En Nouvelle-Calédonie, l’Etat annonce un “investissement sans précédent” contre l’insécurité routière

Ces nouveaux radars seront très prochainement opérationnels tant en zone police que gendarmerie. (Photo Anthony Tejero/Les Nouvelles Calédoniennes)
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Gérald Darmanin et Marie Guévenoux ont assisté, ce mercredi soir, à l’entrée Nouville à une démonstration des nouveaux radars routiers. (Photo Anthony Tejero/Les Nouvelles Calédoniennes)

Alors que la mortalité routière est quatre fois plus marquée sur le Caillou que dans l’Hexagone, la ministre déléguée des Outre-mer Marie Guévenoux a profité de la démonstration des nouveaux radars, ce mercredi soir à Nouville, pour annoncer une enveloppe de 31 millions de francs en 2024, puis de 7 millions par an, dès 2025, pour tenter de ralentir ce fléau.

Parifex. Ce nom ne dit rien aux Calédoniens et pourtant, il pourrait faire grincer bien des dents parmi les conducteurs trop pressés. C’est l’appellation des quatre nouveaux modèles des quatre nouveaux modèles de radar qui viennent de débarquer sur le Caillou (dont trois seront déployés en zone gendarmerie et un en zone police). Un équipement de “dernière génération” qui peut scanner son environnement à 360 degrés et prendre des photos d’une haute précision avec une portée de 100 mètres. Autrement dit, ces radars mobiles, qui pourront fonctionner de jour comme de nuit, sont beaucoup plus performants sur le flux d’images traitées en temps réel. En clair, ils épingleront à coup sûr les automobilistes en excès de vitesse, là où avec les anciennes générations, près de 20 % des clichés de conducteurs en infraction étaient finalement inexploitables.

Alors que la vitesse excessive est, avec la consommation d’alcool, de stupéfiants et le non-port de la ceinture de sécurité, la principale cause des accidents et des décès sur les routes du pays, ce dispositif était très attendu par les forces de l’ordre.

Et c’est la raison pour laquelle, la police nationale a tenu à en faire ses premières démonstrations ce mercredi soir, à Nouville, devant les ministres de l’Intérieur et la ministre déléguée des Outre-mer, qui en a profité pour annoncer un “investissement sans précédent” de la part de l’État sur le thème de la sécurité routière, pour lequel il n’est pas compétent.

“Il y a encore beaucoup de travail à faire”

Ainsi, 31 millions de francs seront débloqués pour cette année 2024, puis une enveloppe de 7,1 millions de francs chaque année, à compter de 2025. ” Il y a quatre fois plus de morts en Nouvelle-Calédonie que dans l’Hexagone (proportionnellement à la population), c’est donc une cause extrêmement importante sur laquelle le gouvernement français et l’Était souhaitent s’engager, affirme Marie Guévenoux. Cela peut financer des opérations de prévention, mais également des opérations de contrôle, qui seront à voir en lien avec le gouvernement afin de réduire le nombre de décès, c’est capital. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour atteindre des taux et des chiffres beaucoup plus raisonnables ici et moins de morts sur les routes pour la sécurité des Calédoniens.”

Si la ministre déléguée annonce ce coup de pouce financier en espérant que “ce sujet soit pris à bras-le-corps”, elle tient à préciser que l’État “n’a pas à empiéter ou à devoir donner des recommandations au gouvernement local” sur le sujet, bien qu’il doive “être collectif et dans lequel chacun doit s’engager.”

Les Nouvelles Calédoniennes

“Il faut une refonte du code de la route de Nouvelle-Calédonie”

Yves Dupas (au centre) travaille en étroite collaboration avec la police nationale.

Trois questions à… Yves Dupas, procureur de la République en Nouvelle-Calédonie.

Entre le déploiement de ces nouveaux radars et l’annonce d’une aide financière de l’État, quel regard le Parquet porte-t-il sur ces nouveaux dispositifs ?

Ce matériel était attendu depuis longtemps parce qu’il est essentiel. C’est l’un des leviers dans la lutte contre l’insécurité routière, qui est une problématique majeure en Nouvelle-Calédonie. 50 morts en 2023, c’est un chiffre encore effarant. Même si la baisse des accidents mortels suit une tendance plutôt positive, on ne peut pas se satisfaire de ce nombre de tués sur les routes. Ce dispositif de radar est nécessaire, attendu et cela va dans le bon sens.

Sommes-nous en retard à ce sujet ?

Il nous faut une refonte du code de la route de Nouvelle-Calédonie pour l’adapter à ces enjeux pour la sécurité des Calédoniens.

Quels sont les points à changer en priorité selon vous ?

L’instauration d’un contrôle technique régulier des véhicules est légitime quand on voit le nombre d’épaves qui circulent. On ne peut pas attendre vingt ans pour exiger un contrôle technique, ce n’est plus entendable.

Il s’agit également de revoir toutes les qualifications pénales par rapport à ces infractions routières. Autrement dit, c’est aggraver les peines encourues. La conduite sans permis est réprimée en Nouvelle-Calédonie par une peine maximale de 3 mois d’emprisonnement contre douze mois en Métropole. Il faut donc renforcer l’arsenal juridique en termes de peines.

Nous allons également mettre en place, en partenariat avec le haut-commissaire, les immobilisations administratives articulées avec les immobilisations judiciaires des véhicules. Nous avons avancé sur l’agrément des fourrières.

Tout ceci est très positif. Mais au-delà des mesures de prévention qui peuvent être prises dans les lycées, les entreprises etc., c’est une approche plus répressive qui permettra de faire reculer l’insécurité routière.

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