Marin disparu aux Australes : 70 mn de silence avant l’alerte, la maman de la victime veut la vérité

Le capitaine du thonier prétend que le marin est tombé à la mer à 12h30, mais le JRCC Tahiti n'a été prévenu qu'à 13h40. Un délai qui pose question. (Clichés Forces armées/Nasa)
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À 13h40 le vendredi 26 janvier, le centre de coordination de sauvetage aéro-maritime (JRCC Tahiti) est alerté par un message de détresse émanant du thonier Kathe, situé au large de l’île de Maria aux Australes. Le message signale alors qu’un membre de l’équipage est tombé à la mer à 12h30, soit 70 minutes plus tôt.

Le JRCC met aussitôt en place et coordonne un dispositif de recherche composé des thoniers Kathe et Mairipehe II ainsi que le Gardian de la flottille 25 F “malgré des conditions météorologiques compliquées”. Samedi 27 janvier en fin de journée, après de nouvelles opérations de recherche infructueuses par le Gardian et les thoniers sur zone, il n’y a plus d’espoir et les recherches sont stoppées.

Le marin, Tony, était âgé de 26 ans et n’exerçait ce métier que depuis l’année dernière. Il laisse une compagne et un petit garçon. La maman de la victime s’interroge sur les 70 mn de silence du thonier Kathe avant de prévenir le JRCC, mais aussi sur les circonstances du drame. Il semble que le capitaine et le jeune marin ont en réalité chaviré sur un kayak à proximité de l’îlot Maria, sans gilet ni balise. Sabrina Keane ne veut pas en rester là : elle veut connaître la vérité.

• Ton fils était-il un pêcheur expérimenté ?

Non, il était marin depuis l’année dernière mais il m’avait dit qu’il aimait le métier. J’attends qu’on m’envoie son contrat. Auparavant il avait travaillé dans la construction de maisons. Tony allait avoir 26 ans cette année, il était mon aîné, il m’avait appelé avant de partir en mer. Il laisse derrière lui, à Papeete, une compagne et un petit garçon qui va avoir 8 ans cette année. L’un de ses frères, le cadet, revient mardi à Tahiti.

• Que sais-tu des circonstances du drame ?

J’ai d’abord entendu dire qu’il était tombé du bateau. Après, j’ai eu une autre version, selon laquelle il avait pris un kayak et serait tombé à l’eau tout seul. Maintenant, j’apprends, par le haut-commissariat, qu’il serait tombé avec le capitaine du thonier, sans gilet de sauvetage ni balise. Nous, ce qu’on ne comprend pas, c’est pourquoi on annonce un homme à la mer à 12h30, mais que le JRCC n’est prévenu que plus d’heure plus tard, à 13h40. Plus les secours partent tard, plus les chances sont réduites.

• Les faits ne semblent donc pas liés à l’activité de pêche du thonier…

Je ne comprends pas pourquoi le capitaine a quitté son navire avec mon fils pour aller sur un kayak, alors qu’il savait qu’il y avait de la houle. C’est irresponsable de sa part, surtout sans gilet de sauvetage ni balise individuelle. Quand le kayak a chaviré, le capitaine a nagé jusque sur un motu. Il aurait raconté qu’il a vu mon fils une seule fois sortir la tête de l’eau, et aurait ensuite disparu. Mon fils a toujours eu peur de la houle. Pourquoi ne lui a-t-il pas porté secours ? Il a sauvé sa peau et il a laissé son travailleur comme ça.

J’attends que le thonier Kathee revienne au quai à Papeete et j’ai décidé d’aller sur place pour avoir la vérité. Là, je ne suis pas tranquille, je ne comprends pas pourquoi mon fils n’avait pas de gilet. Je ne vais pas en rester là, je veux connaître la vérité. Moi je pense qu’il y a beaucoup de mensonges dans cette histoire.

• Si tu devais adresser un message aux autres professionnels de la mer qui, comme ton fils, embarquent pour des campagnes de pêche, que leur dirais-tu ?

Je veux leur dire : dès que vous partez en pêche, que ce soit la journée ou le soir, il faut toujours bien prendre des précautions, regarder si rien ne manque sur le bateau et surtout de toujours bien mettre son gilet, de se surveiller les uns les autres. Ce qui s’est passé avec mon fils, c’est horrible, et il n’aura pas de sépulture.

• Ca rend encore plus difficile le travail de deuil…

Des fois, je parle à mon fils. Je lui dis : “mon fils, tu es où ? Donne-nous au moins un indice pour qu’on te retrouve. J’espère que tu n’as pas souffert, j’espère que tu vas bien.” J’ai l’intention de faire un hommage en mer pour lui, je vais voir pour organiser ça avec la famille, les amis… Moi, je sens encore qu’il est là, je ne sens pas encore qu’il est parti.

Propos recueillis par Damien Grivois

L’îlot Maria. (NOAA)