Frappée par son conjoint, elle se réfugie au McDo

(Photo : YP)
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Un sans domicile fixe (SDF) de 33 ans était jugé le 2 octobre 2023 en comparution immédiate pour avoir frappé sa compagne, la veille, aux abords du parc Bougainville à Papeete. À l’issue d’une audience où le prévenu, récidiviste, n’a cessé de pleurer, indiquant notamment avoir appris la grossesse de sa petite amie en garde à vue quelques heures auparavant, il a été condamné à 18 mois de prison.

Il est 18h48 dimanche soir, quand les muto’i de Papeete sont appelés par un agent de sécurité du fast-food du centre-ville désert. Une jeune SDF vient de s’y réfugier. Le visage tuméfié, avec notamment un joli cocard à l’œil droit selon le vigile, c’est elle qui demande la venue des policiers. Elle dit qu’elle vient de recevoir un coup de poing de son petit ami près du parc Bougainville.

Intervention “flash éclair”

Selon le rapport, contacté à 18h48, les policiers interpellent le prévenu 120 secondes plus tard près de l’assemblée, à 18h50. Sacré sprint. T-shirt marron, cheveux jaunes façon nouilles instantanées, il est face au tribunal, les bras constamment croisés, jugé en comparution immédiate moins de 24 heures plus tard pour violences sur conjoint en état de récidive légale.

Il apprend la grossesse de la victime en garde à vue

On ne passe finalement que peu de temps à comprendre les raisons de la dispute. Ensemble depuis cinq mois, tous les deux sans domicile, ils indiquent, lors de leurs auditions, que le ton monte depuis environ une semaine. Trois jours auparavant, alors qu’elle le mordait au bras, l’homme avait répondu par un coup de tête. “Tu vois madame, la jalousie c’est une maladie, madame. C’est pour ça qu’on se dispute tout le temps“, répond le prévenu à la présidente du tribunal, alors qu’il lâche ses premières larmes. Il dit alors avoir appris la grossesse de sa jeune compagne en garde à vue. Elle venait de l’apprendre, mais ne lui avait pas encore avoué. “Si on se dispute, ce n’est pas ma copine, c’est moi. J’étais bourré aussi… Je veux trouver une maison, une aide sociale pour avoir une maison pour mon enfant“.

“Le problème, c’est votre parcours Monsieur”

L’homme a l’air sincèrement abattu, ce que pense aussi la présidente du tribunal qui toutefois, passée la première salve de sanglots, remet les faits au cœur des débats. “Vous avez l’air très affecté, mais le problème c’est votre parcours Monsieur“. L’homme a en effet au-dessus de la tête deux ans de prison avec sursis issus de deux condamnations, en 2021 et 2022, déjà pour des violences sur ses compagnes. C’est d’ailleurs par cela que débute les réquisitions de la procureure d’un tribunal composé à 100% de femmes ce jour-là.

Elle rappelle donc les actes de violences du prévenu. C’est la troisième fois en trois ans qu’on le juge pour avoir frappé une femme, ses trois dernières compagnes. Elle balaye les regrets et les pleurs du prévenu et lance : “lorsqu’on décide de frapper sa compagne au visage, on doit en assumer les conséquences“.

Deux écorchés de la vie

L’avocate du prévenu met en cause le manque de services sociaux, le système en général, le système judiciaire en particulier. En effet, si l’homme est SDF, c’est, dit-elle, qu’une précédente décision de justice qui lui interdit de retourner à Tubuai auprès de sa famille. Si la jeune femme est SDF, c’est qu’elle a été évasanée des Tuamotu et depuis, elle n’a plus les moyens de retourner chez elle. L’avocate indique que le couple a le projet de s’installer aux Tuamotu dans la famille de la victime. Lui travaillera dans la ferme familiale et elle s’occupera des enfants, loin de la rue, un conte de Noël.

Elle veut qu’on le relâche

Pourquoi voudrait-on les priver de ce rêve ?“. Et bien, sans doute parce que l’homme a réussi à se fâcher avec Père Christophe, avec le responsable du foyer du Bon Samaritain, et qu’il frappe toutes ses petites amies depuis trois ans. L’homme, toujours en larmes, conclut l’audience en demandant à la justice d’aider celle qu’il dit toujours aimer, et qui vient elle aussi de minimiser les faits à la barre. Elle veut qu’on le relâche. “Si je vais en prison, je veux que le service social s’occupe de ma femme enceinte.” Dit-il. Il est condamné à six mois de prison ferme auxquels s’ajoute la révocation d’un an de prison avec sursis. Il part en cellule pour 18 mois.

YP