Le Cesec favorable à un “modèle social plus juste” pour lutter contre la pauvreté en Polynésie

En séance plénière du jeudi 22 février, Maiana Bambridge, représentante de la fédération des organismes socio-éducatifs (FOSE) au Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), a proposé une autosaisine sur la pauvreté en Polynésie française. (Photos : CESEC)
Temps de lecture : 3 min.

Maiana Bambridge, représentante de la fédération des organismes socio-éducatifs (FOSE) au Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) a proposé, en séance plénière du jeudi 22 février, une autosaisine du collège de la cohésion sociale et de la vie collective sur la pauvreté intitulée “La Polynésie française, une société à deux vitesses : vers un modèle social plus juste”.

Approuvé avec 42 voix pour et une abstention, ce texte s’appuie sur deux anciennes études de 2009, réalisées par l’Agence française de développement (AFD) et par l’Institut de la statistique de Polynésie française (ISPF). Ces chiffres ont montré que 26,6% de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté monétaire, tandis que les 20% des ménages les plus riches “captaient” près de la moitié du revenu total.

L’un des objectifs est de réactualiser ces anciennes données, bien que nous sommes conscients que les nouveaux chiffres ne seront pas en diminution. (…) Nous sommes ici pour apporter des propositions et des solutions en fonction des constats que nous faisons en dehors des chiffres. Nous sommes des personnes d’action et nous avons besoin de partager avec les personnes qui ne sont pas forcément informées. À nous tous, nous allons pouvoir formuler des préconisations plus innovantes”, précise Maiana Bambridge, vice-présidente de la Croix-Rouge en Polynésie, avec qui La Dépêche de Tahiti s’est entretenue ce vendredi 23 février.

  • Pourquoi avez-vous choisi de proposer cette autosaisine ? 

C’est simple. C’est la première fois que la FOSE siège au Cesec. Nous sommes un groupe de bénévoles qui œuvrent depuis plus de trente ans sur le terrain et dans des structures d’accueil. Aujourd’hui, nous n’arrivons plus à reprendre la relève et on se questionne : pourquoi n’arrivons-nous pas à intéresser d’autres personnes plus jeunes que nous, ou d’autres ayant la même empathie que nous ? C’est bien de créer d’autres structures, mais pourquoi faire ? Il faut attaquer le mal par la racine. Il faut identifier les causes pour pouvoir améliorer notre approche par rapport à ce sujet.

Nous constatons que les situations ont évolué car nous sommes en contact avec des personnes en situation de grande précarité au quotidien. Notre groupe représente un petit noyau. L’objectif est que nous avons besoin de partager et de faire comprendre aux autres que ce n’est pas si simple. Nous n’avons plus rien à prouver mais il faut que l’on prenne conscience de ce qui se passe et proposer des solutions, c’est notre rôle.

  • Lors de la présentation de votre autosaisine, vous avez souligné l’importance de l’éducation. Pourquoi ? 

C’est un des pôles importants simplement parce que c’est le constat des chiffres du rapport des journées défense et citoyenneté (JDC). On constate que une personne qui est analphabète ou qui s’est arrêtée en primaire a moins de 50% de chance de trouver du travail que celle qui a un diplôme. Ces chiffres démontrent qu’il y a un souci. Il n’y a pas que l’éducation car le problème se trouve aussi dans la famille. Si l’environnement familial est brusque, cela a des répercussions sur l’enfant. L’éducation est une des problématiques que nous avons identifiée du fait des chiffres qui doivent être mis à jour par les institutions concernées.

  • À la fin de votre présentation, les membres du Cesec vous ont exprimé leurs avis concernant votre autosaisine. Qu’avez-vous retenu ? 

C’est normal que les avis diffèrent, c’est la société civile. À défaut d’une abstention, ils ont tous voté pour. C’est un patron qui s’est abstenu. Il a d’ailleurs exprimé qu’il voterait si tout le monde était d’accord de baisser le salaire de tous à 200 000 F. C’est de la provocation car il va falloir qu’il commence par le sien. Mais globalement, chacun a partagé son avis, notamment la représentante de l’éducation au titre de l’éducation. Mais aussi le représentant de la consommation au sujet de la cherté de la vie. Cette thématique fera d’ailleurs partie des discussions qu’il y aura en commission pour comprendre pourquoi on en est arrivé là aujourd’hui. J’aime bien les critiques dès lors qu’elles sont constructives.

  • Maintenant que l’autosaisine a été présentée, quelle est la suite ? 

Le bureau du Cesec se réunit en ce moment pour planifier la commission et les réunions des commissions. Normalement, il va y avoir deux par semaine pour cette autosaisine. Ensuite, ces commissions vont auditionner des personnalités de terrain et techniques de sorte à ce que chacun de nous ayons la même information. Les réunions se tiendront à partir de la semaine prochaine.