Nouvelle-Calédonie : comment Enercal en est arrivé à cumuler 13 milliards de francs de dettes ?

La taxe sur l’équilibre tarifaire, dite "taxe carburant", doit sauver Enercal de la faillite, alors que la société affiche un déficit cumulé de 13 milliards de francs. (Photo Archives LNC/Niko Vincent)
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La taxe sur l’équilibre tarifaire, à l’origine du mouvement de blocage des dépôts de carburant, doit permettre de sauver Enercal d’une faillite imminente. Des difficultés économiques qui s’expliquent par un prix de l’électricité calédonienne régulé, obligeant l’entreprise à vendre à perte, et une incapacité des gouvernements successifs à compenser ces pertes. Explications.

L’examen de la taxe sur l’équilibre tarifaire (TET) est reporté à juin. Le président du gouvernement Louis Mapou l’a annoncé, ce lundi 25 mars, dans l’espoir de mettre fin au blocage des dépôts de carburant entamé jeudi dernier par le collectif Agissons solidaires, le Syndicat des rouleurs et du BTP et l’Association citoyenne de Nouvelle-Calédonie, fermement opposés à ce texte.

Conséquence directe de ce report : “le système électrique calédonien va rester déficitaire, parce qu’on comptait sur cette taxe pour recréer une dynamique” et Enercal va vraisemblablement “entrer dans une procédure collective”, a prévenu Louis Mapou. Mais comment expliquer que le système électrique calédonien soit menacé de la sorte ? Et comment la société publique d’électricité a-t-elle pu cumuler 13 milliards de dettes en quelques années ?

Une électricité régulée

La réponse est à chercher du côté du prix de l’électricité. Le problème est en fait structurel : actuellement, Enercal vend son électricité en moyenne à 35 francs par kilowattheure (kWh) aux consommateurs, qu’ils soient particuliers, entreprises ou industriels. Sauf qu’en réalité, cette même électricité coûte en moyenne 42 F/kWh à produire, transporter puis distribuer.

Cette mesure de régulation, qui implique de ne pas répercuter l’évolution des coûts de l’électricité sur le prix de vente aux consommateurs, a été prise en 2008 pour préserver le pouvoir d’achat des Calédoniens. Depuis, seuls 11 % d’augmentation ont été votés entre 2022 et 2023. Le gouvernement prévoit par ailleurs, en plus de la TET, deux augmentations successives de 2,5 % du prix de l’électricité ces prochains mois. Rien qui ne permette, toutefois, de compenser les pertes liées à cette régulation subies par Enercal.

Enercal vend l’électricité sept francs moins cher
au kilowattheure que ce qu’elle lui coûte. Graphique Enercal

 En contrepartie de cette mesure, la Nouvelle-Calédonie doit normalement rembourser chaque année la perte de chiffre d’affaires d’Enercal. Problème : depuis plusieurs années, la collectivité en est bien incapable, en raison de finances publiques au plus mal. Le déficit de la société publique s’est particulièrement creusé ces trois dernières années, et le gouvernement lui doit actuellement 13 milliards de francs. Cette dette pourrait atteindre 18 milliards de francs le 30 juin.

Enercal ne peut plus emprunter

 Pour y faire face, Enercal a déjà emprunté 11 milliards auprès des banques. Mais les robinets vont être coupés. La société “ne peut plus emprunter et elle atteint son découvert autorisé maximum”. Dès la fin du mois de mars, elle pourrait devoir reporter le paiement de ses échéances Cafat, de ses impôts et des factures à ses fournisseurs afin d’assurer son fonctionnement et garantir l’alimentation en électricité du Caillou. “Les stocks de combustibles garantissent une continuité de l’alimentation électrique pendant encore 2 à 3 mois.”

Et ensuite ? Les caisses d’Enercal devront être renflouées, au risque de mettre en péril le système électrique tel qu’on le connaît. Le gouvernement pourrait payer une partie de sa dette à travers son budget 2024. Le port autonome pourrait également être mis à contribution, comme le proposait l’élu Éveil océanien Milakulo Tukumuli, en janvier. Quant à la taxe sur l’équilibre tarifaire, qui ajoute un impôt variable plafonné à 20 F/L aux carburants, elle est censée rapporter entre 1 et 5 milliards de francs par an à Enercal. Dernière solution : répercuter le vrai prix de l’électricité produite sur le prix de vente aux consommateurs.

Les Nouvelles Calédoniennes (lnc.nc)