Bilan des Assises de l’archéologie : un vaste chantier en perspective

Anatauarii Tamarii, archéologue et chef de la cellule patrimoine culturel de la Direction de la culture et du patrimoine (DCP), Jarvis Teauroa, directeur adjoint de la DCP, Hinanui Cauchois, directrice du Musée de Tahiti et des îles et Miriama Bono, consultante ont restitué le bilan des premières Assises de l'archéologie. (Photo : SG/LDT)
Temps de lecture : 3 min.

Les premières Assises de l’archéologie se sont achevées ce vendredi 18 janvier après trois jours d’échanges à l’hôtel InterContinental Tahiti.

Anatauarii Tamarii, archéologue et chef de la cellule patrimoine culturel de la Direction de la culture et du patrimoine (DCP), Jarvis Teauroa, directeur adjoint de la DCP, Hinanui Cauchois, directrice du Musée de Tahiti et des îles et Miriama Bono, consultante ont restitué le bilan de ces travaux. 

Ils ont établi des constats et des recommandations pour les six thèmes étudiés durant les assises : la protection des sites polynésiens, la valorisation et la médiation culturelle, l’archéologie préventive (étude scientifique des vestiges susceptibles d’être détruits par des travaux liés à l’aménagement du territoire), l’éthique et la formation professionnelle, les moyens pour l’archéologie de demain et enfin la recherche et la coopération régionale.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le chantier est conséquent avec un secteur qui semble avoir été quelque peu laissé à l’abandon. Ces assises ont le mérite d’avoir défricher le terrain avec des débats parfois houleux sur chaque thématique. 

Les protagonistes espèrent qu’elles seront un point départ vers des décisions et des actions qui demanderont à être chiffrées. Le compte-rendu de ces travaux s’est d’ailleurs effectué en présence de la vice-présidente Eliane Tevahitua qui s’est montrée particulièrement attentive. 

(Photos : ministère de la Culture)

En ce qui concerne la protection du patrimoine, les principales recommandations portent sur le bilan et le suivi des sites classés, le mode de gestion préalable au classement, la communication en général sur les procédures de classement mais aussi la communication auprès des communes sur la présence d’éléments du patrimoine sur leur territoire, le périmétrage des sites classés, intégrer ces périmétrages dans les PGA, le développement de relais dans les archipels, la sensibilisation du public à son patrimoine et la mise et le renforcement d’un arsenal de sanctions en cas de détérioration des sites classés.

Côté valorisation et médiation culturelle, les recommandations concernent la poursuite des campagnes de restauration d’après les résultats des bilans sanitaires, l’amorce d’une réflexion sur les méthodes et techniques de restauration des structures lithiques, la mise en place d’une instance de contrôle des supports de valorisation et de médiation, la poursuite des sessions de formation dans les écoles, le développement des connaissances (datations, analyses…) sur les collections, la mise en place de règles pour encadrer la création des écomusées.

L’archéologie préventive est un volet important impliquant l’aménagement du territoire et définie comme une mission de service public. Les professionnels ont dressé les grandes lignes du projet de livre V du code du patrimoine tenant compte de la pression des constructions et aménagements publics et privés et mettant en danger le patrimoine. Des archéologues devront être formés spécifiquement à l’archéologie préventive.

L’éthique et la formation professionnelle ont fait l’objet également de constats et de recommandations : l’élaboration d’un code éthique, d’une politique de rapatriement et d’études des collections localisés en dehors de la Polynésie française sont préconisés ainsi que la mise en place d’un protocole en matière de signalement, de traitement et de conservation des sépultures. L’implication des communautés locales, le développement des filières de formation, le transfert de compétences du Pays aux communes ont aussi été notifiés.

Quels moyens pour l’archéologie de demain ? C’est la question de la 5e thématique avec les attentes suivantes : la mise en place d’un programme de recrutement pluriannuel avec des profils variés correspondant aux besoins de la DCP, la communication sur les métiers du patrimoine, la mise en place de filières de formations continues et la valorisation de l’expérience des assistants de terrain non archéologues.

Enfin en matière de recherche et de coopération régionale, les professionnels du secteur attendent un renforcement de la coopération interne, la mise en place d’une politique coordonnée de partenariat, l’établissement de conventions cadre avec les institutions régionales, le positionnement à terme de la Polynésie française comme un acteur incontournable de la coopération scientifique régionale.

Anatauarii Tamarii, archéologue et chef de la cellule patrimoine culturel de la Direction de la culture et du patrimoine (DCP)

“Restructurer la filière”

L’idée était de faire, en premier lieu, des constats sur chaque thème identifié. A partir de ces constats, nous avons dressé une liste de recommandations qui, elles, devraient permettre d’établir une feuille de route de politique sectorielle en matière d’archéologie.

Ces grandes recommandations sont proposés au Pays par les professionnels et de la recherche afin d’une part, d’améliorer le service public en matière d’archéologie et d’autre part, de s’insérer dans un réseau plus global à l’échelle du bassin Pacifique pour permettre le rayonnement, au travers de l’archéologie, de la Polynésie française.

“Une situation alarmante”

Les principales recommandations, comme dans tous secteurs, ce sont des des moyens humains et financiers. 

Nous avons besoin d’archéologues avec des profils différents, par exemple un spécialiste du domaine funéraire, un spécialiste de l’archéologie préventive… En ce qui concerne les moyens financiers, aujourd’hui, on fait comme on peut mais on constate, au vu des résultats, par exemple en ce qui concerne la protection des sites, une situation alarmante. 

Le recensement est continu, nous avons actuellement 5 121 sites répertoriés mais l’important est de mettre en place des mesures concrètes qui permettent de les protéger. Le code du patrimoine en protège actuellement 200. Il y a un besoin de restructuration de la filière.”