Rachat de Bolloré Logistics par CMA CGM : l’Autorité polynésienne de la concurrence exige la revente d’actifs

CMA CGM s’est engagée à revendre, à un repreneur soumis à l’agrément de l’Autorité, les activités d’organisation du transport maritime de marchandises de Bolloré Logistics relatives à la Polynésie française. (Photo DG/LDT)
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Dans le cadre de la volonté de rachat de Bolloré Logistics par CMA CGM, l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) conditionne la réalisation de l’opération à la revente des activités maritimes concernant la Polynésie de Bolloré Logistics “et préserve la structure concurrentielle du marché de l’organisation du transport maritime de marchandises en Polynésie française”.

En 2023 le groupe Bolloré a conclu un contrat de cession de 100% de sa filiale Bolloré Logistics au Groupe CMA CGM. Il s’agit pour CMA CGM d’une opération d’envergure mondiale dont le montant
s’élève à 4,65 milliards d’euros et qui constitue la plus grande manœuvre de croissance interne du
groupe depuis sa création en 1978. La réalisation de cette opération ne peut intervenir qu’après obtention des autorisations des autorités compétentes dans les différentes juridictions concernées, y compris l’APC.

Le 2 octobre 2023, la société CMA CGM S.A. a notifié son projet à l’Autorité. Après examen de l’opération, l’APC a donc autorisé celle-ci sous conditions. “Ce rachat soulevait un risque de verrouillage de l’accès des transitaires aux services de transport maritime de marchandises par
conteneurs proposés par CMA CGM sur la route reliant l’Europe à la Polynésie française, entrainant un
risque d’augmentation du prix des prestations et sa répercussion sur le prix de vente des marchandises
au consommateur”
explique l’Autorité.

CMA CGM prend des engagements

Afin de remédier aux risques identifiés d’atteinte à la concurrence, CMA CGM “a souscrit des
engagements structurels et comportementaux”
. La compagnie s’est engagée à revendre, à un repreneur soumis à l’agrément de l’Autorité, les activités d’organisation du transport maritime de marchandises de Bolloré Logistics relatives à la Polynésie française. Cette décision d’autorisation permet, selon l’APC, “de remédier efficacement et de manière proportionnée aux
problématiques de concurrence identifiées tout en tenant compte des intérêts des parties.”

Cette opération a été notifiée à de multiples autorités de concurrence dont l’APC, l’Autorité de la
concurrence de la Nouvelle-Calédonie et la Commission européenne. Son examen “a fait l’objet d’une
coopération efficace entre ces autorités”.

Bolloré Logistics SE (Bolloré Logistics) est une société européenne spécialisée dans les services
d’organisation du transport de marchandises et les services logistiques. Bolloré Logistics offre, au
travers de son réseau international, des services d’organisation du transport aérien, maritime et terrestre de marchandises ainsi que plusieurs services de logistique tels que des solutions d’entreposage à valeur ajoutée, d’emballage et de distribution. La société opère par l’intermédiaire de ses 153 filiales actives en France, en Europe, et dans le reste du monde, notamment dans la zone Asie-Pacifique et dans une moindre mesure dans la zone du Moyen-Orient/Asie du Sud.

En Polynésie française, Bolloré Logistics exerce uniquement une activité d’organisation du transport de
marchandises (maritime et aérien) et gère essentiellement les flux d’importation, en provenance de
Métropole. Elle n’est pas active dans le secteur des services de logistique et n’offre pas de services
d’organisation du transport terrestre de marchandises. Elle détient également une participation
minoritaire de dans le capital de Transit et Transport International Tahiti (TTI), un transitaire actif sur le
marché de l’organisation du transport de marchandises en Polynésie française.

