Le Bureau des sans-abris veut une solution pour chacun

La ministre des Solidarités, Virginie Bruant, à la rencontre, des sans-abris jeudi 15 décembre. (Photo : présidence)
La ministre des Solidarités, Virginie Bruant, à la rencontre des sans-abris jeudi 15 décembre. (Photo : présidence)

Avant le traditionnel tamara’a de Noël à l’attention des personnes sans domicile fixe (SDF) jeudi 15 décembre au soir à la présidence, la ministre des Solidarités, Virginie Bruant, a visité dans la matinée les trois centres d’hébergement de l’association Te Torea. Elle a annoncé la mise en place récente d’un Bureau des sans-abris (BSA), une sorte de guichet unique ouvert aux SDF et chargé d’un suivi personnalisé en partenariat avec toutes les institutions concernées.

On est là, on pense à vous ! On met en place des outils pour vous sortir de la rue ” a affirmé haut et fort la ministre des Solidarités lors de sa visite auprès des usagers du Centre de jour de Mamao. Elle s’était rendue auparavant au Centre d’hébergement d’urgence (CHU) de Tipaerui puis au Centre d’accueil provisoire (installé pendant l’épidémie de covid) de Fare Ute.

Pour appuyer son propos, elle a annoncé la mise en place, depuis deux mois déjà, d’une nouvelle cellule au sein des Affaires sociales, le Bureau des sans-abris (BSA). La mission de ce dispositif : trouver une solution pour chaque SDF, au nombre de 350 environ dans la zone urbaine. 

Alors que les capacités d’accueil semblent suffisantes dans les différents centres existants (trois centres pour l’association Te Torea ajoutés aux structures et foyers de l’association Emauta et l’accueil du Père Christophe) avec des taux d’occupation de 50 à 60%, l’objectif est plutôt de travailler sur “la sortie de rue”. 

Chaque parcours de vie est particulier. Peu importe, le problème – logement, travail, santé, familial – il doit être pris en compte de façon personnalisé” a indiqué la ministre. Pour cela, le BSA, composé de deux personnes, va travailler en étroite collaboration avec les associations qui connaissent cette population vulnérable et monter des partenariats avec le Service de l’emploi (Sefi), le Centre de formation professionnelle des adultes (CFPA), l’Agence immobilière sociale de Polynésie française (AISPF), l’OPH, la Direction de la santé…

Moerani Amaru, coordinatrice du BSA

Des facilitateurs de parcours”

Le BSA sera composé de deux personnes ayant une expérience conséquente dans le social. “Nous sommes des facilitateurs de parcours” explique Moerani Amaru, la coordinatrice du BSA. 

L’objectif de ce bureau de la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité sous la tutelle du ministère est de coordonner et de soutenir les actions des différents acteurs de terrain dont les associations. Nous sommes là pour fluidifier le parcours de la personne à la rue, qu’il soit professionnel, qu’il concerne le logement ou la santé. Mon but est de déverrouiller les freins. L’outil le plus puissant sera les partenariats. J’y crois, nous avons 29 dossiers en traitement dont 8 ont déjà une issue positive.”

Le BSA sera sur le terrain et tiendra par ailleurs une permanence le jeudi toute la journée et le vendredi matin au service social de Papeete.

A terme, Moerani Amaru souhaite mettre en place un Comité d’orientation stratégique Etat, Territoire et associatif pour travailler “sur la masse”. De quoi entrevoir une politique sociale…

Moerani Amaru (à gauche) aux côtés de la ministre Virginie Bruant et de Christian Jonc, responsable de la circonscription de Papeete à la direction des Solidarités.

Vaiitinina Ya-Matsy, directrice de l’association te Torea

“Plus de jeunes dans la rue, cela nous inquiète”

L’association existe depuis 1998 avec les premiers éducateurs de rue. Au sein du Centre de jour de Mamao, elle accompagne toutes les personnes qui ont dormi au moins une nuit dans la rue. Les sans-abris peuvent venir prendre une douche, faire une machine pour laver leur linge, ils ont deux ordinateurs à disposition. Entre 15 à 30 personnes s’y déplacent aux jours d’ouverture les lundis, mardis, jeudis et les samedis matins. Le Centre d’hébergement d’urgence (CHU) à Tipaerui est ouvert la nuit, de 16 heures à 7 heures, pour les hommes et les femmes en solo avec des contrats de séjour jusqu’à 6 mois. Le Centre d’accueil provisoire (installé pendant l’épidémie de covid) à Fare Ute accueille quant à lui toute personne ou groupe de personnes en difficulté.

Avec le BSA, on aura peut-être plus de facilité au niveau de nos relations avec les grandes institutions. Par exemple, pour le logement, il faut entrer dans des cases et ce n’est pas toujours évident” souligne Vaiitinina Ya-Matsy.

Selon la directrice, le profil type du sans-abri accueilli est un homme entre 30 et 59 ans. En cette fin d’année, elle relève une augmentation des jeunes de 18 ans. “Cela nous inquiète. Avec les jeunes, nous mettons du lien rapidement pour les accompagner. Dans nos hébergements nous accueillons aussi plus de personnes âgées qui ne veulent pas être une charge pour leurs enfants.” 

Nous avons de bonnes nouvelles parfois avec 4 CDI récents pour des résidents de Tipaerui. L’étape suivante est d’économiser de l’argent pour se loger. C’est en général une étape compliquée car les logements sont très chers…” 

Les responsables de l'association Te Torea.
Les responsables de l’association Te Torea.

Le témoignage d’Alfania, 29 ans, sans-abri

Cela fait 9 ans que je suis dans la rue”

Mon spot est près du marché à Papeete. Au début, c’était la galère, mais je me suis habituée (…) Ce n’est pas dangereux, il faut être prudente, c’est tout. Si je vois une bande à vélo, je me cache mais ça n’arrive pas souvent.

Je connais ce centre de jour depuis longtemps mais c’est la première fois que j’y viens. Je vais plutôt chez Père Christophe, en ville, pour prendre quelques repas. Je suis venue à Mamao aujourd’hui car on m’avait prévenu qu’il y avait un tamara’a, je suis venue aussi pour régler des papiers administratifs. 

Je me suis retrouvée sans domicile après des problèmes avec ma famille, surtout avec mon père, qui ne reconnaissait pas ma transidentité. A l’adolescence, très jeune, après la 3e, j’ai quitté l’école puis plus tard la maison. Cela fait 9 ans que je suis dans la rue.

J’ai fait des stages, des formations mais j’avoue, j’ai surtout recours à la prostitution et je fais l’aumône. J’ai envie de trouver un travail mais c’est compliqué d’obtenir un CDI, et même un CDD. J’ai été caissière au Carrefour Faa’a mais en fin de stage je n’ai pas pu rester. C’est dommage, ça me plaisait (…) Il y a énormément de candidatures et pas suffisamment de postes. La plupart des réponses dans les entreprises, c’est “non”… c’est dur. Donc je fais ce que je connais…. Psychologiquement, il faut être solide aussi pour avancer. Récemment, J’ai perdu mon compagnon, je me retrouve seule avec mes 4 chiens.

Les centres d’hébergement ne sont pas pour moi puisque je travaille la nuit. Être à la rue, ce n’est pas la meilleure solution mais c’est celle que j’ai trouvé jusqu’à présent. Et puis trouver un logement, ce n’est pas évident, un propriétaire a besoin d’un contrat de travail…”

Alfania.
Alfania.