TUAMOTU – Le projet de ferme aquacole n’est « pas enterré » selon MDM

Malgré l'opposition du président Macron, et un rapport accablant de l'IRD en 2019 recommandant de “une extrême vigilance par rapport à ce projet qui relève totalement des compétences du territoire”, Mara Aitamai continue de croire au projet.
Mara Aitamai de la société MDM : « On est plutôt partis pour tourner dans un premier temps aux alentours de 18 000 à 25 000 tonnes, soit une réduction d’au moins 50% (de la production de mérous). A notre niveau, le projet de ferme aquacole à Hao n’est pas enterré. » (Photo : Damien Grivois)

Le projet de ferme aquacole à Hao n’est pas enterré, en tout cas pour son promoteur chinois Wang Cheng. Consultant à la maitrise d’ouvrage du chantier de Tahiti Nui Ocean Foods sur l’atoll, Mara Aitamai de la société MDM confirme qu’une nouvelle procédure d’obtention des permis de construire va être lancée, avec un objectif de production de mérous ramené de 50 000 tonnes/an à moins de 25 000 tonnes/an.

Où en est le projet de Tahiti Nui Ocean Foods sur l’atoll de Hao ? La société avait jusqu’au mois d’avril 2022 pour respecter certaines obligations…

« Il y avait plusieurs paramètres à respecter. Notamment le lancement des premiers travaux pour éviter que les permis tombent, conformément à la loi. Nous avons respecté cette obligation, sauf que le passage du président de la République en juillet 2021 nous a un peu refroidi, avec ses déclarations (hostiles au projet, NDLR). D’un commun accord avec Wang Cheng, nous avons décidé de suspendre complètement les travaux. Cela signifie que maintenant, tous les permis sont tombés et qu’il va falloir reprendre la procédure au début. Nous avons travaillé sur la question des installations classées et rapidement, considérant qu’il fallait refaire tous les permis, nous avons décidé de revoir à la baisse la dimension du projet. »

Dans quelles proportions ? Avec quel impact sur les promesses d’emplois ?

« L’objectif initial était de 50 000 tonnes de mérous par an. Les premiers captages se feraient au bout de deux ans et demi, lorsque la machine tournerait à vitesse de croisière. Là on est plutôt parti pour tourner dans un premier temps aux alentours de 18 000 à 25 000 tonnes, soit une réduction d’au moins 50%. A notre niveau, le projet de ferme aquacole à Hao n’est pas enterré. Je crois que Wang Cheng a été en contact avec le président du Pays, qui lui a demandé d’attendre les élections territoriales pour voir ce qu’il sera possible de faire à l’avenir. Pour l’emploi, les micro-entreprises chargées de la maintenance par exemple ne sont pas affectées par les variations de volume. Quelque soit l’objectif de production, il y a un seuil minimum de 365 personnes sur site. Si on considère les autres activités, on reste sur 450 à 500 personnes nécessaires. »

Les différentes majorités qui se sont succédé au pouvoir depuis une douzaine d’années ont toutes soutenu le projet TNOF à Hao. La collectivité a même investi plus d’un milliard de francs sur place pour des travaux sur les quais, la route…

« C’est vrai. Et nous, au niveau de Tahiti Nui Ocean Foods, nous ne sommes pas loin de 850 millions de francs déjà investis, notamment dans toutes les études. Le seul permis de construire a nécessité une intervention de trois architectes et plusieurs bureaux d’étude. Relancer la procédure depuis le début, cela implique de nouveau au moins 18 mois de délai. Pour nous, ce sera plus simple, on connaît déjà la nomenclature et la manière de procéder. Ensuite, la question demeure de savoir qui sera aux commandes du Pays après les élections. Et si d’ici là des réformes seront apportées au niveau de l’administration pour simplifier les procédures. »

La Dépêche a contacté Tahiti Nui Ocean Foods à Shanghai, qui a répondu que la société était actuellement pénalisée par l’épidémie de Covid-19.

« En effet. Wang Cheng a attrapé la maladie lorsqu’il a récemment profité d’un assouplissement des restrictions sanitaires pour se rendre à Hainan et dans d’autres contés où il a des installations aquacoles. Il a dû s’isoler avant de revenir sur Shanghai, puis la ville s’est refermée une nouvelle fois. Il y a quelques jours, Wang Cheng m’expliquait combien c’était compliqué en ce moment. Il ne reviendra pas de toute façon à Tahiti avant mai ou juin 2023. »

Quels sont les contacts qu’entretient MDM avec la commune de Hao ?

« La dernière fois que j’ai vu Yseult Butcher-Ferry, elle ne s’est pas déclarée opposée au projet. Avant de devenir mairesse, elle n’avait pas beaucoup de connaissance du dossier. Nous avons été transparents avec elle. Nous lui avons expliqué où l’on en était, et où l’on voulait aller. Ensuite, à elle de nous dire si elle veut accompagner ou pas. Il ne faut pas oublier que Wang Cheng, avant la crise, avait à lui seul la maîtrise de près de 63% du marché mondial de l’élevage, c’est vraiment un poids lourd du secteur qui connaît son domaine. »