bien à lui.

Né à Tahiti, il puise également ses origines aux Marquises par son père et en France par ses grands-parents, se présentant lui-même comme un “vrai demi”. Résident d’Arue, il est issu d’une famille de pêcheurs et de bâtisseurs, des professions qui font écho à son propre parcours.

Parmi les pionniers de TNTV

Après avoir suivi un cursus centré sur les civilisations polynésiennes à l’Université de la Polynésie française (UPF), il a enseigné pendant quatre ans au collège de Mahina avant de se lancer “par hasard” dans l’audiovisuel. “Pour sa création en 2000, TNTV était venue recruter à l’IUFM des tahitiens qui se débrouillaient bien à l’oral. J’ai passé le casting et c’est comme ça que tout a commencé”, se souvient André Vohi, qui fait partie des pionniers de la chaîne, au même titre que son épouse, Ingrid Vohi.

C’est d’ailleurs lors de ce fameux casting que la rencontre personnelle et professionnelle a eu lieu. “Elle avait son émission, puis on a commencé à travailler ensemble quatre ans plus tard. C’est ce qui fait la force de notre duo”, confie André Vohi. Ensemble, ils sont aussi parents de trois enfants.

Sur le plan professionnel, André Vohi a animé et présenté plusieurs émissions sur Tahiti Nui Télévision. “J’ai commencé par Tauturu, une émission de service à vocation d’information. J’ai présenté le journal télévisé pendant un an en français et en tahitien, puis j’ai été au service des sports à sa création. Il y a eu le magazine des sports, et aussi le magazine Va’a Toa. Je cherchais déjà un moyen d’allier le journalisme à l’identité polynésienne. Autour de 2005, avec Ingrid, on a lancé un magazine dédié à la randonnée et aux légendes. Ta’ata Tumu, notre magazine sur la pêche, est toujours d’actualité”, détaille-t-il, livrant un aperçu de la diversité des programmes de proximité qu’il a créés ou auxquels il a contribué.

Une diversité de programmes

En 2015, André Vohi a décidé de se consacrer pleinement à sa société, Vohi Production, créée en 2008 avec Ingrid Vohi, tout en restant fidèles à la chaîne TNTV.

Le réalisateur poursuit ses différents projets “avec un regard polynésien et culturel qui fait notre différence depuis le départ”. Une démarche au plus près des Polynésiens qui l’a conduit à visiter plus de la moitié de nos îles, tous archipels confondus. Plongeur sous-marin, il n’a pas hésité à se jeter à l’eau pour un sujet sur le peuple des abysses, se mettant en quête d’une grotte à 40 mètres de profondeur.

Depuis 2016, André Vohi a ajouté une nouvelle corde à son arc avec l’événementiel. “J’ai lancé le va’a-santé face au fléau du surpoids et de l’obésité au Fenua. J’aime les concepts innovants, toujours avec cette dimension culturelle. Aujourd’hui, on atteint des records en termes de participants et de perte de poids”.

“C’est la reconnaissance d’un travail et d’une vision polynésienne”

Vendredi 19 janvier, le haut-commissaire remettra à André Vohi la médaille de l’Ordre National du Mérite, qui récompense les citoyens français qui se sont distingués dans une fonction publique ou dans l’exercice d’une activité privée.

À 47 ans, cette première distinction de sa carrière l’honore profondément. “Ça me fait réaliser qu’on est allé loin. Sans ça, on ne se rend pas forcément compte, car on est pris par tous nos projets. Le temps nous manque ! C’est la reconnaissance d’un travail et d’une vision polynésienne. On a été les premiers à rester plusieurs mois dans les îles pour faire des reportages. J’ai du mal à dire « je », car avec Ingrid, c’est un travail d’équipe depuis toujours, et je n’oublie nos enfants. C’est grand et réconfortant, car c’est un travail qu’on a fait pour la Polynésie et les Polynésiens”.

Traversée en va’a tau’ati et un livre en 2024

Bientôt médaillé, André Vohi ne considère pas pour autant que la course est finie. Le réalisateur va poursuivre et lancer de nouveaux projets professionnels, en commençant par ajouter de nouveaux épisodes à son dernier programme éco-culturel, avec un film en cours sur les espèces menacées. “Je vais aussi poursuivre mon travail autour de la pirogue double pour faire en sorte que les Polynésiens se souviennent d’où ils viennent. En février, je vais boucler les 700 km de traversée des Marquises avec l’appui de l’AFD et de Paris 2024, suite à un appel à projet associatif que je mène depuis un an avec des jeunes adultes des quartiers prioritaires de Faa’a, Papeete, Pirae et Arue”, annonce-t-il, quant au Tau’ati Crossing.

Et c’est aussi par l’écrit qu’il souhaite désormais s’exprimer. “Je suis en train d’écrire mon premier livre, qui sera associé à une version filmée”, nous a-t-il confié. Le sujet de cet ouvrage n’a pas encore été dévoilé, mais “comme toujours, ce sera en lien avec la culture”.

Quelques documentaires à voir ou à revoir

Eco-culture, l’environnement par la culture : “La Direction de l’Environnement a relancé cette année l’opération de nettoyage des plages sur 12 atolls aux Tuamotu et a mandaté le bureau d’étude Pae Tai Pae Uta pour Pukarua, Tureia, Fakahina et Fangatau. Réalisé par Ingrid et André Vohi, le documentaire retrace en image les missions de ramassage des déchets et de sensibilisation de la population menées sur ces quatre atolls. Le binôme a, par la même occasion, présenté son concept d’éco-culture, la protection de l’environnement par la culture. Dans cette nouvelle façon de protéger notre beau fenua, les Vohi ont mis l’accent sur la relation entre le mythe de la création du monde, le divin, la religion, le rituel du pu fenua (le placenta enterré sous un arbre fruitier) et la nature qui nous entoure”.

Tupa et le Tiki oublié : “J’ai baigné toute mon enfance dans un univers fantastique où le peuple des abysses, guerriers aux pouvoirs surnaturels ou encore tiki protecteurs étaient les personnages principaux. Ces légendes sont-elles issues de l’imaginaire ou possèdent-elles une part de vérité ? Je veux en avoir le cœur net… Aux Marquises, on parle d’un tiki oublié, celui du guerrier Tupa. Ma première expédition en 2022 m’a permis d’explorer toute la zone mentionnée dans la légende. Cette année, je retourne sur l’île aux pics, pour explorer les deux dernières grottes sous-marines dans cette zone, les plus dangereuses… Le Tiki du guerrier tupa est au fond de l’une d’elles. Mais est-ce que le peuple polynésien est prêt à accepter ce que l’on va découvrir au fond de la grotte ? Le documentaire vous le révélera…”.

La consécration du va’a pour tous : “La 6ème édition du concept Va’a Santé “CPS Challenge TNTV” s’est clôturée au bout de 10 mois de programme quotidien. Huit régates organisées au motu de Arue, plus de 200 rameurs comptabilisés par journée sportive et des ambassadeurs poids ayant perdu jusqu’à 46 kilos. Ce documentaire revient sur les temps forts de l’édition 2022, ainsi que sur les nouveautés apportées au concept comme la valorisation des quartiers prioritaires et celle des parava’a grâce à la pirogue double, plus sécuritaire en mer”.