Tribunal correctionnel : la victime a déjà “épuisé plus de 80 membres du barreau”

La présumée victime, qui n'a pas trouvé d'avocat pour le défendre, a demandé le renvoi de l'affaire et invoqué l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme sur le droit à un procès équitable. (Photo : SB/LDT)
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A la barre des prévenus du tribunal correctionnel de Papeete, ce mardi 21 octobre, un avocat. Il lui est reproché des faits de harcèlement moral, de violation du secret professionnel, d’abus de confiance et de violence, entre octobre 2016 et mars 2017. A noter : le présumé coupable était le conseil de la présumée victime sur la période concernée.

Il accuse un avocat mais n’en trouve pas pour se défendre

L’homme, qui se dit victime des agissements de l’avocat, se présente alors seul à la barre. Il demande rapidement au président le renvoi de l’affaire, le temps de trouver un conseil pour le défendre. Il indique avoir effectué des recherches d’avocats en Nouvelle-Calédonie. L’affaire a déjà été renvoyée deux fois par le passé.

Pourquoi aller chercher un avocat aussi loin ? C’est qu’à Tahiti, il semblerait que personne ne souhaite le défendre, avance t-il. Il effectue d’ailleurs sa demande de renvoi sur le fondement de l’article 6 de la convention européenne des droits de l’homme, qui précise le droit d’être assisté.

203 millions de francs demandés en dommages et intérêts

Alors que le juge l’interroge, l’homme annonce, avant même qu’il y ait eu plaidoirie ou délibéré, qu’il fera appel de la décision… situation quelque peu burlesque. Tout le monde s’étonne. Surtout la dizaine d’avocats venus apporter leur soutien à leur confrère à la barre.

Car, il semblerait que la “présumée victime” soit “défavorablement connue” du barreau de Papeete, comme l’atteste l’argumentaire de la défense qui fustige l’homme d’avoir “épuisé plus de 80 membres du barreau” et ajoute que “chaque avocat devient sa victime.”

Toujours selon la défense, la communication faite par son client, d’éléments ou d’informations relevant de dossiers de l’ex-client de l’accusé, rentrait ni plus ni moins dans le cadre normal des fonctions d’avocat. La défense présente aussi un ex-client qui voulait juste un avocat qui exécute et non qui agisse en qualité de conseil.

L’accusation demande 203 millions de francs en dommage et intérêt. L’avocat de l’homme de loi, qui indique que la présumée victime est actuellement dans une procédure de saisie sur biens, demande, à l’inverse, que ce soit son client qui soit dédommagé. La décision sur cette affaire quelque peu fantasque sera rendue le 28 novembre.