Françoise Henry : “Cultiver bio, c’est venu naturellement, dès le début”

Une parcelle cultivée selon les principes de l'agriculture syntropique (Photos : ACL/LDT).
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À 63 ans, Françoise Henry force le respect et l’admiration. Agricultrice à Taravao et Vairao depuis près d’une quarantaine d’années, elle cultive la terre pour nourrir les autres avec passion avec son mari, Bernard, leurs deux enfants et quatre salariés.

C’est en 1986 qu’elle a décidé d’en faire sa profession, bien qu’elle n’y était pas destinée. “Le bio, c’est venu naturellement, dès le début. Avant de faire de l’agriculture mon métier, je me suis posée beaucoup de questions. J’ai voulu faire médecine ou entrer dans le corps enseignant. J’ai même repris mes études. Finalement, les arbres fruitiers qu’on avait plantés sur un terrain familial ont commencé à donner et on a pu en vivre”, se souvient-elle.

Des fruits, des légumes et aussi des œufs

Aujourd’hui, Françoise Henry exploite 9 hectares. Sa production phare ? Les mangoustans, dont les fruits violets à la chair juteuse et sucrée sont issus d’un arbre qui met plus d’une dizaine d’années à produire. L’an dernier, elle a produit 15 tonnes d’avocats, et autant de citrons.

Depuis 2009, la famille s’est diversifiée en intégrant du maraîchage, dont des salades (800 kg de mesclun fleuri en 2023) et des produits vivriers, comme des taro ou des potirons (découpés et conditionnés en sachet sous-vide). “On tend de plus en plus vers une offre complète du panier de la ménagère, avec des fruits, des légumes et des protéines, car on a un élevage de 300 poules pondeuses bio. Nous fonctionnons avec des poulaillers mobiles pour profiter des fientes et du débroussaillage”, explique l’agricultrice.

Les livraisons sont programmées deux fois par semaine auprès de plusieurs grandes enseignes et collectivités de Tahiti, dont le lycée Taiarapu Nui, à proximité du site de production.

Miser sur les ressources de la nature

Membre du réseau de fermes de démonstration en agroécologie PROTEGE, Françoise Henry met en œuvre différentes approches pour protéger ses cultures et augmenter les rendements. “Les Fopius sont des micro-guêpes très efficaces pour lutter contre les mouches des fruits. J’utilise aussi des pièges à mouches femelles ou mâles, qui contiennent des phéromones”, cite-t-elle à titre d’exemple.

Outre l’engrais organique et le paillage, l’agriculture biologique est un formidable terrain d’expérimentation, comme l’illustre l’approche syntropique. “En étudiant les interférences entre les plantes, on peut les combiner astucieusement. Certaines sont pourvoyeuses d’azote ou de potasse, comme les bananiers, d’autres ont des racines mycorhisantes (en symbiose avec des champignons, ndlr), comme le manioc”. Ces associations complémentaires confèrent à son fa’a’apu un charme sauvage, loin des champs de l’agriculture conventionnelle. La maison de Françoise Henry est d’ailleurs nichée au cœur de son exploitation principale, qui est comme son jardin.

Des pistes pour “développer le bio”

Bien qu’au fondement de l’autonomie alimentaire, l’agriculture fait face à des défis économiques. L’Hexagone est d’ailleurs en proie à des manifestations, en ce début d’année. Pour Françoise Henry, il faudrait davantage prendre en compte les bénéfices du mode de culture biologique. “Du fait qu’on rend service à la santé et à l’environnement, on pourrait bénéficier d’un allègement ou d’une exonération des charges salariales. C’est une des pistes pour développer le bio… On ne se rend pas compte de l’importance de l’alimentation dans la santé des gens. Les longues maladies explosent et ça coûte très cher à la CPS (Caisse de Prévoyance Sociale, ndlr)”, suggère l’agricultrice pour tenter d’agir en amont.

À la tête du SPG Bio Fetia

Membre active du SPG Bio Fetia, Françoise Henry en est la présidente depuis 2022, succédant à Heia Teina. Ce Système Participatif de Garantie est une association qui “garantit et fait la promotion des produits agricoles biologiques du Fenua”, via le label Bio Pasifika. L’équipe se compose de huit membres du bureau et de cinq salariés. Au départ, l’association ne comptait que quelques dizaines d’adhérents. Un chiffre qui a atteint 246 producteurs et consommateurs en 2023, répartis en 19 groupes locaux à travers les cinq archipels. L’an dernier, 112 certifications (labellisation, ou en cours de labellisation) ont été délivrées. En 2022, les productions totalisent notamment 435 tonnes de fruits et légumes, et 281.630 œufs.

“Notre stratégie, c’est que [la production] continue d’augmenter”

“On est toujours en plein essor. On progresse au fur et à mesure, et notre stratégie, c’est que ça continue d’augmenter”, souligne Françoise Henry en faveur d’une agriculture durable, en lien avec le Schéma directeur agricole du Pays et le Plan ambition bio du SPG Bio Fetia. Plusieurs travaux et projets de développement sont ainsi d’actualité : la définition des modalités d’étiquetage, la recherche d’emballages biodégradables abordables pour certains produits, l’intégration de davantage de produits issus de l’agriculture biologique dans les cantines scolaires, l’aide à la commercialisation via le programme PROTEGE, la finalisation d’un guide de lecture de la norme océanienne (NOAB), ou encore la création d’un outil de gestion des données en partenariat avec Bio Calédonia.

Plus d’infos sur la page Facebook et le site web du SPG Bio Fetia, qui organise aussi plusieurs fois par an des journées portes ouvertes dans les exploitations partenaires.

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