Une récente décision du ministère de la Fonction publique inquiète la direction de la Santé

Dans un courrier que La Dépêche de Tahiti s'est procuré, le directeur de la Santé souligne que plusieurs points de la circulaire relative à la maîtrise de la masse salariale mettent "en péril" la continuité des soins (Photo : archive LDT/capture écran).
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La décision du ministère de la Fonction publique, formulée lors du conseil des ministres du 1er février dernier quant à la maîtrise de la masse salariale et à la nécessité d’une gestion rigoureuse des recrutements d’agents non titulaires, passe mal auprès de la direction de la Santé et de ses principaux responsables à Tahiti et dans les îles.

Dans un courrier de deux pages (hors annexes) en date du 14 février que La Dépêche de Tahiti s’est procuré, le directeur de la Santé et ancien directeur de l’hôpital de Moorea, le docteur Philippe Biarez, adresse au ministre de la Santé, Cédric Mercadal, sa “profonde préoccupation” et son “inquiétude pour le service de santé et pour la population”, sentiments partagés par les responsables des subdivisions de santé et des centres de consultations spécialisés.

Six points de vigilance

Le directeur de la Santé liste six points de vigilance vis-à-vis de cette circulaire. Il souligne en premier lieu “une inégalité de traitement et de priorité” qui entraine un manque de “cohérence” dans un “contexte de santé difficile”, l’Institut du cancer (ICPF), le Fare Tama Hau, l’Institut Louis Malardé (ILM) et le Centre hospitalier de Taaone (CHPF) n’étant pas impactés par cette décision.

La procédure “complexe” et “contre-productive” de dégel des postes vacants avant tout recrutement est également pointée du doigt. Selon Philippe Biarez, cette nouvelle procédure “va rallonger de plusieurs semaines le délai de recrutement (…), rajouter du temps de travail au personnel administratif déjà en tension, et mettre en péril encore plus la continuité des soins”.

Le risque “d’emploi déguisé” s’agissant du recours à des prestataires externes “versus” recrutement sur poste vacant est mentionné.

Le directeur de la Santé regrette par ailleurs le caractère “purement comptable et administratif” de la suppression des postes d’agents non fonctionnaires de l’administration dès leurs vacances, sans analyse préalable de leur utilité. Cette mesure concerne notamment les auxiliaires de santé des îles isolées ou encore les ambulanciers.

Quant à la priorisation de la prise de congés des agents non titulaires par rapport à leur indemnisation, “elle n’est pas adaptée à nos postes en tension”.

Enfin, Philippe Biarez remarque que le budget alloué aux recrutements hors postes est “manifestement non prioritaire par rapport aux autres services du Pays”. Se référant à un audit, il rappelle que “de nombreux professionnels de santé ont accumulé des périodes de congés ou de récupérations non encore épuisés, et que d’autres sont en arrêt de travail de longue durée lié aux risques de surinvestissement structurels”.

Une demande de dérogation

En conclusion, le directeur de la Santé sollicite le soutien de son ministre et son intervention auprès de la ministre de la Fonction publique, Vannina Crolas, souhaitant une dérogation afin que ces dispositions ne soient pas appliquées à la direction de la Santé. Une proposition de rencontre est formulée afin de détailler ces “difficultés”. Un agent issu d’un hôpital périphérique nous a effectivement confié son incompréhension et sa détresse face à ces mesures.

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