Portrait – Matthieu Etxebarne, le surfeur volant, premier à “dévaler” Jaws à Hawaii en foil

En novembre dernier, Matthieu Etxebarne a créé la sensation dans le milieu du surf de "gros" en étant le premier à dévaler la mythique vague de Jaws, à Hawaii, en foil. (Photo AFP)
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Il vole au-dessus des vagues. À 22 ans, Matthieu Etxebarne Aguirregomezkorta, surfeur du Pays basque, veut s’attaquer aux plus grosses vagues de la planète avec son foil, une aile profilée qui soulève sa planche au-dessus de la surface de l’eau.

En novembre dernier, Matthieu Etxebarne a créé la sensation dans le milieu du surf de “gros” en étant le premier à dévaler la mythique vague de Jaws, à Hawaii, en foil.

“On me disait que c’était impossible d’aller à l’intérieur”, se souvient-il. “Alors quand vous avez les meilleurs surfeurs du monde qui vous disent ça, il faut rester persuadé de sa bêtise”.

Ce gamin de Bidart, commune limitrophe de Biarritz, a vissé son premier foil à sa planche à 16 ans, avant de se mettre à l’eau sur le spot de Parlementia, chez lui.

Cette aile profilée, au bout d’un mât, remplace sous sa planche les habituelles dérives. Elle permet de s’élever au dessus de la surface de l’eau et de gagner en vitesse pour enchaîner les vagues. “C’est un peu magique, comme un planeur dans les airs, mais dans l’eau“, témoigne-t-il.

“Je me suis vu partir”

Au début des années 2000, la légende du surf de grosses vagues Laird Hamilton démocratise le foil et le perfectionne. “J’ai vu un documentaire sur Laird Hamilton au centre de loisirs quand j’étais gamin et je me souviens m’être dit que ce sport était incroyable, mais paraissait inaccessible“, sourit Matthieu Etxebarne.

À Jaws, le Basque prend “la plus belle vague de sa vie” en novembre et passe pas loin de la mort deux mois plus tard. Le 31 décembre, la vague lui “explose le foil dans la tête” et le sonne. Son nouveau gilet de flottaison ne fonctionne pas.

“J’ai passé deux vagues sous l’eau et je me suis vu partir.” Ses grandes capacités en apnée lui permettront finalement de ressortir et d’être secouru.

“Le foil de grosses vagues est un sport très dangereux, on est en équilibre sur un mât de plus d’un mètre de haut, qui est une lame tranchante et on part sur une vague entre 70 et 80km/h“, précise le Basque.

Face à ces risques élevés, les pratiquants sont encore peu nombreux. Pourquoi faire ça, entend-il parfois? “Parce que je peux, parce que j’ai envie et que ça m’anime“, répond-il.

Ce “casse-cou” aime “se faire brasser”, “prendre des grosses vagues sur la tête”. “Les blessures et les accidents font partie des sports extrêmes, on n’est pas suicidaires”, insiste le jeune surfeur qui consacre beaucoup de temps à sa préparation physique et à sa sécurité.

“Repousser les limites”

Pilou Ducalme, surfeur de gros sur les sites de Belharra (Pays basque), Nazaré (Portugal) ou Mavericks (Californie), a accompagné Matthieu Etxebarne depuis ses débuts.

“Il allait à l’eau à Nazaré à 15 ans, alors même qu’on lui disait que c’était trop gros”, rigole aujourd’hui ce jardinier de 60 ans.

Pour lui, le gamin de Bidart “ouvre la voie”. “Je compare ce qu’il a fait à Jaws à ce qu’a fait Laird Hamilton à Teahupo’o au début du surf tracté”.

Le 17 août 2000, à Tahiti, l’Américain avait été le premier à dompter la légendaire Teahupo’o, où aura lieu l’épreuve de surf des JO-2024. Sa vague est alors baptisée la “Millenium Wave”.

Matthieu Etxebarne Aguirregomezkorta, aujourd’hui semi-professionnel et professeur de surf, veut “repousser les limites de ce sport et aller chercher des choses qui n’ont jamais été faites”.

Lui qui vit pour l’adrénaline et la quête de l’inconnu veut chasser les plus grosses vagues de la planète et réaliser “l’impossible”. “Jaws c’était un rêve, mais aussi qu’une étape”, sourit-il.

AFP