CMA CGM S.A. (CMA CGM) est la société mère du groupe CMA CGM. Le groupe est principalement
actif dans le secteur du transport maritime de marchandises par conteneurs et la manutention portuaire. CMA CGM exerce également des activités d’organisation du transport aérien, maritime et terrestre de marchandises et des services de logistique par l’intermédiaire de sa filiale CEVA Logistics S.A. (CEVA). En Polynésie française, CEVA n’exerce qu’une activité d’organisation du transport de marchandises et ce de façon très marginale. CMA CGM assure la continuité territoriale entre la Polynésie française et la France métropolitaine via son service hebdomadaire “Panama Direct Line” (PAD). Elle assure également une connexion directe entre la Polynésie française et la côte Ouest de l’Amérique via son service “PCX – Pacific Coast Express” (PSIANL).

L’Autorité a “identifié des risques concurrentiels élevés d’éviction de concurrents au détriment de l’animation concurrentielle favorable aux transitaires et in fine aux consommateurs”.

CMA CGM dispose d’une “position dominante,
voire d’un quasi-monopole

L’analyse concurrentielle “a permis d’établir que, la nouvelle entité aurait disposé d’une capacité élevée
de verrouillage de l’accès au transport maritime de marchandises sur la route Europe – Polynésie
française, du fait du pouvoir de marché de CMA CGM sur le marché amont du transport de
marchandises, de la faible capacité de réaction des concurrents actuels et potentiels et enfin du contre-pouvoir limité des acheteurs sur le marché aval de l’organisation du transport de marchandises”.


L’Autorité a examiné la position de CMA CGM sur chacune des routes, d’une part, au départ de
Polynésie française et, d’autre part, à destination de la Polynésie française. CMA CGM dispose d’une
“position dominante, voire d’un quasi-monopole, sur le marché amont du transport de marchandises par conteneurs deep sea au départ de l’Europe vers la Polynésie française”. Les marchandises en
provenance de l’Europe représentent plus de 40% des importations en Polynésie française et
constituent avant tout des biens largement consommés localement nécessitant un approvisionnement
régulier des distributeurs polynésiens, tels que les produits agroalimentaires, suivis de près par les biens intermédiaires, puis les biens de consommation et les biens d’équipement.

En intégrant le leader actuel du marché, la nouvelle entité “aurait ajouté à sa position dominante sur la
ligne Europe – Polynésie française, la place de premier acteur sur le marché aval de l’organisation du
transport à destination et au départ de Polynésie française. Cela lui aurait conféré une capacité
d’influence significative sur les conditions de prix et d’approvisionnement de ses concurrents sur le
marché de l’organisation du transport”
selon l’APC.

L’APC estime qu’elle aurait pu, post-opération, “mettre en place un traitement préférentiel de sa propre filiale pour lui permettre d’obtenir des prix inférieurs et/ou des volumes supplémentaires vis-à-vis de ses concurrents transitaires.”

Ce type de comportement “aurait dégradé la compétitivité des concurrents de la nouvelle entité sur le
marché de l’organisation des transports et pu dissuader les entreprises rivales d’entrer ou de se
développer sur le marché, voire les inciter à en sortir”.

L’analyse concurrentielle fait en outre ressortir “l’absence de contre-pouvoirs significatifs en mesure de
freiner une éventuelle stratégie de verrouillage”
, la pression exercée par des concurrents potentiels sur
CMA CGM étant jugée “insuffisante”.

L’intégration verticale permise par l’opération “aurait en outre donné un avantage concurrentiel à la
nouvelle entité via un accès privilégié à des informations confidentielles issues de la négociation entre
les concurrents transitaires et CMA CGM concernant des cotations pour un client donné ou bien
alternativement dans le cadre d’un appel d’offres”.


Afin de répondre aux préoccupations de concurrence soulevées, les parties se sont engagées à céder
l’activité maritime de Bolloré Logistics correspondant à l’ensemble de l’activité d’organisation du
transport maritime de marchandises de Bolloré Logistics Polynésie, ainsi que les activités de Bolloré
Logistics France relatives à la Polynésie française qui se matérialisent par une liste de clients
transférables au repreneur des activités cédées de Bolloré Logistics.

(Photo DG/LDT)