Makalio Folituu de l’association Te Tia Ara : annuler la TVA sociale était “une erreur politique”

Par la voix de son président Makalio Folituu, l’association Te Tia Ara "demande au Président du Pays son soutien pour mettre en place la protection du solde bancaire insaisissable (SBI) pour les Polynésiens faisant l’objet d’une saisie administrative." (Photo : archives LDT)
"La réforme fiscale supposera de trouver un consensus" prévient Makalio Folituu. "On n'a peut-être pas l'impôt sur le revenu, mais il faut voir ce que l'on paie au niveau des taxes d'entrée..." (Photo : archives LDT)
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Président de l’association de protection des consommateurs Te Tia Ara et membre du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), Makalio Folituu a répondu aux question de La Dépêche sur l’actualité politique et économique de ce début d’année 2024. Il répond qu’il est essentiel de travailler sur les textes qui protègent les consommateurs polynésiens et d’avancer, à la recherche d’un difficile consensus, sur la question de la réforme de la fiscalité. A ce propos, il estime que l’annulation de la taxe CPS (ou “TVA sociale”) a été une “erreur politique” de la part du Tavini huiraatira.

• Te Tia Ara travaille actuellement sur des questions à caractère juridique ?

On parle du coût de la vie mais le coût de la vie, ce sont aussi les lois ! Si on ne vote pas les lois qui protègent le consommateur, on n’ira nulle part. Je pense, au-delà du dossier des frais bancaires sur lequel nous travaillons toujours, à la réforme du code des assurances. Cela fait 10 ans que ça traîne… Nous avons étudié en début d’année au Cesec la première mouture du texte, ç n’est pas encore passé à l’assemblée. Cela concerne les contrats d’assurance et les obligations des sociétés d’assurances. Il y a beaucoup de gens qui admettent ne pas être assurés, mais il faut aussi savoir que parfois vous allez dans une compagnie et elle refuse de vous assurer… Il faut mettre tout ça au clair.

• En faveur de quel modèle économique Te Tia Ara milite-t-elle ?

Tant qu’on a pas bâti une structure pour l’autonomie alimentaire, qui prenne en compte les besoins des consommateurs, on va toujours subir les évolutions des coûts du fret maritime et tout le reste. Il faut non seulement réduire notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur mais aussi se pencher sur la question des frais d’acheminement. Cette semaine auront lieu à la Présidence des journées de “prospective économique”, et il sera notamment question de la réforme de la fiscalité. Te Tia Ara par exemple a toujours contesté la Taxe de développement local (TDL) car elle a un effet inflationniste. C’est même reconnu par une étude de l’Assemblée nationale sur la cherté de la vie dans les outremer, ainsi que par des commerçant de Tahiti, et pas des moindres…

• Que proposez-vous à propos de la TDL ?

A minima, nous aimerions qu’un bilan de la TDL soit établi, ce qui n’a jamais été réalisé. Combien d’emplois a-t-on sauvegardé ? Combien en a-t-on créés ? Bien sûr, on nous dit que la TDL est nécessaire, qu’il y va de la survie d’entreprises polynésiennes. Combien d’argent la TDL a-t-elle rapporté ? Il y a une politique protectionniste assez élevée en Polynésie française, nous pensons qu’il faut davantage laisser de liberté à la concurrence. Les consommateurs ont souvent du mal à comprendre quand ils lisent des publication de l’Institut de la statistique, de l’IEOM ou encore des articles de presse qui leur disent que tel taux a baissé dans tel secteur. En vérité, à la sortie des magasins, tous disent que le coût de la vie a augmenté. Il y a un manque d’information des consommateurs.

• Selon Te Tia Ara, est-ce que les Polynésiens commencent à s’impliquer davantage dans la défense des droits des consommateurs ?

Non, pas encore assez. Mais aujourd’hui, compte-tenu de la situation très difficile, il y a des attitudes qui changent. Cela n’était pas dans l’habitude des Polynésiens d’effectuer leurs courses avec une calculette à la main. Eh bien maintenant, on peut en observer dans les supermarchés. Nombre de familles sont obligées de calculer leur budget au plus précis possible.

• La réforme de la fiscalité est l’un des grands chantiers de l’exécutif Tavini. Selon Te Tia Ara, est-ce que l’annulation promise et concrétisée de la taxe dite CPS, ou TVA sociale, ne risque pas de devenir un important problème budgétaire pour la majorité, même si ça lui a profité comme argument électoral ?

Ca va être compliqué, c’est certain. Il est un fait que celui qui gagne 600 000 F par mois paie son pain au même prix que celui qui est au salaire minimum. Mais le problème, c’est qu’on ne peut pas pondre des taxes “à la carte”. La réforme supposera de trouver un consensus. On n’a peut-être pas l’impôt sur le revenu, mais il faut voir ce que l’on paie au niveau des taxes d’entrée… Prenons aussi l’exemple de la Contribution de solidarité territoriale (CST), ça c’est un vrai impôt direct, on n’a pas le choix et on paie lourd… Ceux qui parlent d’impôt sur le revenu, ils ont tout faux. Il faudrait à Tahiti une fiscalité plus juste. Quand le gouvernement Tapura a présenté son projet de CPS, la taxe était initialement à 2%. Ensuite au Cesec nous sommes parvenus à faire descendre le taux à 1,50%, puis sous la pression des syndicats le gouvernement Fritch a cédé sur 1%. Nous avons estimé que ça n’allait pas impacter le coût de la vie et nous avions raison, car notamment tous les produits de première nécessité étaient exemptés de cette taxe. Maintenant, il va falloir trouver des milliards pour sécuriser les comptes sociaux, mais où le gouvernement va-t-il aller les chercher ?

• Selon vous, c’était donc une “erreur politique” que d’annuler la “TVA sociale” ?

Oui, c’est ce que je pense. Le Tavini aurait du patienter un peu, et ça lui aurait donné une bouffée d’air financière. Car les déficits existent toujours au niveau de la Caisse de prévoyance sociale. Alors oui, bien sûr, annuler une taxe ça reste un argument électoral plutôt convaincant… La problématique de l’équilibre des comptes reste toujours bien là, et je crois que les acteurs économiques vont devoir travailler la main dans la main. Nous-mêmes nous travaillons avec la Fédération générale du commerce (FGC). Au lieu de se rentrer dedans, on cherche des solutions ensemble… C’est ça qui sera le plus compliqué : trouver un terrain d’entente. En attendant, le coût de la vie reste très cher et il est impératif de trouver des solutions. Le seul secteur qui a fait baisser ses prix, c’est la téléphonie mobile. On verra si l’arrivée du groupe Moux sur le marché du gaz aura un impact sur le prix de cette énergie.