Vengeance musclée en live Facebook : les sept prévenus écopent de peines de prison avec sursis

(Photo : SG/LDT)
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L’histoire avait fait du bruit le 22 octobre 2023 : des hommes filment en direct sur Facebook leur “chasse à l’homme”. Ils retrouvent un voleur, à son domicile, à l’heure du petit-déjeuner et, devant sa compagne et sa belle-famille, ils le malmènent en lui donnant des gifles et des coups de pied. La victime se voit transporter en voiture pour un périple dans Mahina à la recherche des affaires volées auprès d’un recéleur. Les coups continuent à pleuvoir. L’histoire s’achèvera sur le parking de la gendarmerie. 

A la barre, en comparution immédiate lundi 22 janvier, sept prévenus se présentent devant la présidente du tribunal correctionnel. Ils sont costauds, tatoués, les cheveux rasés, et plutôt penauds. Tous disent regretter les faits mais la présidente ne les lâche pas. Son ton est aussi musclé que les gros bras face à elle. “La justice privée n’a pas sa place dans la société” s’exclame t-elle.

“Une meute de loups”

La victime, qui a souffert de plusieurs hématomes et contusions au visage, a été “assommée par la première gifle” rappelle la magistrate. Elle insiste pendant les quatre heures d’audience sur l’agressivité et l’envie de vengeance des protagonistes, la violence de certains actes comme un câble enroulé autour du cou par l’un et des menaces avec une batte de baseball par un autre. “Une meute de loups” selon la partie civile. Tout cela filmé pendant 36 minutes à la vue de quelque 1 500 personnes sur Facebook.

Tour à tour, les agresseurs s’expliquent à la barre. Tous n’ont pas eu le même rôle. Certains ont été plus violents que d’autres mais tous sont venus en renfort pour “aider” celui qui souhaitait se venger et filmer sa démarche. 

“J’ai fait une grosse erreur”

Ce principal prévenu est pourtant celui qui apparaît comme le plus sincèrement désolé. “J’ai réagi sans réfléchir”, “je me suis laissé emporter par mes émotions”, “j’ai fait une grosse erreur”, “je n’avais pas à faire justice moi-même” dit-il. On saura au cours de l’audience qu’il a été victime du vol, trois jours plus tôt, dans son salon de tatouage. “Ce n’est pas qu’un salon de tatouage, c’est mon enfant, mon bébé, mon business et celui de ma famille” ajoute-t-il. 

La défense insiste d’ailleurs sur la personnalité du prévenu, bien sous tous rapports, au casier judiciaire vierge, intégré dans la société, respecté et aidé par l’armée pour sa reconversion.

“Un dossier singulier”

Le tatoueur écope finalement de deux ans de prison avec sursis comme requis par le parquet. Les autres “justiciers” – malgré la relaxe demandée par leur avocate, en raison notamment du profil de la victime, voleur notoire et consommateur d’ice – sont condamnés de 4 à 18 mois de prison avec sursis.

Dans son réquisitoire, le procureur a parlé d’un “dossier singulier” qui a créé “un trouble à l’ordre public” avec, à aucun moment, une “prise de conscience” des prévenus pour que “les choses s’arrêtent.”