Des espions aux touristes: à Londres, le réaménagement de tunnels fait grincer des dents

Angus Murray souhaite réaménager les "Kingsway Exchange Tunnels", qui s'étendent sur près de 1,6 km sous le quartier de Holborn, en plein cœur de Londres. (Photo AFP)
Angus Murray souhaite réaménager les "Kingsway Exchange Tunnels", qui s'étendent sur près de 1,6 km sous le quartier de Holborn, en plein cœur de Londres. (Photo AFP)
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On y trouvait jadis un centre secret de communications pour espions: un homme d’affaires veut transformer des tunnels londoniens en attraction touristique capable d’accueillir des millions de visiteurs, au grand dam de certains résidents de ce quartier huppé.

Angus Murray, dirigeant d’un groupe de gestion d’actifs d’origine australienne, souhaite réaménager les “Kingsway Exchange Tunnels”, qui s’étendent sur près de 1,6 km sous le quartier de Holborn, en plein cœur de Londres.

Le financier veut y organiser des expériences immersives mettant en scène le passé du lieu, construit initialement pour servir d’abri contre les bombardements aériens durant la Deuxième guerre mondiale, avant d’héberger les Special Operations Executives, une branche du MI6, le service de renseignements extérieurs, qui aurait servi d’inspiration à Ian Flemming pour sa saga James Bond.

Il espère y accueillir 2 millions de visiteurs par an à partir de 2027, qui viendraient aussi profiter du bar le plus profond du Royaume-Uni.

“Nous voulons que les Tunnels de Londres deviennent aussi mythique que le London Eye”, cette immense grande roue installée sur la rive sud de la Tamise au centre de Londres, promet Angus Murray, dans le prospectus annonçant début janvier son intention de coter la société porteuse du projet à la Bourse de Londres.

Durant la Guerre froide, le gouvernement avait agrandi les tunnels initiaux, situés à quelques 30 mètres sous terre, pour y installer un centre secret de télécommunications longue distance.

Le premier câble transatlantique de télécommunication y était opéré, devenu un rouage clé du “téléphone rouge”, la ligne téléphonique directe reliant la Maison Blanche et le Kremlin.

La plupart des équipements de cette époque seront conservés, selon les porteurs du projet.

Mais à la fin des années 1980, avec le développement des techniques de communications plus modernes, le lieu, vaste de 8.000 m2, perd sa raison d’être, et est transféré à l’opérateur national British Telecom, qui le mit en vente en 2008.

Pendant des années, les tunnels n’ont pas trouvé preneurs jusqu’à ce qu’Angus Murray rachète les lieux en 2022.

Promettant d’investir 220 millions de livres (256 millions d’euros, “l’idée est de transformer les tunnels en l’une des expériences culturelles les plus uniques au monde“, a revendiqué en septembre dernier la société The London Tunnels, en présentant son projet.

Nuisances

Ces dernières semaines cependant, les riverains de ce quartier aisé, inquiets de cet afflux annoncé de touristes dans leurs rues plutôt tranquilles, font entendre leur grogne.

“Je m’y oppose à cause du changement d’identité si radical (que ce projet aurait) dans un quartier aussi résidentiel”, a protesté James Keay, un habitant, auprès du conseil local de Camden et des autorités locales londoniennes, qui doit prendre une décision sur le projet.

Angus Murray souhaite réaménager les "Kingsway Exchange Tunnels", qui s'étendent sur près de 1,6 km sous le quartier de Holborn, en plein cœur de Londres. (Photo AFP)
Les “Kingsway Exchange Tunnels” s’étendent sur près de 1,6 km sous le quartier de Holborn, en plein cœur de Londres. (Photo AFP)

Pour John Krebs, parlementaire à la chambre des Lords et qui possède un appartement dans le quartier, les résidents s’inquiètent de la foule et de la circulation que le projet va engendrer dans “une rue calme et étroite”.

“La logistique du projet et son impact sur la rue semblent bien mal pensés”, explique-t-il ainsi déclaré à l’AFP.

Dans une douzaine de contributions réunies jusqu’ici, les habitants jugent le projet “totalement inacceptable” et “préjudiciable” pour le voisinage.

“Il n’a pas réussi à convaincre que le quartier allait bénéficier d’une telle attraction touristique, ni qu’il y ait une demande pour une telle expérience historique”, écrit par exemple Walter Scott, l’un d’entre eux.

La société affirme avoir pour l’instant levé 10 millions de livres (11,7 millions d’euros) auprès d’investisseurs intéressés, et cherche encore 30 millions supplémentaires, qu’elle espère attirer via son introduction à la Bourse de Londres.

AFP