Pourquoi les hamburgers tahitiens sont-ils (presque) les plus chers au monde ?

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Affiché à 720 F le burger seul (soit 6,03 euros ou 6,58 US Dollar), le “Big Mac polynésien” se situe en deuxième place du classement de “l’indice Big Mac”, juste derrière la Suisse et juste devant la Norvège.

D’un pays à l’autre, le prix de ce hamburger peut varier du simple au quintuple. Depuis 1986, le magazine britannique The Economist publie régulièrement son indice Big Mac qui permet de comparer le coût de la vie dans différents pays.

La composition du célèbre burger étant la même partout, “son prix en dollars donne une idée simplifiée de la parité du pouvoir d’achat dans le monde et de la hiérarchie des devises mondiales” selon le magazine. Si c’est le produit symbole du géant McDonald’s qui a été choisi, la même logique peut s’appliquer aux produits des chaînes concurrentes, avec le Whooper de Burger King par exemple, qui se trouve exactement dans la même gamme de prix au fenua.

Si le Big Mac coûte la petite fortune de près de 7 dollars (770 F) en Suisse, son prix s’élevait à 5,81 dollars dans son pays d’origine (640 F) en janvier 2022. Dans la zone euro, il faut débourser en moyenne 4,95 dollars (545 F) pour manger ce même burger. Le Big Mac le moins cher peut s’acheter en Russie et en Turquie, où son prix est inférieur à 2 dollars (220 F), signifiant que la monnaie de ces deux pays est particulièrement sous-évaluée par rapport à la devise américaine. A noter que l’enseigne russe “Vkousno i Totchka” remplace McDonald’s en Russie depuis le départ de l’enseigne américaine à la suite de la guerre en Ukraine.

A l’occasion de l’ouverture à Papeete d’un premier restaurant Burger King au centre Vaima, La Dépêche a sollicité les deux enseignes afin de présenter les paramètres du marché de la restauration rapide franchisée en ce début d’année 2024, et les interroger sur cette deuxième place au classement de l’indice Big Mac.

Par la voix de son patron Maxime Antoine-Michard, l’enseigne McDonald’s s’est prêtée volontiers au jeu des questions sans pour autant dévoiler des données jugées trop “stratégiques”.

Attitude totalement inverse de la part des représentants de Burger King. Depuis Nouméa, le président de la Société de Développement Calédonienne (SODEC), qui exploite l’enseigne Burger King en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, Bruno Simon, remercie La Dépêche pour l’intérêt que le journal porte à son arrivée à Tahiti. Mais il précise d’emblée que les portes de l’information restent et resteront closes : “notre groupe applique une politique de discrétion absolue qui ne nous permet pas de répondre à vos questions”.

Le classement de la Polynésie française au deuxième rang de l’indice Big Mac n’est pas étonnant puisqu’il traduit parfaitement les handicaps structurels et depuis longtemps identifiés de l’économie polynésienne : fortes taxes à l’importation, coût du travail très élevé avec hausses régulières du salaire minimum, coût du foncier qui s’envole, hausses des prix de l’énergie, etc. “Nous faisons des efforts sur les prix” assure Maxime Antoine-Michard, le patron de McDonald’s Tahiti. “Mais à un moment donné, quand tout augmente, il y a des hausses que nous sommes obligés de répercuter sur le prix final.”

Maxime Antoine-Michard, patron de McDonald’s Tahiti :
“Priorité à l’embauche locale et à la formation”

Maxime Antoine-Michard, patron de McDonald’s Tahiti. (Photo DG/LDT)

Quelles sont les grandes étapes de l’implantation de McDonald’s à Tahiti ?

Le premier restaurant McDonald’s, et le plus important, a été créé en 1996 au centre-ville de Papeete, sur un emplacement exceptionnel. Il emploie environ 70 personnes sur un total de 300 employés affectés aux restaurants. Puis il y a eu McDo Taina en 1999, en lieu et place de l’ancien restaurant Kentucky Fried Chicken (KFC), McDo aéroport en 2003, McDo Arue en 2008, McDo Taravao en 2011 et enfin McDo dans la galerie de Carrefour Punaauia en 2019. Nous avons en projet un vrai restaurant McDo à Faa’a qui devrait être une réalité vers la fin 2024.

Quelles sont les principales caractéristiques de la politique de McDonald’s ?

Le cahier des charges McDonald’s est très strict. Les trois axes essentiels, baptisés QSP, sont la qualité des produits, la qualité du service et la propreté. Nos restaurant sont régulièrement contrôlés par les services d’hygiène mais également, en interne, il y a des audits commandités par McDonald’s et réalisés à l’improviste.

Nous donnons la priorité à la promotion locale : nos six points de vente sont dirigés par des Polynésiens issus du rang, dont quatre femmes. Nous intégrons des gens sans formation et sans soutien financier. C’est souvent une première expérience du monde du travail. Nos formations sont réputées, nos diplômes internes ont des équivalents universitaires. Notre communication est très encadrée, pas de surnoms ni de sobriquets, nous y veillons sévèrement.

Combien Mc Donald’s compte d’employés à Tahiti ? Quel est le niveau de sa contribution à l’économie locale ?

Au total, avec le personnel de la direction générale et les agents des entrepôts, Mc Donald’s Tahiti compte 340 salariés, en très grande majorité des femmes. Nous versons des salaires supérieurs aux minimums prévus par la convention collective, cela correspond à quatre mois en plus par an sur un équivalent temps plein (ETP).

Si l’on additionne les salaires, les impôts, les cotisations sociales, les factures fournisseurs… l’apport de McDonald’s Tahiti à l’économie peut être évalué à 2,2 milliards de francs par an. Chez nous, seul subsiste encore en plastique l’opercule des boissons. Notre objectif, en 2025, sera de supprimer définitivement le plastique. Nous poursuivrons notre soutien aux associations : la Croix Rouge, Enfants du Fenua, SOS Village d’enfants, Halte à la prise de risque, le Tota Tour, Taatira huma mero, la Fête du foot, etc…

Propos recueillis par DG