Certains sons pourraient venir au secours des coraux en danger, selon des scientifiques

(Photo by Lillian SUWANRUMPHA / AFP) /
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A l’image de la musique qui adoucit les mœurs, certains sons peuvent-ils aider à sauver les coraux? Selon une étude publiée mercredi, des enregistrements de récifs sains pourraient contribuer aux efforts de restauration des écosystèmes coralliens endommagés par le changement climatique et l’activité humaine.

Alors que la Grande Barrière de corail australienne connaît un septième épisode de “blanchissement massif” et que plusieurs récifs coralliens de l’hémisphère nord ont déjà connu l’an dernier des pertes dramatiques en Floride et dans les Caraïbes en raison des températures record des océans enregistrées ces derniers mois, les scientifiques cherchent par tous les moyens à enrayer l’hécatombe.

Des chercheurs de la Woods Hole Oceanographic Institution affirment dans la revue Royal Society Open Science qu’une des méthodes pour aider les récifs à se reconstruire pourrait être le son.

Après avoir diffusé des enregistrements audio de récifs sains, sorte de symphonie sous-marine composée de “chants de poissons” et autres “claquements de pinces de crevette”, ils ont constaté que cela incitait les larves de corail à s’installer sur les fonds marins d’un récif dégradé, leur offrant une chance de se régénérer.

“L’environnement sonore local est très important pour ces coraux” lors de leur première phase de vie, lorsqu’ils recherchent un foyer permanent pour se développer, a expliqué à l’AFP Nadege Aoki, autrice principale de l’étude, qui voit dans la diffusion de ces sons un “outil vital” dans les efforts de restauration.

Pops et ronronnements

Après avoir écouté les récifs coralliens des îles Vierges américaines pendant plus de dix ans, les chercheurs ont compris que des sons spécifiques distinguaient les habitats vivants et sains de ceux qui ont été endommagés par le blanchiment, les maladies ou les dommages humains (pollution, destructions par la pêche ou le surtourisme).

“Un récif corallien en bonne santé présente généralement de nombreux sons à basse fréquence, tels que des croassements, des ronronnements et des grognements produits par les poissons, sur un fond quasi constant de craquements et de +pops+ produits par les crevettes”, explique Mme Aoki. A l’inverse, un récif dégradé, avec moins d’espèces, “sera beaucoup plus silencieux”.

Pour mener leur étude, l’équipe de scientifiques a collecté des spécimens d’une espèce résistante de corail, connue sous le nom de corail “mustard hill”, en raison de sa forme grumeleuse et de sa teinte jaune, qu’ils ont répartis sur trois récifs des îles Vierges américaines – l’un en bonne santé et les deux autres plus dégradés.

Les chercheurs ont ensuite installé des haut-parleurs sous-marins pour diffuser leur catalogue de sons de récifs sains dans l’un des récifs dégradés et ont constaté que les larves de corail à cet endroit se fixaient à des taux en moyenne 1,7 fois plus élevés que dans les deux autres récifs, où aucun son n’était diffusé.

90% des coraux menacés

Il reste encore beaucoup à apprendre sur la façon dont les coraux réagissent au son, reconnaît Mme Aoki, notamment pour savoir si les différentes espèces se comportent de la même façon et comment elles sont capables d‘”entendre”.

Cette découverte suggère néanmoins que le son pourrait être intégré aux efforts de restauration, bien que cela doive être surveillé et protégé, car l’établissement dans un récif n’est qu’une étape dans la vie d’un corail.

Les récifs coralliens abritent environ un quart de la vie marine et des millions de personnes en dépendent pour leur alimentation et leurs revenus. Jusqu’à 90% d’entre eux pourraient disparaître si le réchauffement planétaire atteint 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels.

© Agence France-Presse